Gestion des nuisibles : quelle place pour le vétérinaire ? - La Semaine Vétérinaire n° 1971 du 06/01/2023
La Semaine Vétérinaire n° 1971 du 06/01/2023

Biosécurité

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Par Jean-Paul Delhom

Alors que de nouvelles maladies vectorielles touchent les animaux d’élevage, à l’instar de la maladie hémorragique épizootique, qui a fait sa première apparition en Europe en novembre dernier dans des élevages bovins1, il est nécessaire que le vétérinaire devienne un référent dans la gestion des espèces invasives en élevage.

« Une espèce invasive ou envahissante peut être locale ou importée », a indiqué Romain Lasseur, en introduction de sa conférence portant sur la place des vétérinaires dans la gestion des nuisibles en élevage. Il intervenait à l’occasion des journées des groupements techniques vétérinaires Bourgogne-Franche-Comté, qui se sont tenues à Lyon (Rhône), le 10 novembre 2022. Très prolifiques, ces espèces invasives colonisent un milieu à un rythme accéléré, ce qui leur confère une capacité à s’imposer dans un écosystème au détriment des autres espèces et de la biodiversité. De plus, selon le conférencier, elles ont d’importantes répercussions sur le plan économique, sanitaire mais aussi sur les conditions de travail et sur l’estime de soi de l’éleveur. Or, comme il l’a ajouté, « les vétérinaires sont au centre de ces problématiques dans les élevages, mais on intervient souvent trop tard dans le cycle de ces espèces ». Ainsi, le frelon asiatique, qui a mis quatorze ans à coloniser la France, est parvenu à détruire 75 % du cheptel d’abeilles au Portugal, par sa capacité de vol stationnaire. De même, le moustique-tigre Aedes albopictus colonise désormais plus de la moitié du territoire français. En ce qui concerne les mouches et les moucherons, ils ont un pouvoir pathogène élevé sur les bovins et leur cycle de vie s’accélère avec la température, a indiqué Romain Lasseur. On distingue les mouches lécheuses, qui se nourrissent en surface de débris de peaux et de différentes sécrétions, les mouches piqueuses hématophages (stomoxes, mouches des cornes, simulies, taons), et les moucherons (Culicoides hématophages, psychodes).

Des vecteurs multiples

Selon Romain Lasseur, les deux principales espèces de mouches ayant un impact en élevage sont du genre Stomoxe et Musca. Ainsi, la mouche domestique (Musca domestica) est un insecte saisonnier qui pond 120 à 150 œufs, dont l’incubation dure entre une et trois semaines et la vie larvaire entre trois et dix jours. Cette mouche peut se déplacer sur de longues distances ; l’adulte consomme des substances sucrées, des larves et des matières organiques. Par ailleurs, la petite mouche domestique (Fannia canicularis) est assez proche de la mouche domestique et affecte également les élevages. La mouche des étables (Stomoxys calcitrans), quant à elle, se nourrit de sang et vit surtout à l’extérieur. Elle occasionne une gêne pour les animaux et peut transmettre la maladie du charbon. Enfin, les taons femelles (hématophages) et les mâles (nectarivores) se retrouvent aussi en élevage. Ces quatre mouches sont des vecteurs potentiels de nombreux pathogènes par transport passif, excrétion fécale, régurgitation salivaire et piqûres. En effet, le tube digestif de la mouche domestique héberge une centaine de germes pathogènes, dont ceux responsables de la kératoconjonctivite infectieuse bovine (Musca autumnalis), de mammites à streptocoque ou à staphylocoque, de la besnoitiose (taons), de la parafilariose bovine, de la fièvre catarrhale ovine et du virus de Schmallenberg (Culicoides). Par ailleurs, le pou rouge, présent dans 83 % des élevages de volailles, entraîne une baisse de production et altère le bien-être animal (spoliation sanguine). Très résistant, il est difficile de s’en débarrasser car il peut survivre à un jeûne de neuf mois. Enfin, les rongeurs champêtres (mulots, campagnols des champs et terrestres), aquatiques (ragondin, rat musqué) et commensaux (souris, rat noir et brun) peuvent également être nuisibles dans un élevage. Les rats bruns sont agressifs, ne tolèrent aucune compétition et ont une capacité de reproduction importante (3 à 4 millions de rats à Paris). Ils représentent, avec les blattes, un risque fort de contamination à la salmonellose mais aussi à la leptospirose (30 % des rats sont excréteurs de leptospires dans leurs urines), à la rickettsiose et à la toxoplasmose.

La prévention est essentielle

Si la concentration en insectes devient trop élevée, notamment dans les zones à risque, comme les silos, il est nécessaire de mettre en place des plans de lutte comprenant des mesures préventives et des traitements curatifs. Le contrôle des populations de mouches se fait alors en hiver sur les larves, et en été sur les adultes. Pour cela, il faut employer des produits homologués, respecter les préconisations du fabricant, en particulier quant à l’utilisation du produit en présence d’animaux. En ce qui concerne les rongeurs, d’un point de vue général, il convient d’instaurer des mesures de prévention collectives (gestion des déchets, dératisation, contrôle des effluents d’élevage, drainage des zones humides). Ainsi, l’entretien des abords de l’élevage est essentiel, et la lutte chimique ne doit pas être systématique afin de préserver la santé et la sécurité des êtres vivants et de l’environnement. Comme l’a rappelé Romain Lasseur, d’après les estimations, les espèces invasives transmettent plus de 50 maladies à l’humain (fièvre typhoïde, gale, fièvre hémorragique, etc.). À cet égard, « le vétérinaire est donc un référent de la biosécurité de l’élevage dans son approche curative individuelle et collective, dans sa maîtrise de l’environnement (gestion des nuisibles, désinfection) », a-t-il conclu.

  • 1. Barde C. « Maladie hémorragique épizootique : une première détection en Europe ». 21 novembre 2022. bit.ly/3WFwgtd.
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