Organiser l’hospitalisation des NAC - La Semaine Vétérinaire n° 1963 du 28/10/2022
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La Semaine Vétérinaire n° 1963 du 28/10/2022

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Gwenaël Outters

Conférencier

Jean-François Quinton, (N 85), diplomate European College of Zoological Medecine, spécialiste en médecine et chirurgie des petits mammifères, praticien au CHV Advétia (Vélizy-Villacoublay, Yvelines)

Article rédigé d’après la conférence "Communication en hospitalisation, particularités des NAC", présentée au congrès de l’Afvac 2021, qui s’est tenu du 25 au 27 novembre, à Bordeaux, en Gironde.

Un NAC ne peut pas être hospitalisé comme un chien ou un chat. La communication avec les propriétaires, notamment, s’articule autour des contraintes et des risques particuliers liés à ces animaux, de l’organisation des soins, de la transmission des informations, et d’un savoir particulier adapté à chaque espèce. Elle implique les clients et tous les membres de l’équipe.

Communication avec les propriétaires

Rassurer

Les propriétaires de NAC, facilement anxieux et exigeants, sont néanmoins dévoués, consciencieux, motivés et généralement bien informés. Il est judicieux de communiquer en amont, dès la salle d’attente, avec des vidéos et des affichages informatifs présentant le degré de technicité de la structure et les services proposés. Il est fondamental de montrer l’espace d’hospitalisation ; l’idéal est qu’il soit visible ou accessible depuis la salle de consultation. Les cages sont adaptées au gabarit de chaque animal et éloignées des chiens (afin de réduire le stress), les espèces sont séparées en fonction de leurs besoins physiologiques. Le détenteur doit être rassuré quant à la prise en charge et la qualité de l’hébergement et des soins qui vont être prodigués à son animal.

Chiffrer et prévenir

L’estimation financière doit être notifiée au propriétaire avant l’hospitalisation ; les éventuels examens complémentaires prévisibles sont inclus dans le devis. Celui-ci est réévalué en fonction de l’évolution de la maladie. Face à ces espèces sensibles et fragiles, un contrat de soins détaillé est présenté au client, expliquant les risques de l’hospitalisation et des gestes qui vont être pratiqués (chute ou évasion lors des manipulations, complications liées aux anesthésies flashs pour les soins, phlébite à la pose de cathéter, en particulier chez le lapin, etc.).

Installer l’animal

L’animal est mis dans la cage en présence de son propriétaire pour atténuer le stress de séparation. Son alimentation préférée lui est proposée, il est souhaitable de la faire apporter par le propriétaire. L’animal est nourri immédiatement et des diffuseurs relaxants sont installés (rabbit appeasing pheromone, huile essentielle de valériane). Il a été démontré qu’une musique classique douce réduit significativement le niveau de stress du lapin (diminution du cortisol fécal). L’hospitalisation simultanée du congénère est envisageable si l’animal est très stressé (surtout pour le cochon d’Inde), mais le monitoring des selles, des urines et de l’alimentation s’en trouve perturbé.

Informer de l’état de santé

Le propriétaire est régulièrement tenu au courant de l’évolution de l’état de santé de son animal par SMS, points téléphoniques quotidiens, envoi de vidéos ou de photos (notamment de selles !). Les visites sont essentielles et encouragées : elles stimulent l’animal, peuvent déclencher une reprise de l’alimentation, et les détenteurs constituent une aide précieuse aux soins. L’idéal est de disposer d’une salle de visite qui y soit consacrée. Au moment de la sortie, le propriétaire est invité à voir l’animal dans sa cage d’hospitalisation pour évaluer, avec le vétérinaire, sa vitalité, sa propreté et la présence d’excréments.

En cas de décès de l’animal, il est important de réserver un temps d’échange avec le propriétaire et de lui laisser exprimer sa tristesse, car, bien souvent, ils se sentent isolés et un peu « honteux » d’éprouver un deuil réel pour un animal qui peut sembler de peu de valeur auprès de leur cercle de relations. Une carte de réconfort dans les jours qui suivent peut être la bienvenue.

Formation de l’équipe soignante

Les besoins spécifiques des NAC

Le personnel soignant est formé à la surveillance et à la contention des NAC, en particulier celle du lapin pour éviter les fractures des vertèbres lombaires (le mieux est de le tenir par les lombes et d’utiliser des masques d’induction larges, englobant toute la tête). Les petits mammifères ont un rapport volume sanguin/poids inférieur aux carnivores, il ne faut pas extrapoler les volumes de réhydratation des carnivores aux lapins, mais réduire les valeurs de 30 %. La pression du pousse-seringue doit être de 300 mmHg maximum.

Pour les oiseaux, les principaux risques liés à l’hospitalisation sont l’évasion, la contention non adaptée et la fausse-route lors des gavages. Il est souvent nécessaire d’augmenter la température ambiante (lampe chauffante), particulièrement en cas de maladie, car l’homéothermie est alors fréquemment perturbée.

Faciliter l’accès aux procédures

Les procédures (nettoyage, désinfection, contention, soins…) doivent être disponibles pour le personnel, dans des classeurs ou des vidéos faciles d’accès. Elles constituent une source de référence qui n’est pas sujette à une dégradation de l’information. Le degré de salissure étant élevé, l’étape de nettoyage des cages est indispensable pour les NAC, avant d’avoir recours aux solutions nettoyantes et désinfectantes. C’est l’occasion de procéder au suivi des émonctoires, qu’il est impératif de tracer.

Protéger le personnel

Les risques pour les auxiliaires spécialisés vétérinaires sont variés : griffures, morsures, contraction de zoonoses, aspiration de gaz anesthésiques (une hotte ou une table aspirante est requise lorsque le flux d’activité est important).

Organisation des soins

Peu symptomatiques, et pouvant décompenser très rapidement, les NAC nécessitent d’être constamment et étroitement surveillés pour identifier toute modification de leur comportement. La surveillance n’est pas facilitée par le fait qu’il s’agit d’espèces vivant souvent dans des abris et pour lesquelles le stress modifie leur comportement (manifestation de la douleur, toilettage…).

À l’admission, la cage d’hospitalisation de l’animal est identifiée avec son nom, celui du propriétaire, et son poids. Il est listé dans le tableau central des animaux hospitalisés, avec le détail des examens complémentaires et des soins à prodiguer. Ce tableau organise les soins récurrents à dispenser à chaque animal (heure de la réalisation, gavage, pesée, observation des selles et des urines, appels aux propriétaires) et permet une vérification en cours de journée.

Une fiche d’hospitalisation individuelle est également créée. Celle-ci mentionne les doses, en volume et non en mg/kg, des médicaments et des gavages à administrer. En cas de doute, un document de référence avec les doses en ml/kg est disponible. La fiche individuelle renseigne quotidiennement sur le poids, la température (quatre fois par jour), les urines, les crottes, les traitements (dose, voie, heure), l’analgésie, les gavages, etc. Des fiches de soins fréquents peuvent être ajoutées pour le gavage, la prise de température, l’administration d’analgésiques ou le suivi de glycémie. Les transmissions doivent être faites scrupuleusement lors du changement d’équipe pour éviter toute perte d’information, en notant les données relevées sur la cage, la composition des perfusions sur les poches et, éventuellement, en utilisant un cahier de transfert. La rigueur dans les procédures est un gage de suivi et de diminution des risques d’erreur ou d’oubli.

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