Écotoxicité du fipronil et de l’imidaclopride : que savent les praticiens ? - La Semaine Vétérinaire n° 1969 du 09/12/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1969 du 09/12/2022

Dossier

DOSSIER

Auteur(s) : Manon Brillant et Hervé Pouliquen

Une thèse récemment soutenue à Oniris révèle que les vétérinaires sont conscients qu’il existe potentiellement une toxicité pour l’environnement du fipronil et de l’imidaclopride dans le cadre de leur utilisation chez le chien. Mais elle pointe aussi un manque de connaissance, notamment en ce qui concerne la réglementation sur l’évaluation des risques environnementaux pour les antiparasitaires canins.

Le climat et l’environnement sont des sujets de préoccupations majeurs. En France, dans les années 2000, des polémiques ont éclaté à propos des effets sur l’environnement du fipronil et de l’imidaclopride, qualifiés de « tueurs d’abeilles » (Le Monde1, 2015). Des mesures réglementaires ont donc été mises en place afin d’encadrer leur utilisation dans le milieu agricole, mais ces produits restent employés en tant qu’antiparasitaires externes par les vétérinaires. Ce constat a amené Manon Brillant (N 22), récemment diplômée d’Oniris (École nationale vétérinaire de Nantes, Loire-Atlantique), à s’interroger dans sa thèse d’exercice2 sur leur impact environnemental. Intitulée « Écotoxicité du fipronil et de l’imidaclopride dans le cadre de leur utilisation antiparasitaire chez le chien : connaissances des vétérinaires praticiens », cette thèse avait pour objectif de dresser un état des lieux des connaissances des praticiens canins ou mixtes sur le devenir du fipronil et de l’imidaclopride dans l’environnement et sur leur toxicité potentielle pour celui-ci, mais aussi sur la réglementation qui encadre la mise sur le marché de ces molécules.

L’enquête menée a notamment révélé que 64,6 % des praticiens interrogés ne savent pas que l’Agence européenne des médicaments travaille sur l’évaluation des risques environnementaux des antiparasitaires vétérinaires. Ils sont 75,4 % à n’avoir jamais lu ou entendu parler de publications ou d’articles scientifiques remettant en cause la faible toxicité environnementale des médicaments vétérinaires à destination des animaux de compagnie.

Devenir du fipronil et de l’imidaclopride dans l’environnement

Une évaluation des risques environnementaux est nécessaire pour tout médicament à destination des animaux de production pour l’obtention d’une AMM. Ce n’est pas le cas pour les médicaments à destination des animaux de compagnie (European Medicines Agency, 2000). Concernant le fipronil, cette substance est retrouvée dans l’eau de bain d’un chien au moins 28 jours après application d’un spot-on3. Les vétérinaires enquêtés sont 9,9 % à penser que le fipronil est retrouvé dans l’eau de bain d’un chien 4 jours après l’application d’une pipette ; 14,4 %, 7 jours après ; 36,5 %, 28 jours après ; et 1 % que le fipronil ne passe pas dans l’eau. 

Lors du traitement des eaux usées dans les stations d’épuration, 93 % de l’imidaclopride et 65 % des fiproles (classe de pesticides à laquelle appartient le fipronil) persistent4. Les répondants estiment à 57,5 % que ces traitements ne sont pas suffisamment efficaces pour limiter le passage des antiparasitaires dans les effluents ; 3 % estiment le contraire ; et 39,6 % ne savent pas. 

Du fipronil est présent dans 98,6 % des échantillons d’eau de rivières anglaises, dans 65,9 % pour l’imidaclopride. Parmi les praticiens interrogés, 9,2 % supposent, à raison, que plus de 60 % de ces eaux de rivière contenaient ces deux molécules ; 9,6 %, moins de 10 % ; 28,3 %, entre 10 et 40 % ; et 13,1 %, entre 40 et 60 % ; 39,9 % ne savent pas. Sur 20 sites de prélèvements, 16 présentent une concentration en fipronil supérieure à la celle sans effet observé5.

Le niveau d’information varie selon l’âge des vétérinaires

Les connaissances des vétérinaires ont été comparées selon leur âge, leur école d’origine, leur lieu d’exercice ainsi que leur pratique. La population interrogée est conforme à la celle des vétérinaires en France uniquement en ce qui concerne l’âge et l’école d’origine. Seuls les résultats des connaissances comparées en fonction de l’âge sont présentés ici. Les connaissances des enquêtés sur la réglementation encadrant les antiparasitaires vétérinaires sont moyennes à élevées pour ceux de moins de 50 ans, et faibles pour ceux de plus de 50 ans. Les connaissances autour de l’actualité sur l’écotoxicité des antiparasitaires canins sont élevées chez les praticiens de plus de 50 ans, et faibles à moyennes chez ceux de moins de 50 ans. La prise en compte de la potentielle toxicité des antiparasitaires canins dans leur pratique est faible pour les répondants moins de 50 ans, ainsi que pour une majorité des plus de 50 ans. Les connaissances sur le devenir du fipronil et de l’imidaclopride dans l’environnement sont élevées pour les vétérinaires de moins de 50 ans, et faibles à moyennes pour ceux de plus de 50 ans. Les connaissances concernant les effets potentiels du fipronil et de l’imidaclopride sur l’environnement sont faibles à moyennes pour les praticiens de plus de 50 ans et variables pour ceux de moins de 50 ans.

