Dentisterie équine : des avancées mais des attentes demeurent - La Semaine Vétérinaire n° 1973 du 20/01/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1973 du 20/01/2023

Profession

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Michaella Igoho-Moradel

Si le métier de technicien dentaire équin existe depuis longtemps, son nouveau cadre d’exercice est salué mais ne résout pas les défauts de leur formation et de celle des vétérinaires, ni le manque de communication entre ces deux professions.

Les vétérinaires et les techniciens dentaires équins (TDE) doivent collaborer, a martelé Jean-Yves Gauchot (T 90), administrateur de l’Association équine française (Avef). L’animateur de la table ronde sur l’exercice des TDE organisée durant les journées annuelle de l’association, en novembre dernier, à Reims (Marne), estime qu’au-delà de la réglementation, la communication entre ces deux mondes reste la clé du « travailler ensemble ». Il aura fallu attendre 2011 pour que la profession de TDE soit réglementée et strictement encadrée par l’alinéa 11 de l’article L.243-3 du Code rural et de la pêche maritime. Les actes qu’un TDE peut effectuer y sont détaillés : extraction de dents de lait et de dents de loup, élimination des pointes d’émail et des aspérités des tables dentaires. Cinq ans plus tard, un décret et un arrêté ont précisé les compétences nécessaires pour exercer ce métier. Pourtant, des progrès restent à faire, surtout vis-à-vis du contenu de la formation, tant des vétérinaires que des TDE.

Des responsabilités différentes

Malgré un cadre réglementaire clair, des cas d’exercice illégal persistent. « Nous estimons qu’il y a actuellement 230 praticiens. Il en existe encore un petit nombre hors de notre champ de vision, une quinzaine, peut être un peu moins. Nous tentons de les rapprocher des associations professionnelles. Cela nous permettra de les obliger à se conformer au cadre légal », explique Thomas Guimbellot, président de la Fédération française des techniciens dentaires équins (FFTDE). « Le terme “dentiste” doit disparaître car la confusion avec la médecine humaine est rapidement faite. Il faut évaluer les pratiques et les dérives, dont des notions de diagnostic qui relèvent de compétences vétérinaires. Certains TDE se lancent encore dans des extractions de molaires, de prémolaires, d’incisives. Cela m’inquiète parce que le bien-être des chevaux, la douleur et la mémoire des actes ne sont pas pris en compte », dénonce à son tour Christophe Hugnet (L 93), membre de l’Association francophone des vétérinaires praticiens de l’expertise. Parfois, par manque d’information, des vétérinaires pourraient se mettre dans une situation de complicité d’exercice illégal de la médecine vétérinaire. Pour cela, il « suffit », par exemple, de tranquilliser un cheval pour un TDE. « L’exercice de la médecine vétérinaire est réglementé par le Code rural et de la pêche maritime et par le Code de la santé publique pour la pharmacie vétérinaire. Cela concerne l’exercice du vétérinaire et ses collaborations avec les tiers. Le code de déontologie n’est pas un code de bonne conduite entre des personnes qui ont décidé de ne pas se faire la guerre et de se comporter de façon conviviale entre elles. Il fait partie de la loi. Le vétérinaire ne doit pas se rendre complice de l’exercice illégal. La responsabilité civile professionnelle n’est pas là non plus pour couvrir celui-ci », insiste Michel Martin-Sisteron (T 73), membre titulaire de l’Académie vétérinaire de France et expert de justice, avant de rappeler que les responsabilités de chacun ne sont pas les mêmes. La responsabilité du vétérinaire qui tranquillise un cheval va au-delà de la tranquillisation elle-même, car il a un devoir d’information sans lequel la charge de la preuve est inversée. »

