La résistance bactérienne globalement en baisse - La Semaine Vétérinaire n° 1968 du 02/12/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1968 du 02/12/2022

Antibiosurveillance

PHARMACIE

Auteur(s) : Michaella Igoho-Moradel

En 2021, le taux de bactéries résistantes a diminué pour la plupart des antibiotiques, à l’exception de l’amoxicilline et de l’amoxicilline-acide clavulanique.

Les résistances bactériennes aux antibiotiques continuent de diminuer. C’est l’information à retenir des données 20211 du Réseau de surveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes d’origine animale (Résapath), qui fête ses 40ans, présentées lors d’une conférence de presse organisée le 15 novembre dernier par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Pas moins de 62 000 antibiogrammes ont été collectés pour l’ensemble des filières grâce à la contribution de 101 laboratoires d’analyses vétérinaires. Le taux de bactéries résistantes est globalement en baisse constante pour la plupart des antibiotiques, à l’exception de l’amoxicilline et de l’amoxicilline-acide clavulanique. Ces tendances confirment qu’il y a une corrélation entre les hausses de l’exposition des animaux aux antibiotiques et celles des résistances, comme l’a rappelé Jean-Yves Madec, directeur scientifique antibiorésistance de l’Anses.

Des niveaux de résistance bas pour les antiobiotiques critiques

En 2021, les résistances bactériennes aux antibiotiques critiques (céphalosporines de troisième et de quatrième génération [C3G-C4G] et fluoroquinolones) ne cessent de diminuer. Moins de 6 à 8 % des bactéries prélevées y sont résistantes. Chez les porcs et les poules ou poulets, les niveaux de résistance sont très bas depuis plusieurs années. Chez les bovins, cette tendance se stabilise depuis 2018. Mais, chez les équidés, le Résapath relève une hausse de la résistance aux C3G-C4G, qui est passée de 3,9 à 7,4 % entre 2019 et 2021. « En revanche, le rebond observé en 2020 pour la résistance aux C3G-C4G chez le chien ne s’est pas poursuivi en 2021 », précise le rapport. « Nous constatons une forte diminution et une forme de plateau, qui correspond sous doute à un seuil bas. L’enjeu est de le maintenir à ce niveau », explique Jean-Yves Madec. En ce qui concerne la colistine, la résistance devient résiduelle pour la plupart des espèces. La détection fin 2015 d’un nouveau mécanisme de résistance a nécessité l’adoption de mesures, comme la suppression d’autorisations de mise sur le marché de médicaments vétérinaires contenant cet antibiotique. Les données montrent une situation maîtrisée quant à la diffusion d’Escherichia coli pathogènes résistantes à la colistine.

Plus de résistances chez les chiens et les chats

Vis-à-vis des autres antibiotiques, les indicateurs restent globalement positifs. Chez les porcs, le Résapath note une réduction sensible pour la plupart des molécules, et importante pour les tétracyclines destinées aux filières volailles. « Chez les bovins, les taux de bactéries résistantes sont stables ou à la hausse, selon les antibiotiques. Ils peuvent aller jusqu’à 70 % pour certains antibiotiques », pointe le Résapath. Pour les animaux de compagnie (y compris les chevaux), espèces pour lesquelles le recours aux antibiotiques s’amplifie, un accroissement de la résistance est observé pour l’amoxicilline et l’amoxicilline/acide clavulanique. « C’est un point d’attention. Cela montre la difficulté de limiter l’arsenal thérapeutique sans entraîner des reports sur d’autres molécules », commente Jean-Yves Madec. Chez les chiens, par exemple, cette augmentation de la résistance est constatée chez E. Coli depuis deux ans pour les souches d’origine urinaire. Les tendances sont stables dans les otites et les infections de la peau. La résistance au ceftiofur diminue (15,7 % en 2020 ; 8,8 % en 2021) dans les infections de la peau. Autre indicateur, « les souches multirésistantes sont plus fréquentes chez les bovins et les porcs (17-20 %) que chez les volailles, les chiens, les chats et les chevaux (5-10 %). Cependant, pour les trois dernières espèces, les souches multisensibles, c’est-à-dire qui ne résistent à aucun des antibiotiques testés, ont fortement diminué entre 2017 et 2020 », détaille le rapport du Résapath.

Les indicateurs Résapath accessibles en ligne

Le Réseau de surveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes d’origine animale (Résapath) permet aux vétérinaires de suivre les tendances de résistances par espèce animale et par espèce bactérienne. Il est possible de cibler une maladie et l’antibiotique envisagé. Ces données, accessibles en temps réel, sont disponibles sur le site Resapath on line1.

1. bit.ly/3EwRRfT.

  • 1. bit.ly/3ufYVZH.
Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr