« Mon salaire, une variable d’ajustement ? Je vaux (et je vis) mieux que ça ! » - La Semaine Vétérinaire n° 1974 du 27/01/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1974 du 27/01/2023

Équilibre de vies

ENTREPRISE

Auteur(s) : Par Anne-Claire Gagnon

Depuis presque trente-six ans, Philippe Brochot (T 84) travaille « à fond » trois jours par semaine à Nîmes (Gard), selon une organisation professionnelle qui lui a permis de profiter de ses deux fils un mercredi et un samedi sur deux. Un choix d’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Décryptage.

Un mode de fonctionnement professionnel optimisé

Speed work professionnel (de qualité) pour une slow life personnelle avant l’heure, voilà un concept qui pourrait répondre aux valeurs de la jeune génération.

Au départ, en digne fils de vétérinaire rural, Philippe Brochot arrive à l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT, Haute-Garonne) en septembre 1980 avec le projet que le lait des vaches qu’il va soigner se transforme en fromage. Mais, en 1982, les quotas laitiers ruinent bon nombre d’éleveurs de son père. Philippe découvre, émerveillé, sur les bancs de l’ENVT, la pratique canine, une médecine qui le ravit, aux antipodes des certificats d’abattage ou des traitements de son père qui déjà mettait les veaux en perfusion. Un mariage plus loin… Il s’associe en pratique canine avec un confrère, et leurs deux épouses font de même, et pensaient travailler trois jours au sein de leur structure et remplacer ou aider leurs conjointes deux jours par semaine. Mais, un divorce plus loin… Les deux confrères ont pu vite constater que trois jours par semaine suffisaient à leur fournir un revenu confortable et ont alors perfectionné leur système.

Un rythme professionnel soutenu ma non troppo

Le matin, chacun commence à 9 h 30, effectue toutes les chirurgies (de trois à sept interventions) entre 12 h et 14 h, et rend les animaux en milieu d’après-midi, parfaitement réveillés, y compris les chats libres. Ils reprennent de 15 h à 18 h. Avec trois salles de consultation, chacun a la sienne et l'une est disponible pour les soins, la réception des commandes de médicaments. Ils donnent des rendez-vous toutes les vingt minutes, en insérant les urgences qui le nécessitent, ce que leurs clients comprennent très bien. Une de leurs auxiliaires spécialisées vétérinaires est maman et travaille quatre jours par semaine. L’autre vient les mercredis et samedis.

Les deux associés se remplacent l’un l’autre. Ils prennent une semaine de congé chacun lors des vacances scolaires et quinze jours l’été. Étant tous les deux juillettistes, ils ont joué astucieusement sur leurs trois jours, les enchaînant d’une semaine à l’autre, du jeudi au mercredi, avec le dimanche pour faire un break, puis une semaine entière de farniente pendant que l’autre prend le relais.

« En plus d’avoir vu grandir mes fils, ce dont je suis le plus fier c’est lorsque l’un d’eux m’a dit qu’il voulait faire comme moi. “– Véto ? Non, travailler trois jours par semaine.” Et il a réussi !  Alors que l’associé de mon père n’a découvert qu’après 60 ans qu’il y avait une vie après véto… »

Un modèle pour demain ?

En bons généralistes de famille, ils assurent les euthanasies à domicile. Le Covid et ses périodes de confinement qui en ont découlé ont été pour eux, comme pour d’autres, une avancée : leurs clients ont appris à prendre rendez-vous et à être ponctuels.

Avec ce rythme de travail efficace et rapide, préservant la vie personnelle, ces deux diplômés en 1984 ont inventé un mode de vie qui concilie harmonieusement vie professionnelle et vie privée. Un équilibre qui pourrait séduire la jeune génération, qui veut vivre pleinement tout en pratiquant leur métier de vétérinaire, un credo d’une grande sagesse. Il leur reste désormais à trouver des successeurs qui n’aient pas peur d’exercer en libéral !

Un mode de fonctionnement de généraliste optimisé

Il y a d’emblée un accord sur les valeurs, avec un exercice de généralistes sachant référer chaque fois que nécessaire. Avec la réglementation drastique sur la radioprotection et le coût du matériel, ils ont fait le choix de référer les radios. Aucun de leurs clients ne s’est plaint que la clinique devienne un cabinet. Ils réfèrent aussi toutes les analyses de sang, d’urines, de cytologie, etc., déposées par leurs clients directement au laboratoire Inovie Vet, leur fournissant des résultats de qualité dans la journée, ce qui leur permet de rappeler tous leurs clients avant 20 h. Ils facturent directement à leurs clients les analyses, sur lesquelles ils margent. Ils ont un échographe, qu’ils valorisent notamment sur les confirmations de métrites, mesurant précisément la taille des cornes, un point apprécié par les propriétaires qui visualisent mieux le problème. S’étant fait braquer une fois, ils ont décidé de référer également les urgences.

Témoignage de Catherine Harbion (T 84)

Depuis trente-cinq ans, Catherine Harbion (T 84) exerce à Vauvert (Gard), au rythme de trois journées bien remplies (10 h à 11 h). Elle s’est associée en 1991 et a continué en travaillant seule avec son auxiliaire spécialisée vétérinaire les lundis et mardis, le mercredi en doublon avec son associé (puisqu’elle a assumé la partie comptabilité/administration) et un samedi sur deux, tandis que lui travaillait du mercredi au vendredi et un samedi sur deux. En femme organisée, elle a anticipé sa retraite et choisi, avec son associé, de vendre leur clinique à Okivét, ce qui l’a déchargée notamment des tâches de ressources humaines. Désormais, elle ne travaille plus que deux jours par semaine avec une retraite programmée en février 2024. Le recrutement est ouvert. « Avec ce mode d’exercice, j’ai vraiment eu le temps d’élever et de voir grandir mes enfants. J’avais tous mes mercredis et dix semaines de vacances avec eux. Bien sûr, les jours où je travaillais, il y avait une nounou à la maison toute la journée. Mais j’avais aussi du temps pour moi (pour faire du sport, de la danse, jusqu’à dix heures par semaine). Se ressourcer, c’est fondamental. Pendant le confinement, j’ai pu prendre du temps avec ma famille, humaine et animale. Et surtout, depuis quinze ans, j’ai beaucoup voyagé, et je me suis découvert une nouvelle passion… le tango argentin ! »

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