Vétérinaires, les nouveaux vulgarisateurs scientifiques - La Semaine Vétérinaire n° 1963 du 28/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1963 du 28/10/2022

DOSSIER

Auteur(s) : Par Lorenza Richard

Qui de mieux pour parler des sciences vétérinaires que les vétérinaires eux-mêmes ? S’emparant des nouveaux canaux de diffusion, certains praticiens ont créé des chaînes d’information à destination du grand public. Leur objectif : la vulgarisation scientifique et la transmission de connaissances fiables au plus grand nombre. Rencontre avec quelques-uns d’entre eux1.

Chaîne YouTube ou podcast, parfois associés à un compte Instagram, Twitter, TikTok ou Facebook, ou à un site internet : les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés par les vétérinaires. Ils y présentent « l’envers du décor » de la profession ou, le plus souvent, y diffusent des connaissances scientifiques fiables en médecine vétérinaire.

Tous les professionnels témoignant dans ce dossier communiquent sur ces réseaux à la fois par plaisir et pour contrer des idées reçues véhiculées par d’autres. Bien qu’ils ne perçoivent pas de rémunération pour ce travail – au mieux acquièrent-ils une certaine visibilité – et qu’ils le font le plus souvent seuls ou avec l’aide logistique de leur famille ou de leurs amis, ils ne souhaitent pas de sponsor, par souci d’indépendance. Aucun d’entre eux ne bénéficie non plus de soutien de la part des instances professionnelles, c’est en toute autonomie que ces praticiens publient leur contenu.

Les retours du grand public sont, dans la grande majorité des cas, très positifs. Les propriétaires d’animaux apprécient que des vétérinaires communiquent sur leurs pratiques. Beaucoup de leurs confrères et consœurs saluent également ces initiatives, qui leur permettent d’adapter leurs conseils ou même d’apprendre certaines choses. Leurs retours sont d’ailleurs souvent souhaités. La réussite de ces chaînes est la preuve qu’il est important pour ces professionnels de mettre fin à certaines croyances en vulgarisant leurs connaissances et en les diffusant au plus grand nombre. C’est profitable à tous, et les vétérinaires interrogés/présentés ici encouragent à se lancer dans l’aventure sans hésiter. À bon entendeur !

Valérie Crousse (L 00)

Créatrice de la chaîne Youtube Tony et Léon - Conseils de vétérinaires

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Le vétérinaire est l’interlocuteur privilégié en santé animale

Nous avions conçu les valises de Tony et Léon à destination des adoptants de chiens et de chats, accompagnées d’un livret conseil, afin qu’ils disposent d’informations complètes pour bien commencer la relation avec leur animal, tant sur le plan de la santé que du bien-être, de la nutrition, du comportement, etc. Afin de partager ces conseils à un maximum de personnes, nous avons décidé de lancer notre chaîne YouTube. Nous y abordons les conseils « basiques », que tout propriétaire doit savoir, mais aussi des cas spécifiques auxquels certains sont confrontés mais pour lesquels ils ne trouvent pas de réponse fiable. Nous répondons également aux questions posées par notre communauté. Nous souhaitions endiguer le phénomène « Dr Google », et nous avons créé notre chaîne pour que les cabinets, les cliniques et les centres hospitaliers vétérinaires puissent reprendre la parole. Le vétérinaire est en effet l’interlocuteur privilégié, selon nous, en matière de santé animale.

Une société de production audiovisuelle

Nous sommes présents sur plusieurs canaux : YouTube, qui est la plateforme de référence pour diffuser nos épisodes, Facebook et Instagram pour annoncer leur sortie et LinkedIn pour communiquer auprès des confrères. Nous le faisons durant notre temps libre, par le biais de notre société de production audiovisuelle, Victhor Production, avec laquelle nous réalisons parallèlement des vidéos pour le compte de cliniques ou d’acteurs de la santé animale, entre autres.

Tous nos épisodes sont à destination du grand public, mais de nombreux vétérinaires et auxiliaires spécialisés apprécient nos contenus pour la qualité de nos conseils et de nos intervenants, que je remercie. Nous n’avons aucune prétention particulière, mais nous serions fiers que nos réalisations permettent aux vétérinaires de gagner du temps en envoyant à leurs clients nos liens vidéo sur le sujet qui les concerne par e-mail, en amont ou à la suite d’une consultation, ou qu’ils les partagent sur leurs réseaux sociaux.

