Le vaccin à l’heure de la santé globale - La Semaine Vétérinaire n° 1973 du 20/01/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1973 du 20/01/2023

One Health

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Marine Neveux

La dernière réunion des académies françaises d’agriculture, de médecine, de pharmacie et vétérinaire était consacrée à Louis Pasteur, sous l’angle One Health, dont le scientifique est un précurseur.

La vaccination et l’élan porté par Louis Pasteur ont incontestablement du sens lorsqu’on évoque le rapprochement des médecines humaine et animale, la transdisciplinarité, l’intersectorialité, bref, le concept One Health. La réunion de l’Académie d’agriculture de France, de l’Académie nationale de médecine, de l’Académie nationale de pharmacie et de l’Académie vétérinaire de France en est aussi la parfaite illustration, alors qu’elle se tenait à Paris fin 2022, année qui a ouvert nombre de célébrations du bicentenaire de Louis Pasteur.

Pasteur a apporté une rupture épistémologique : il a démontré qu’il n’y avait pas de générations spontanées mais des micro-organismes qui existaient déjà dans le milieu. « C’est une découverte qui fait de Pasteur un Christophe Colomb du vivant », martèle Jean-Jacques Hervé, président de l’Académie d’agriculture, en introduction de la journée. Pasteur offre le progrès extraordinaire de la vaccination. « Il a montré que les micro-organismes dans une forme atténuée sont les sauveurs. Il a eu l’audace de tenter la vaccination, et la vaccination sur l’humain ! »

One Health : concilier entreprenariat et science

Le chercheur était aussi un entrepreneur. « Il a compris que sans une entreprise de grande taille, il n’arriverait pas à développer l’implication de ses découvertes. S’il n’avait pas été entrepreneur, ses découvertes n’auraient pas rayonné, souligne Jean-Jacques Hervé. Dans le concept One Health, nous sommes amenés à concilier l’activité d’une entreprise et l’activité scientifique. »

Alain Philippon (A 63) a détaillé l’histoire d’un vaccin pasteurien, le BCG (vaccin bilié d’Albert Calmette, médecin et de Camille Guérin, vétérinaire), qui témoigne de l’approche One Health et d’une collaboration entre les médecines humaine et animale. Le BCG est un fabuleux vaccin, qui ouvre même de nouvelles perspectives de recherche aujourd’hui pour le diabète, l’eczéma, la maladie d’Alzheimer.

« Pasteur a été en contact étroit avec les industriels, cela lui a permis de découvrir les fermentations sur le jus de betterave, sur les vins. Il a pris conscience qu’il existait un monde peuplé de microbes, avec les bons et les mauvais. Il a proposé la pasteurisation (chauffage des vins) pour lutter contre les microbes », poursuit Alain Philippon . À l’époque, Pasteur était confronté à une opinion publique peu favorable à la vaccination. Il a fourni une méthodologie dans la production de vaccins. Par exemple, pour lutter contre le rouget du porc, il a eu l’idée de transférer le bacille au lapin, ce qui en a diminué la virulence. Concernant le vaccin contre la rage, Pasteur s’est inspiré du modèle proposé par Pierre Victor Galtier, vétérinaire (1846-1908), qui avait travaillé sur des moelles épinières desséchées de lapin morts de rage pour chercher une immunisation.

L’acceptabilité de la vaccination

Barbara Dufour (A 80), professeure de maladies contagieuses et d’épidémiologie à l’École nationale vétérinaire d’Alfort (Val-de-Marne), a expliqué la réticence actuelle de certains à la vaccination. « La peur des nouvelles technologies, qui ont évolué très vite, et, avec certains drames, les fake news liées à l’incertitude, à l’instrumentalisation des fausses nouvelles et à la diffusion à travers des canaux que personne ne maîtrise. Cela tourne vite, personne ne contrôle, et persiste la peur du Big Pharma. »

Mais l’acceptabilité de la vaccination peut varier dans le temps, rien n’est figé. Quand une épizootie flambe, la demande de vaccination est forte et immédiate pour les éleveurs qui ont l’habitude des luttes collectives. La crise actuelle de l’influenza aviaire hautement pathogène en témoigne d’ailleurs ; les éleveurs de volailles sont favorables à la vaccination.

Puis, quand la situation devient plus enzootique, les contraintes de la vaccination deviennent plus importantes : problèmes commerciaux de la vaccination à la vente des animaux. L’acceptabilité de la vaccination change selon l’évolution de la clinique. Pour les éleveurs, l’un des critères du choix de vacciner est l’efficacité vaccinale sur la clinique et, en parallèle, les aspects économiques.

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