La physiothérapie, un atout pour la profession - La Semaine Vétérinaire n° 1978 du 24/02/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1978 du 24/02/2023

EXPRESSION

Auteur(s) : Lorenza Richard

Depuis la reconnaissance de la physiothérapie et de la rééducation fonctionnelle comme des actes vétérinaires1, la discipline se développe au sein des établissements de soins vétérinaires, où certains y sont spécifiquement dédiés. À l’instar d’autres disciplines, des services de physiothérapie sont également créés dans les hôpitaux vétérinaires.

Dominique Grandjean (A 79)

Responsable pédagogique  du DE de cinésiologie, physiothérapie et réadaptation vétérinaire option canine à l’école vétérinaire d’Alfort (Val-de-Marne)

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Une pratique qui n’est plus ridicule

Lorsque j’ai ouvert le premier vrai centre dédié à la physiothérapie en 1995, on m’a reproché le manque de validité scientifique de cette pratique. Cependant, cette discipline a pris de l’ampleur au fil du temps, et de plus en plus d’appareils dédiés sont apparus : lasers, tapis roulants immergés, etc. De cette évolution est venue la nécessité de former les vétérinaires à une bonne compétence en biomécanique, aux méthodes manuelles et au matériel disponible. Une discipline est ainsi née, et le diplôme d’école d’Alfort (Val-de-Marne) est reconnu par l’Ordre comme la seule formation certifiante en France. Enfin, depuis la création des Collèges européen et américain il y a quatre ans, la bibliographie commence à être conséquente sur le sujet sur les filières canine et équine. Désormais, de plus en plus de vétérinaires développent une activité en physiothérapie en parallèle de leur activité normale, les centres hospitaliers universitaires vétérinaires ont un service de rééducation fonctionnelle et des plateformes à 100 % consacrées à cette pratique  émergent. Demain, je pense qu’il y aura de plus en plus de centres dédiés aux chiens de sport et d’utilité, car les personnes souhaitent une élaboration de plan d’entraînement. Aller vers cette discipline paraissait ridicule il y a dix ans, mais ne l’est plus du tout aujourd’hui. Le problème est la structuration de la profession : où commence le geste vétérinaire dans ce domaine ? Nous devons garder la main pour que d’autres professions ne s’y engouffrent pas.

Agnès Laget (L 94)

Vétérinaire exerçant exclusivement en physiothérapie, ostéopathie, acupuncture, phytothérapie et aromathérapieà Firminy (Loire)

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Maintenir la mobilité de l'animal et son bien-être

J’étais salariée dans une structure qui réalisait beaucoup de chirurgies orthopédiques et, afin de prendre en charge les animaux qui revenaient douloureux, je me suis formée à la physiothérapie en 2007. J’ai alors ouvert mon activité libérale entièrement dédiée à cette pratique. D’abord itinérante, je me suis sédentarisée en 2014. Mon cabinet est constitué d’une salle de consultation, dans laquelle j’effectue toutes les techniques manuelles, et d’une salle de motricité, où se trouve le matériel spécifique à la récupération du mouvement. La physiothérapie, comme la kinésithérapie en médecine humaine, favorise la récupération fonctionnelle et le maintien du bien-être et de la mobilité. Elle est intimement liée aux pathologies locomotrices, notamment chez un animal âgé ou en postopératoire, et nécessite une étroite collaboration avec mes confrères référents (vétérinaires traitants, chirurgiens, neurologues, par exemple).

Pour un animal pour qui la chirurgie n’est pas possible, la physiothérapie apporte des soins palliatifs qui, s’ils ne permettent pas la récupération, conservent le bien-être de l’animal.

Roberta Burdisso

(Bologne, 00)

Praticienne exclusive en physiothérapie au centre hospitalier vétérinaire Frégis à Arcueil (Val-de-Marne) et fondatrice du Centre de physiothérapie Vetphysio (Yvelines)

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Indispensable si elle répond à un diagnostic

Mon expérience d’exercice exclusif en physiothérapie depuis douze ans me permet de dire qu’elle est indispensable en postopératoire, en neurologie et chez les vieux animaux. Je vois la différence de vitesse et de qualité de récupération entre des chiens qui sont opérés pour la même pathologie et par le même chirurgien et qui font, ou pas, de la physiothérapie. Il est important que le chien soit pris en charge rapidement après la chirurgie, car s’il l’est un à deux mois après, le temps de récupération est plus long. De même, en neurologie, j’ai eu le cas de chiens qui devaient être euthanasiés ou amputés pour perte de sensibilité périphérique ou à la suite de hernie discales, et qui marchaient un mois après le début de la physiothérapie. Enfin, elle devrait être systématiquement proposée pour les vieux chiens qui ont de l’arthrose ou des déficits de proprioception. La dégradation est normale, mais ce n’est pas une raison pour la laisser s’installer, et la physiothérapie aide à maintenir un confort de vie à ces animaux et à retarder la perte de mobilité. Elle peut également être utilisée chez le chat, qui se laisse faire lorsqu’un traitement lui fait du bien.

Actuellement, la physiothérapie se développe, mais elle ne fonctionne que si le bon diagnostic est visé. Je reçois des animaux qui ont déjà eu une prise en charge inadaptée. En faire de façon non ciblée, c’est comme traiter dans le vide. Il est donc indispensable de se former.

  • 1. Ordre des vétérinaires, Groupe de travail « Physiothérapie et rééducation fonctionnelle vétérinaire ». Dossier technique : pratique de la physiothérapie et rééducation fonctionnelle. bit.ly/3lvlsAk.
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