Plus nous compterons d’abonnés, de vues et de partages de nos vidéos par les vétérinaires, plus nous pourrons faire évoluer la chaîne.

Gaëlle Le Calonnec (A 21)

Créatrice de la chaîne Youtube L’instant Véto

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Plus nous serons nombreux, mieux ce sera

Pendant le premier confinement, j’ai constaté qu’il n’existait pas de chaîne vétérinaire qui pourrait intéresser les jeunes, comme c’était le cas en médecine humaine, par exemple, sous l’angle de la vulgarisation divertissante. Je me suis alors lancée pour créer des vidéos que j’aimerais moi-même regarder. Je travaille à trois quart temps dans une clinique vétérinaire et je réalise mes videos bénévolement, sur mon temps libre. Je ne le vis pas comme une contrainte mais comme un divertissement, pour me faire plaisir, sans m’imposer de rythme de publication ni de contenu.

Je publie sur YouTube, Instagram et surtout TikTok depuis cette année, où plusieurs de mes vidéos comptent un million de vues. Je pense désormais développer mon activité sur ce réseau social, qui touche beaucoup les jeunes, mais en restant présente sur YouTube, qui demande plus d’organisation et de temps mais qui permet de traiter des sujets de fond. Les jeunes privilégient les contenus liés au bien-être animal, au végétarisme ou à l’élevage. Ils posent beaucoup de questions sur ces problématiques ; si je n’avais pas abordé celui du bien-être animal lorsque j’ai interviewé un vétérinaire de parc zoologique, mes abonnés me l’auraient sans doute reproché.

Un lancement pendant les études

Je pense qu’il est important de communiquer sur les réseaux sociaux, car cela peut avoir un fort impact sur la perception de notre profession par le grand public, notamment en rassurant les méfiants vis-à-vis des vétérinaires. Plus nous seront nombreux à communiquer, mieux ce sera : chacun peut parler d’un sujet qui l’intéresse ou de sa spécialité de manière pédagogique et vulgarisée, chacun avec son style et sa propre sensibilité. Quand j’ai créé ma chaîne YouTube en dernière année d’école vétérinaire, un étudiant m’a dit qu’il y avait pensé aussi mais qu’il n’osait désormais plus se lancer. Je souhaite donc faire passer un message à tous ceux qui souhaiteraient se lancer : ne vous freinez pas, faites-le ! Le nombre fait la force.

Charlotte Devaux (L 12)

Créatrice du podcast La Truffe dans la Gamelle

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Remplacer les croyances par des connaissances scientifiques

L’idée du podcast vient d’un confrère plus jeune. Je faisais déjà de la vulgarisation scientifique sur Facebook, Twitter, Instagram et LinkedIn et je souhaitais toucher le plus grand nombre de personnes. Le podcast, format pratique qui peut être écouté dans les transports, m’a paru être un bon moyen pour diversifier les supports et, par conséquent, les publics.

Beaucoup d’informations délivrées sur les réseaux sociaux sont des non-sens fondés sur des croyances. Il est indispensable de les remplacer par de réelles connaissances scientifiques. L’alimentation est un enjeu de santé animale, il est donc très important que la profession communique là-dessus, peut-être en créant un site de référence, par exemple. Sur les réseaux sociaux, dans l’ensemble, les vétérinaires brillent par leur absence. Pourtant, la vulgarisation de l’information scientifique est essentielle. Elle fait également monter la profession en compétences, et certains vétérinaires m’ont dit avoir renoué avec la nutrition après m’avoir lue ou écoutée.

Un projet global

Au début, mon podcast était sponsorisé par des laboratoires, mais je le finance désormais avec mon propre organisme de formation. J’y consacre du temps bénévolement, mais cela participe à ma visibilité. Quand on aime, on ne compte pas. C’est également ce que font les vétérinaires qui répondent aux questions de leurs confrères et consœurs dans le groupe Facebook Véto Nutri que j’ai créé.

Mon projet principal est de développer une offre de formation adressée aux vétérinaires, mais aussi à d’autres professionnels, qui donnent souvent des conseils erronés. J’ai également lancé un blog pour que ces informations soient accessibles en dehors des réseaux sociaux.