Un manque de connaissance général

Cette enquête a mis en évidence que les vétérinaires interrogés sont conscients qu’il existe potentiellement une toxicité pour l’environnement du fipronil et de l’imidaclopride dans le cadre de leur utilisation antiparasitaire chez le chien. Environ la moitié d’entre eux sont au courant de l’actualité sur le sujet, au moins en partie. Cependant, cette thèse révèle également un manque de connaissance important des praticiens enquêtés vis-à-vis de la réglementation sur l’évaluation des risques environnementaux pour les antiparasitaires canins, mais aussi sur le devenir des molécules une fois administrées à un chien, et sur l’ampleur de la pollution environnementale actuelle. De même, les effets potentiels du fipronil et de l’imidaclopride sur les organismes les plus sensibles sont très peu connus des vétérinaires.

Puisque ce questionnaire devait être court, il n’a pas permis de traiter l’ensemble du sujet et de conclure quant à l’ensemble des connaissances des praticiens interrogés.

Il faut néanmoins noter que les vétérinaires répondants souhaitent, pour une très large majorité d’entre eux, se former sur l’écotoxicité, ce qui indique qu’ils sont conscients de leur manque de connaissances à ce propos. Il pourrait être intéressant que des formations leur soient proposées, afin qu’ils puissent mieux maîtriser ce sujet et prodiguer des conseils ou informer leur clientèle lorsqu’ils prescrivent des antiparasitaires.

Population enquêtée

 710 vétérinaires interrogés dans toute la France.

17,1 % d’entre eux sont diplômés d’une école vétérinaire située à l’étranger ; 19,3 % de l’École nationale vétérinaire (ENV) d’Alfort  (Val-de-Marne) ; 20,4 % de l’ENV de Toulouse (Haute-Garonne) ; 21,7 % d’Oniris (nantes, Loire-Atlantique) et 21,5 % de VetAgro Sup (Lyon, Rhône).

63,8 % ont moins de 50 ans, 36,2 % sont âgés de plus de 50 ans.

73 % ont une activité canine pure, 23,7 % une activité mixte canine-rurale et 3,4 % une activité mixte canine-équine.

Sensibilisation de la population enquêtée

96,5 % des vétérinaires interrogés pensent que les antiparasitaires prescrits chez le chien peuvent avoir des effets toxiques sur l’environnement.

10,4 %, 40,4 % et 49,2 % prennent respectivement toujours, parfois et jamais en considération la toxicité potentielle de ces produits lorsqu’ils les prescrivent.

5,5 %, 38,7 % et 55,8 %  informent respectivement toujours, parfois et jamais leur clientèle des risques environnementaux des antiparasitaires canins lorsqu’ils prescrivent.

96,2 % souhaitent enrichir leurs connaissances sur l’écotoxicité potentielle de ces molécules.

Quelques mesures d’atténuation qui peuvent être proposées aux propriétaires de chiens 

Hygiène :

- se laver les mains régulièrement ;

- ne pas dormir avec un animal de compagnie ;

- ne pas le laisser lécher le visage d’enfants ou d’adultes ;

Hygiène en lien avec les enfants :

- clôturer les terrains de jeux ;

- couvrir les bacs à sable ou changer le sable tous les 6 à 12 mois ;

- couper les ongles des enfants courts.

Hygiène des collectivités :

- maintenir une hygiène stricte dans les chenils ou autres collectivités ;

- effectuer des analyses coprologiques chez tous les animaux.

Alimentation :

- privilégier une alimentation de commerce ou de viande cuite à cœur ;

- proscrire la viande ou les abats insuffisamment cuits ou crus.

Dépistage et prévention :

- réaliser des analyses coprologiques chez les animaux asymptomatiques dont le mode de vie est prédisposant aux parasitoses (accès extérieur) ;

- proposer aux clients la coproscopie pour tous les animaux.

Limiter la contamination :

- ramasser les déjections et les jeter dans les ordures ménagères ;

- ne pas doucher son animal ou le laisser se baigner dans les jours suivant l’application d’une pipette antiparasitaire ;

- préférer les galéniques per os lorsque l’animal à tendance à se baigner ;

- ne pas laisser les poils dans le jardin après brossage (sauf si aucun traitement topique n’a été appliqué).

  • 1. Valo M. Cri d’alerte contre les néonicotinoïdes, ces pesticides tueurs d’abeilles. Le Monde. 24 juin 2015. bit.ly/3UoXHpy.
  • 2. bit.ly/3XQgn4p.
  • 3. Teerlinka J., Hernandez J., Budda R. Fipronil washoff to municipal wastewater from dogs treated with spot-on products. Sci. Total Environ. 2017;599-600:960-6.
  • 4. Sadaria A.M., Sutton R., Kelly D.M., et al. Passage of fiproles and imidacloprid from urban pest control uses through wastewater treatment plants in northern California, USA. Environ Toxicol Chem. 2017;36(6):1473-82.
  • 5. Perkinsa R., Whitehead M., Civil W., Goulson D. Potential role of veterinary flea products in widespread pesticide contamination of English rivers. Sci. Total Environ. 2021;755(Part 1):143560.
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