Visite de bilan sanitaire d’élevage en élevage bovin : un échange gagnant - La Semaine Vétérinaire n° 1975 du 03/02/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1975 du 03/02/2023

Conférence

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : par Clothilde BardeClothilde Barde

La visite de bilan sanitaire d’élevage est un moment d’échange de connaissances au cours duquel le vétérinaire fait souvent face à des injonctions contradictoires entre une activité imposée par la réglementation, un potentiel de positionnement stratégique du vétérinaire et des attentes minimales, voire nulle, de la part des éleveurs.

 « La visite de BSE [bilan sanitaire d’élevage] est, en théorie, une opportunité pour le vétérinaire de faire le point avec l’éleveur sur la situation sanitaire de l’élevage1. De plus, au-delà de l’aspect réglementaire (protocole de soins), il s’agit d’un moment privilégié d’échanges avec l’éleveur2 », a indiqué Florence Beaugrand (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement [Inrae], Oniris) lors des journées 3R3. Pourtant, d’après les témoignages, cette visite est souvent en décalage avec les attentes des éleveurs et des vétérinaires4. C’est pourquoi, dans une étude qualitative qu’a présentée Florence Beaugrand, les visites de BSE réalisées par trois vétérinaires au sein d’élevages bovins laitiers biologiques ont été étudiées (contraintes et opportunités). À cette fin, une grille d’analyse a été construite pour mettre en évidence les objectifs du BSE pour les vétérinaires, les dilemmes auxquels ils font face et les décisions prises. Dans les trois cas examinés, la visite de BSE ainsi que deux entretiens, respectivement avec le vétérinaire et avec l’éleveur, effectués à la fin de cette visite ont été filmés. Puis, une analyse a été menée par une équipe travaillant en multidisciplinarité afin d’appréhender le BSE au travers des thèmes de la contextualisation de la visite, de la rencontre programmée au sein de l’élevage, du processus d’enquête et des conseils à l’éleveur. 

Plus de données sur les élevages

Les premiers résultats obtenus montrent que les trois vétérinaires de l’étude ont tenté de comprendre quelle était la consommation de médicaments de l’éleveur. Comme l’a indiqué l’un d’eux, « un vétérinaire, c’est quand même quelqu’un qui rend lisible et qui explicite à l'éleveur la consommation de médicaments dans sa ferme ». En outre, les listes de médicaments apportent une vision indirecte des maladies régulièrement présentes en élevage et, même si elles fournissent des informations beaucoup moins précises que les données d’élevage, elles sont facilement accessibles au vétérinaire, selon Florence Beaugrand. De plus, dans les trois cas étudiés ici, l’activité diagnostique (à la suite du recueil des données) est suivie d’une activité de conseil afin que l’éleveur puisse améliorer le statut sanitaire de son élevage. Ainsi, dans le cas de ces élevages biologiques, pour lesquels les traitements médicamenteux sont limités, les vétérinaires ont proposé des solutions alernatives : « Le but [] c’est que l’éleveur, il soit bien conscient [] qu’il y a des moyens zootechniques de faire autrement », note un vétérinaire interrogé. Enfin, au sein même de l’activité de conseil, il est indispensable de s’assurer de l’adhésion de l’éleveur, rapportent les vétérinaires. Pour cela, ils peuvent, par exemple, utiliser des critères économiques : « la vaccination de tout le cheptel ne vous coûtera pas aussi cher que la perte d’une vache », conseille un des vétérinaires à son éleveur lors du BSE.