Clémentine Le Bescond (A 11)

Créatrice du podcast Santé Cheval par Epona Vet

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Nous avons tous à gagner à ce que les gens soient informés

Le podcast est un média que j’écoute beaucoup dans la voiture, étant vétérinaire équin. Initialement, j’ai enregistré un épisode de vulgarisation d’articles scientifiques pour un entretien d’embauche, et cela m’a beaucoup plu car j’adore prendre le temps d’expliquer. J’ai alors eu l’idée de créer mon podcast, dans le but de gagner en visibilité, car je venais de commencer mon activité équine.

Sans appui, sinon l’aide logistique de mes frères, j’ai traité un premier sujet qui me tenait à cœur, l’asthme. J’ai ensuite demandé à mes clients, sur la page Facebook d’Epona Vet, ce qui les intéressait. J’aborde aussi quelques thèmes qui ne concernent pas directement la santé du cheval, comme les gardes, pour expliquer nos obligations et les conséquences que cela à pour pour les clients. Je crée également des supports écrits, que je poste sur Facebook ou sur mon site internet, comme un récapitulatif des vaccins pour chevaux. Pour accompagner le podcast, j’ai lancé mon compte Instagram cet été.

Un travail de pédagogie

Je prône la diffusion de la connaissance pour nos clients puisque, in fine, l’intérêt est d’améliorer l’observance. Leur expliquer pourquoi il est nécessaire de poursuivre un traitement durant trois semaines leur permet de mieux suivre la prescription, parce qu’ils comprennent que nous ne le faisons pas seulement pour vendre des médicaments. Il est également bénéfique que les clients voient que les vétérinaires ne sont pas des surhumains et qu’ils ne peuvent pas être partout, ni tout faire. Cela impose d’être transparent sur ses pratiques, mais cela instaure une réelle confiance des deux côtés, et donne une meilleure image de la profession.

Mon projet est de continuer à poster une fois par mois car j’adore cet exercice, même si j’ai, heureusement, de plus en plus d’activité clinique et moins de temps à consacrer au podcast.

J’encourage mes confrères et consœurs à faire de la pédagogie auprès de leurs clients. C’est une belle dynamique, qui plaît, et nous avons tous à y gagner.

Hugo Haab

Créateur de la chaîne Youtube Deux Renards

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Pas assez d’offre gratuite pour répondre aux questions des gens

J’ai créé ma chaîne YouTube car je trouvais peu d’informations scientifiques vétérinaires en format vidéo en France. Au début, elle s’adressait aux vétérinaires, mais je me suis rapidement orienté vers les propriétaires d’animaux. J’ai eu la chance de recevoir le soutien de professionnels et, pour l’élaboration de plusieurs vidéos, l’aide d’Éleonore Vanderplancke, vétérinaire. Un partenariat avec Vetup m’a permis de faire connaître ma chaîne plus largement. Ainsi, plusieurs vidéos, accompagnées d’articles les résumant, se sont retrouvées sur les sites de cabinets vétérinaires français.

Sur YouTube, si un contenu est intéressant, il est visionné. Il est donc possible de se constituer une audience sans avoir de contacts dans les médias. Les propriétaires s’intéressent de plus en plus aux pathologies de leurs animaux et cherchent des réponses sur Internet. Il semble impératif qu’ils puissent se tourner vers des sites identifiés comme sérieux et qui sont écrits ou relus par des vétérinaires.

Un projet de start-up

Je ne sais pas si ma chaîne a un impact sur les gens, en revanche je leur précise bien que, si leur animal présente des symptômes, ils doivent consulter leur vétérinaire ; une vidéo ne remplace évidemment pas un diagnostic. C’était une de mes inquiétudes quand j’ai commencé. Mon objectif est de faire une trentaine d’épisodes, mais j’ai désormais intégré un service d’urgence et je suis très occupé. J’essaie au maximum de rendre le montage agréable et de proposer un contenu fondé sur des sources rigoureuses. Cela prend beaucoup de temps. Je souhaite évoluer vers le tournage de plusieurs vidéos sur un même sujet. Dans ce but, je m’attelle actuellement au financement d’un projet de start-up afin de publier plus fréquemment et de façon plus professionnelle, avec un salarié pour s’occuper du montage. Mais ce n’est pas pour tout de suite…

Laure Bonati (A 21) et Mathilde Guillon (A 17)

Créatrices du podcast Vethologie

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Contre le charlatanisme, pour le bien-être animal

Mathilde a eu l’idée de créer un podcast, qui s’est concrétisé avec Laure. Cela divise le travail d’écriture, permet de discuter des sujets et de présenter le podcast sous la forme d’un dialogue, plus vivant à écouter. Le but est de vulgariser l’éthologie pour contrer les idées reçues, en diffusant des connaissances fiables et utiles aux propriétaires, aux éducateurs et aux vétérinaires généralistes. Nous répondons aux questions de nos auditeurs si de la littérature sur le sujet existe, car nous voulons rester rigoureuses vis-à-vis notre discipline, qui n’est pas toujours reconnue comme scientifique. Un entretien est également programmé chaque mois dans un format plus long.

