Les ventes d’antibiotiques vétérinaires au plus bas depuis 2011 - La Semaine Vétérinaire n° 1968 du 02/12/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1968 du 02/12/2022

Europe

PHARMACIE

Auteur(s) : Michaella Igoho-Moradel

La consommation européenne d’antibiotiques a été réduite de près de moitié en dix ans, selon le dernier rapport du projet Esvac.

La baisse se poursuit en Europe aussi. Après la publication des tendances dans l’Hexagone, le rapport annuel1 de l’Agence européenne des médicaments (EMA) sur la surveillance européenne de la consommation d’antibiotiques vétérinaires (Esvac), publié le 18 novembre dernier, montre que, depuis 2011, les pays européens ont considérablement réduit les ventes de ces médicaments. Entre 2011 et 2021, celles-ci ont diminué de 46,5 % dans 25 (dont la France) des 31 pays membres du réseau Esvac, « atteignant la valeur la plus basse jamais rapportée ».

Des baisses qui varient entre 4,4 et 65,4 %

Les ventes globales d’antibiotiques destinés aux animaux producteurs de denrées alimentaires sont passées de 161,2 mg/PCU (milligrammes par population correction unit : volume de médicaments vendus divisé par le poids total estimé du bétail et de l’abattage) en 2011 à 86,2 mg/PCU en 2021. La France fait partie des bons élèves, avec des ventes estimées à 57,1 mg/PCU l’année dernière. Ces baisses, qui vont de 4,4 à 65,4 % selon les pays, témoignent d’une forte disparité entre les États affichant les tendances les plus basses, tels que la Norvège, avec 2,5 mg/PCU, et ceux ayant les ventes les plus élevées, tels que Chypre, avec 296,5 mg/PCU. À l’exception des amphénicols, dont les ventes sont passées de 1,0 mg/PCU en 2011 à 2,4 mg/PCU en 2021, celles des autres classes d’antibiotiques ont diminué depuis 2011, malgré quelques fluctuations pour certaines classes. Les tétracyclines étaient les plus vendues jusqu’en 2019, désormais détrônées par les pénicillines dans 25 pays membres. Néanmoins, les tétracyclines, les pénicillines et les sulfamides restent les trois classes d’antibiotiques les plus vendues entre 2011 et 2021. Comme en France2, les ventes d’antibiotiques considérés comme critiques connaissent une chute importante entre 2011 et 2021 : elles ne représentent plus que 5,5 % des ventes totales en 2021.

Chute des ventes d’antibiotiques critiques

Pour les céphalosporines de troisième et de quatrième génération, les ventes ont chuté de 38 % ; pour les polymyxines de 80 % ; pour les fluoroquinolones de 14 % ; et pour d’autres quinolones de 83 %. « Les résultats positifs reflètent les efforts des vétérinaires, des agriculteurs et de l’industrie pharmaceutique pour réduire l’utilisation d’antibiotiques afin de prévenir la résistance aux antimicrobiens », a déclaré Ivo Claassen, chef de la division des médicaments vétérinaires de l’EMA. En 2011, les formes de produits majoritairement adaptées au traitement collectif représentaient 92,1 % des ventes totales, dont 38,0 % pour les prémélanges, 46,1 % pour les poudres orales et 8,0 % pour les solutions buvables. Même si leurs ventes ont diminué de 49,5 % sur la période 2011-2021 (de 148,5 mg/PCU à 74,9 mg/PCU), elles constituent encore la majorité des ventes en 2021. Pour les traitements individuels, les médicaments sous forme injectable ont toujours été les plus vendus. Concernant les carnivores domestiques, les données sur les chiens et les chats ne sont pas disponibles pour tous les pays participants. Le rapport relève tout de même qu’en 2021, les pénicillines en comprimés étaient la classe d’antibiotiques la plus vendue dans 27 pays (dont la France), bien que les tendances de ventes pour ces formes galéniques variaient considérablement d’un pays à l’autre.

Une stratégie européenne amorcée

Ce rapport sur la surveillance européenne de la consommation d’antibiotiques vétérinaires intègre, pour la première fois, des informations sur les progrès accomplis pour atteindre les objectifs de la stratégie « De la ferme à la table » de la Commission européenne. Celle-ci a pour but de diminuer la vente d’antimicrobiens pour les animaux d’élevage et l’aquaculture dans l’Union européenne (UE). Entre 2018 et 2021, les 27 États membres de l’UE ont réduit de 18 % leur consommation d’antibiotiques vétérinaires, ce qui correspond environ à un tiers de la baisse de 50 % visée d’ici à 2030. À noter que la communication de données sur les ventes et l’utilisation d’antimicrobiens chez les animaux deviendra obligatoire dès 2023.

  • 1. bit.ly/3ie9NVa.
  • 2. bit.ly/3Xt1Zij.
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