Une meilleure connaissance du milieu agricole

Cette activité de conseil est souvent l’opportunité de parler plus en détail des pratiques d’élevage et de discuter directement avec l’éleveur de leur pertinence, a indiqué la conférencière. Les échanges menés lors des BSE ont permis aux éleveurs d’avoir une démarche autoréflexive sur leurs pratiques et ce, sans même le concours conscient des vétérinaires. Par ailleurs, les trois vétérinaires interrogés considèrent le BSE comme « une occasion privilégiée de transmettre des connaissances à l’éleveur ». Lors de ces BSE, ils apprennent également « sur la façon de faire des éleveurs », selon l’un d’entre eux. En effet, ils récoltent des informations sur l’actualité de l’élevage, de l’agriculture, de la filière biologique afin notamment de pouvoir conseiller l’éleveur sur des domaines à la frontière de ses compétences, en le renvoyant vers les bons interlocuteurs. Par ailleurs, selon les vétérinaires interrogés, il y a un manque de formation des vétérinaires au monde agricole. Comme l’a noté un vétérinaire au sujet de sa « culture agricole » personnelle : « Je me dis qu’il y a un enjeu dans la transmission aux jeunes []. Je me rends compte à quel point ça permet d’éclairer plein de choses. » Un autre objectif des vétérinaires est d’entretenir leur relation avec l’éleveur afin de lui montrer une volonté de travailler en plus étroite collaboration sur la santé du troupeau, et, à cet égard, la visite de BSE offre l’occasion aux vétérinaires de rappeler les services que propose leur clinique et de se repositionner stratégiquement face à l’ensemble des intervenants en élevage.

Un potentiel fort du BSE

Selon les témoignages des éleveurs, il semblerait que la fréquence de passages de l’intervenant ait plus de poids que son niveau de qualification dans leur considération d'un partenaire potentiel, d’où la proposition d’une nouvelle forme d’organisation par la contractualisation afin d’augmenter les visites du vétérinaire en élevage. Par conséquent, même si les résultats obtenus dans cette étude ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble des visites de BSE, le niveau d’analyse permet d’appréhender les potentialités que peut offrir une visite de BSE pour la gestion conjointe de la santé du troupeau mais aussi les moyens de l’améliorer, a indiqué la conférencière. Ainsi, par exemple, selon les trois vétérinaires de l'étude, les éleveurs travaillent par habitudes, qu'il est difficile de leur faire changer. Pour cela, le vétérinaire doit sans cesse chercher à gagner leur confiance en montrant explicitement ses compétences et le potentiel qu’elles représentent pour l’éleveur. Ils partent également du principe que l’éleveur considère la visite de BSE comme une contrainte administrative et le vétérinaire, comme l’exécuteur de cette contrainte et pas comme un partenaire de la gestion de leur troupeau au courant de la situation de l’élevage.

Vers une valorisation du BSE

Certains vétérinaires préfèrent adopter une posture de partenariat et d’autres, une posture de formateur. Cette étude permet de mettre en exergue le fait qu’il pourrait être intéressant de compléter la formation initiale des vétérinaires en termes d’organisation, de communication et de « culture générale sur le milieu agricole ». Outre une meilleure formation des vétérinaires pour rendre le BSE plus attractif, une autre piste porte sur une meilleure rémunération du BSE, afin d’y consacrer un temps conséquent. Il serait pertinent également d’étudier la place de l’enseignement du BSE, de sa visite et de ses opportunités, dans la formation des éleveurs.

  • 1. Arrêté du 24 avril 2007 relatif à la surveillance sanitaire et aux soins régulièrement confiés au vétérinaire pris en application de l’article L.5143-2 du Code de la santé publique. JORF, n° 106, du 6 mai 2007. https://bit.ly/3jf6T31.
  • 2. Bonafé A. Difficultés et opportunités liées à la mise en place du bilan sanitaire d’élevage : enquête auprès des vétérinaires. [Thèse pour le doctorat vétérinaire]. École nationale vétérinaire d’Alfort: 2014. 135 p.
  • 3. Gautier J, Duval J, Girard N, et al. Dans la tête d’un vétérinaire en visite de bilan sanitaire d’élevage dans un élevage bovin laitier biologique. 3R - Rencontres autour des recherches sur les ruminants. https://bit.ly/3jbee3O. 
  • 4. Bescond, C. 2021. Thèse d’exercice vétérinaire. Oniris - Ecole nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation. 124 p.
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