Où en est la relation entre ostéopathes animaliers et vétérinaires ? - La Semaine Vétérinaire n° 1966 du 18/11/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1966 du 18/11/2022

Paraprofessionnels

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Par Lorenza Richard

Créer du lien entre les différents professionnels de l’ostéopathie pour faire avancer la discipline était le but de la deuxième édition du congrès SymbiOstéo, qui s’est tenu au Centre de congrès de Lyon (Rhône), du 21 au 23 octobre dernier. Une occasion de s’interroger sur l’évolution des relations entre ostéopathes animaliers et vétérinaires, trois ans après le premier congrès.

« Nous avons passé un cap dans les échanges depuis trois ans1 », se réjouit Marie Salabert, ostéopathe animalier et organisatrice des congrès SymbiOstéo avec l’Union française des étudiants ostéopathes animaliers. « La réglementation2 a permis aux vétérinaires de mieux connaître l’ostéopathie animalière, et il existe même une réelle bienveillance dans nos relations », explique-t-elle. Ainsi, le congrès repose sur une idée de ralliement constructif. « Les différents professionnels peuvent donner leur avis sans jugement, trouver des points de convergence, et c’est ce qui a convaincu beaucoup d’acteurs de venir, dont de nombreux vétérinaires, en tant que conférenciers ou participants. » Le programme était équilibré entre ostéopathie vétérinaire et non vétérinaire, avec la volonté de partager des expériences de terrain entre professionnels français et étrangers. De plus, « en 2021, le Collectif des ostéopathes animaliers a été créé. Il regroupe les associations et les syndicats professionnels ainsi que tous les ostéopathes animaliers inscrits sur le registre national d’aptitude (RNA) tenu par le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires (CNOV). Ce collectif souhaite structurer davantage l’ostéopathie animale, au-delà de la réglementation actuelle, notamment par la mise en place d’un code de bonnes pratiques professionnelles, l’application de la déontologie et la rédaction d’une charte de qualité et d’un référentiel de compétences commun aux établissements de formation en ostéopathie animale. Ces actions sont toujours menées dans l’optique d’améliorer nos relations avec la profession vétérinaire », ajoute-t-elle.

« La confiance se construit dans le temps, confirme Jacques Guérin (N 88), président du CNOV. Par exemple, l’inscription au RNA des personnes non-vétérinaires pouvant réaliser des actes d’ostéopathie animale (Praoa), instaurée en 2017, est acceptée plus largement, avec moins de contestations. Cela s’améliore et c’est positif, car ce processus est désormais installé dans la pratique quotidienne. » De plus, le 27 octobre, les membres du jury du RNA ont bénéficié d’une formation durant laquelle ils ont été capables « d’entendre les critiques émanant des candidats ajournés et y ont répondu ». « Cela contribue à la confiance accordée à ce dispositif », note le président, qui remercie les représentants des Praoa, notamment Marie Salabert.

Structurer la discipline

Le but du congrès était également de trouver des voies de structuration et d’évolution. « L’universitarisation de la formation en ostéopathie animale et la recherche, telles qu’elles existent en ostéopathie humaine, sont des perspectives d’évolution vers lesquelles nous devons tendre pour structurer notre discipline et gagner en cohérence, affirme Marie Salabert. Nous souhaitons modifier la réglementation concernant nos centres de formation, car il y en a actuellement 24 et nous n’en voulons pas d’autres. Nous devons créer un parcours professionnel unique, sinon de futurs diplômés risquent de ne pas trouver de travail. »

« Les ostéopathes sont inquiets de la multiplication des écoles, des candidats et, à terme, des professionnels, alors qu’il n’y a pas de débouché pour tous, j’en suis persuadé, ajoute Jacques Guérin. En effet, le RNA contient actuellement 556 Praoa dont les compétences sont reconnues, 528 d’entre eux se sont fait connaître des conseils régionaux comme pratiquant des actes, et nous avons des retours de personnes qui abandonnent car leur métier ne leur permet pas de vivre. Je suis légitime à intervenir dans les relations que l’Ordre des vétérinaires entretient avec les représentants des ostéopathes animaliers dans le cadre de la reconnaissance des compétences, mais je ne serai pas intrusif dans l’organisation de l’inscription des personnes au RNA. C’est à ses représentants de structurer l’ostéopathie animale dans sa composante non vétérinaire, sans méconnaître les principes généraux, dont la liberté d’enseigner et d’entreprendre. »

Oser la recherche

Des ostéopathes humains investis dans la recherche ont partagé leurs expériences pour « donner envie aux ostéopathes, vétérinaires ou non, de s’engager dans ces voies et de faire évoluer le métier », indique Marie Salabert. « Nous sommes de plus en plus de jeunes professionnels, et cela peut offrir à certains l’opportunité de voir par où ils sont passés ou de prendre exemple sur des vétérinaires qui s’investissent dans la recherche. De plus, les enseignants-chercheurs des écoles vétérinaires s’intéressent à cette discipline de l'ostéopahie ainsi que des étudiants vétérinaires, et l’idée serait peut-être, à l’avenir, de faire une thèse sur le sujet. » Le but ne serait pas d’imposer une pratique unique, mais de faire évoluer les techniques de chacun en améliorant les connaissances sur l’ostéopathie.

« Je suis plutôt partisan d’une ostéopathie que se fonde sur des pratiques robustes, avec des fondements scientifiques, et il est important que la recherche, qui tire tout le monde vers le haut, soit menée avec une réelle approche scientifique pragmatique et éprouvée, déclare Jacques Guérin. Il y a du travail. Toutefois, je considère que la base de l’ostéopathie animale est l’anatomie et, avant tout, il est essentiel qu’elle soit bien enseignée dans les écoles qui forment ces professionnels et bien assimilée afin qu’ils soient déjà forts sur ces bases. En tant que président de l’Ordre, mon but est de reconnecter les acteurs à la réalité du terrain et, pour être compétent sur ce terrain, il faut de la méthodologie. »

Ne pas porter à confusion

Enfin, Jacques Guérin réagit au terme « ostéopathe pour animaux », utilisé dans le cadre du congrès pour désigner les ostéopathes animaliers et les vétérinaires ostéopathes. « Qu’il y ait des interactions entre eux sur la nomenclature et les techniques, c’est vrai, reconnaît-il. Cependant, vis-à-vis du grand public, il convient de les distinguer car la base des formations et le champ du diagnostic sont différents. Chacun suit cinq années d’études, qui ne peuvent être considérées comme équivalentes. Elles ouvrent au vétérinaire de plus grandes possibilités que la formation ciblée des ostéopathes. Ainsi, l’ostéopathie est l’une des cordes de l’arc des vétérinaires, mais pas la seule. Regrouper les deux sous un seul terme porterait à confusion et irait à l’encontre de l’intérêt des deux professions, Praoa comme vétérinaires ostéopathes. Le public doit faire la part des choses pour choisir la prise en charge d’un animal en toute connaissance de cause. » Ce que confirme Marie Salabert : « Cette terminologie n’est pas du tout employée sur le terrain : chacun sa formation et son titre. » Ainsi, ce congrès, qui avait pour but de créer des rencontres et des liens, a également souligné ceux qui existaient déjà.

  • 1. Voir le dossier « Ostéopathie animale : points de tension » de La Semaine vétérinaire n° 1832 du 29/11/2019.
  • 2. Alinéa 12 de l’article L.243-3 du Code rural et de la pêche maritime.
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