« Nos marges commerciales sont très faibles » - La Semaine Vétérinaire n° 1965 du 11/11/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1965 du 11/11/2022

Inflation

PHARMACIE

Auteur(s) : Propos recueillis par Michaella Igoho-Moradel

Les centrales d’achat vétérinaires adaptent leurs prix pour faire face à une inflation record. Bruno Le Bosser, intervenant pour le groupe Neftys Pharma, partage son analyse de la situation.

Avez-vous constaté une augmentation des prix des médicaments et des produits vétérinaires ?

Nous observons une inflation quasi galopante que répercutent la plupart des fournisseurs de médicaments vétérinaires et de petfood. Ces hausses de prix, qui vont parfois au-delà de 10 %, seront effectives à la fin de cette année ou début 2023. En tant que distributeur, nous appliquons les mêmes augmentations à nos clients car nous ne faisons que retranscrire à leur juste valeur celles des différents fournisseurs. Nos marges commerciales sont très faibles, nous n’avons pas de marge de manœuvre. Notre rôle se limite souvent à organiser nos approvisionnements sans réelle capacité de négociation. Si demain nous étions des acheteurs, nous pourrions négocier les prix d’achat des produits en fonction des quantités que l’on peut acquérir. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Comment expliquez-vous ces hausses de prix ?

La flambée des cours des matières premières, qui sont notamment nécessaires à l’industrie du petfood, est une des raisons de ces hausses, de même que le coût de l’énergie et du transport pour fabriquer et acheminer les produits. La plupart des entreprises ne bénéficient pas de coûts réglementés en matière d’énergie, et la flambée des prix n’est pas contrôlée. S’y ajoutent les coûts salariaux, qui ont augmenté en 2022, et cette tendance va se poursuivre en 2023. Tous ces éléments expliquent en partie l’augmentation sévère du coût des médicaments et des produits vétérinaires.

Ces augmentations sont-elles ponctuelles ?

Lorsque des augmentations portent sur des produits, il est rare de revenir en arrière. Les tarifs annoncés pour 2023 seront maintenus même si la crise s’atténue où se résorbe.

Est-il possible de les contenir ?

Nous sommes obligés d’attendre que le conflit ukrainien se termine. C’est sans doute la cause principale cette envolée. Nous sommes dans un marché de prestation de services et non dans un marché où le prix d’un médicament est réglementé. Même si nous tentons de contenir au maximum l’inflation, et donc le coût des produits vétérinaires, nous sommes obligés d’accepter que la pénurie des matières premières entraîne de facto une flambée des prix. Mais jusqu’où le consommateur, l’éleveur ou le propriétaire l’accepteront ? Le risque est qu’on se dirige vers une médecine de traitement et non plus de prévention. Cela serait extrêmement dommageable.

L’analyse d’Olivier Duran, directeur général d’Alcyon

En raison de l’inflation actuelle et de l’impact de celle-ci sur les grandes composantes de nos coûts, il n’est pas impossible qu’en 2023, il soit nécessaire de modifier la pratique. Pour la distribution, les deux principaux coûts sont en effet les ressources humaines et le transport. Les deux vont fortement augmenter en 2023 (c’est déjà le cas en 2022) et l’impact de cette hausse sera très probablement difficilement intégrable dans notre structure de prix actuelle. Les centrales de distribution françaises étant des outils professionnels, leurs marges sont très faibles et leur capacité à rogner sur celles-ci très réduite.

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