Limiter les conflits en communiquant

Pour Alexis Leps (Liège 16), membre de la commission dentisterie équine de l’Avef et installé à Gand (Belgique), le contenu de la formation des TDE doit être revu à la hausse : « Ils sont en première ligne de la dentisterie du cheval : ouvrir la bouche du cheval, faire des actes techniques et, surtout, établir un diagnostic. Lors de l’auscultation, on peut passer à côté de détails. Il est indispensable de travailler avec le vétérinaire. Si nous restons chacun de notre côté, cela n’ira pas ! » Si Thomas Guimbellot reconnaît qu’une collaboration fructueuse se met progressivement en place entre les acteurs, il constate une mésinformation, ou un manque de transmission de l’information. « Il faut pousser les TDE à tracer leurs actes afin que le vétérinaire ou un autre intervenant puisse en avoir connaissance. L’information doit circuler de façon fluide. Que les TDE rencontrent annuellement leur vétérinaire référent et collaborent avec les vétérinaires dans leur rayon d’exercice. Aujourd’hui, le meilleur moyen de limiter les conflits est de communiquer. » Il appelle par ailleurs les vétérinaires à rappeler aux TDE la limite de leur exercice, comme la sédation du cheval. « L’information est dans la loi ; il suffit de lire les textes et de les appliquer. En cas de non-respect des règles, il ne faut pas hésiter à saisir les commissions disciplinaires si nécessaire. Au-delà de la discipline, nous pouvons remettre les choses en bon ordre en discutant », poursuit le président de la FFTDE.

Améliorer la formation

Alors, comment prévenir les dérives et, surtout, comment favoriser la collaboration entre vétérinaires et TDE ? Outre la communication, l’une des solutions réside dans une formation de qualité. « Toutes les semaines, des chevaux référés nous sont adressés avec des pathologies qui n’ont pas été détectées soit par un TDE, soit par certains vétérinaires qui n’ont pas beaucoup de connaissances en dentisterie équine. Nous faisons en sorte d’intéresser les étudiants à ce domaine. En Flandre, de plus en plus de vétérinaires pratiquent la dentisterie et concurrencent les TDE », témoigne Alexis Leps. Il invite également les vétérinaires à mieux se former, car « nous voyons des bouches massacrées ». Un avis partagé par Fabien Relave (L 04), vétérinaire référent des régions d’outre-mer, de Nouvelle-Aquitaine et d’Occitanie : « Nous avons organisé une formation pratique pour les TDE à la clinique. Il faut progresser là-dessus, encadrer la façon dont ils travaillent et ce qu’ils peuvent faire. » De la théorie oui, mais surtout de la pratique. « L’orientation future de ces formations doit permettre aux TDE d’aller plus fréquemment en entreprise. Ce sont toutefois des sujets compliqués, puisqu’une alternance suppose un changement de ministère de tutelle. L’évolution de la formation des TDE doit favoriser plus de pratique et plus d’expérience de terrain plutôt que de l’enseignement académique », estime Thomas Guimbellot.

Élodie Perrault (T 14), vétérinaire équin à domicile dans le Gers

« Je ne pratique que la dentisterie équine »

Cela fait deux ans que je fais uniquement de la dentisterie, et je suis confrontée au même souci en ce qui concerne la sédation (certains professionnels traitent l’animal sans le sédater). Je pratique uniquement sur cheval sédaté et ce n’est pas toujours évident. Je constate des problèmes de formation chez les vétérinaires et chez les techniciens dentaires équins. Améliorer la communication entre tous les professionnels nous donne plus de crédibilité face aux propriétaires, aux clients. Chacun doit respecter la façon de travailler des autres.

TDE, une profession réglementée

L’année 2016 marquait la publication du décret1 de formation et de l’arrêté2 listant les compétences des techniciens dentaires équins (TDE). Ils doivent tenir leur formation et leurs compétences à jour, en lien avec cinq vétérinaires référents répartis sur tout le territoire. « D’un point de vue entrepreneurial, notre exercice est assez proche de celui des vétérinaires : consultations, gestion administrative et comptable… nous avons des contraintes similaires aux leurs. Les textes de loi nous forcent à évoluer vers un cadre plus organisé », explique Thomas Guimbellot, président de la Fédération française des techniciens dentaires équins (FFTDE). Il rappelle que, pour exercer le métier de TDE, un titre professionnel délivré par la FFTDE et par le Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral est obligatoire. Une convention type d’exercice doit également être signée entre l’Ordre des vétérinaires et chaque TDE en activité. Celle-ci définit les obligations et les devoirs des TDE. « Une signalétique spécifique permet de vérifier que le technicien est bien en règle. Une commission disciplinaire a été mise en place avec l’Ordre afin de s’assurer que les textes sont bien respectés. Il y a eu des avertissements. L’Ordre est vigilant vis-à-vis des conditions d’exercice des TDE. Nous engageons également nos membres à rester dans le cadre strict de leur convention d’exercice », poursuit le président de la FFTDE.

1. bit.ly/3XfFAVe.

2. bit.ly/3CSlpVf.

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