Diffuser ces informations ne représente pas un danger, au contraire. Faire de la science dans son coin laisse la place au charlatanisme, propagé par des gens qui communiquent mieux que nous. La prise en compte et l’évaluation du bien-être animal, notamment, sont encore peu abordées par les vétérinaires, alors que beaucoup d’autres professions estampillent « bien-être animal » des pratiques qui ne le sont pas. Il convient de montrer nous nous appuyons sur des bases scientifiques.

Rester indépendantes

Nous relayons les épisodes sur un compte Instagram et sur YouTube (seulement le contenu audio, sans vidéo), et chacune sur notre compte Twitter. Notre page Facebook est celle de la Société francophone d’éthologie vétérinaire, qui nous a formées et nous fournit les contacts d’autres vétérinaires qui pratiquent la médecine du comportement. Nous ne souhaitons pas avoir de sponsors ni faire de publicité pour rester indépendantes. Le podcast n’est pas rémunérateur, et nous le réalisons pour la science, avec le soutien logistique du conjoint de Laure, ingénieur du son.

La saison 2 ressemblera à la première, avec un rythme de publication diminué, et tentera de consacrer des épisodes aux congrès de médecine du comportement et à des articles scientifiques importants. Il est en effet nécessaire de montrer aux gens qu’ils peuvent parler de comportement à leur vétérinaire. Cela donne une image plus accessible de la profession.

- https://bit.ly/3ERfiCm.

- À la fin octobre (les chiffres grimpent rapidement) : 19 000 abonnés ; 185 vidéos diffusées ; 1 471 906 vues

- Quelques commentaires :

Flo : « Merci à la chaîne pour cette super vidéo. »

Amélie : « Toujours super de voir des vidéos sur les lapins et les cochons d’inde, qui sont mes animaux préférés. »

Fathia : « Merci pour cette vidéo, on apprend beaucoup de choses que nous ne savions pas. »

Anne-Claire : « Merci pour ces informations, peut-il arriver que la chienne vomisse un peu pendant la durée de la gestation ? »

- https://bit.ly/3MLllKt.

- https://bit.ly/3eLsH49.

- À la fin octobre : 30 000 abonnés sur TikTok, 3 300 sur Youtube, 2 000 sur Instagram

- Commentaire d’un confrère sur YouTube : « Bravo à vous. Message très clair. Arguments imparables, de la vraie science, bien vulgarisée, du bon sens et de l’humour. J’adhère à fond. »

- https://bit.ly/3stD6VD.

- À la fin octobre : 16 épisodes ; 54 377 écoutes

- Retour d’un confrère à la suite de l’épisode avec Dan Rosenberg : « Continue, c’est excellent de chez excellent, et non seulement tes questions sont "jolies", mais ce sont celles que j’aimerais poser, donc je kiffe grave à mort. »

- https://spoti.fi/3sgRMa9.

- https://apple.co/3VK1jUM.

- À la fin octobre : 240 abonnés au podcast ; 200 followers sur Instagram ; 800 sur Facebook

- https://bit.ly/3eK4k6T.

- À la fin octobre : plus de 1 400 abonnés ; 23 épisodes ; plus de 50 000 vues pour certaines vidéos

- https://bit.ly/3eMULEc.

- https://bit.ly/3yQQab5.

- À la fin octobre : plus de 1 000 abonnés sur Instagram ; 225 sur YouTube ; 40 épisodes depuis mars 2022 ; 32 500 écoutes

- Quelques commentaires :

Amentiann : « Podcast super intéressant, très agréable à suivre (Merci) ! »

Su-Perigor : « Podcast hyperintéressant dans lequel les Dres Bonati et Guillon nous expliquent tout ce qu’il faut savoir pour mieux comprendre nos animaux. »

  • 1. Ne sont traitées dans ce dossier que les chaînes d’informations destinées au grand public. Il en existe également de nombreuses qui s’adressent aux vétérinaires.
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