Intérêts et limites des tests de détection des anticorps - La Semaine Vétérinaire n° 1963 du 28/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1963 du 28/10/2022

Vaccination

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Tanit Halfon

Pour le Comité consultatif européen sur les maladies félines, les tests point of care de type immunologique sont tout à fait pertinents pour pratiquer une vaccination raisonnée. Toutefois, à ce jour, seuls les tests visant à évaluer la protection contre la panleucopénie féline chez le chat sont recommandés.

Peu utilisés dans la pratique quotidienne en France, les tests rapides de détection des anticorps pour évaluer l’immunité vaccinale peuvent pourtant être intéressants à intégrer dans le schéma vaccinal des félins. C’est ce qu’a mis en avant le Comité consultatif européen sur les maladies félines (ABCD, pour European Advisory Board on Cat Diseases) dans une récente publication1 de la revue Viruses de juillet 2022, également disponible sur son site internet2. La durée de l’immunité postvaccinale est, en effet, variable suivant les individus, et peut être influencée par plusieurs facteurs, comme l’âge, la race, l’état nutritionnel ou les infections subcliniques concomitantes, rappellent les experts. Dans ce contexte, les tests permettent de personnaliser le calendrier vaccinal, afin de s’inscrire dans une vaccination raisonnée.

Ces tests rapides, dits tests point of care (POC, « au chevet du patient »), ont pour but d’évaluer l’immunité humorale, c’est-à-dire la quantité d’anticorps dirigés contre un agent pathogène donné. Ils reposent sur des méthodes dérivées d’Elisa (enzyme-linked immunosorbent assay) ou d’immunomigration. À la différence des tests de référence réalisés en laboratoire, qui sont quantitatifs (mesure du taux d’anticorps), les tests rapides sont semi-quantitatifs (concentration faible, moyenne, élevée en anticorps) ou qualitatifs (présence ou absence). De fait, « la sensibilité est moindre par rapport aux tests de référence, nous indique Étienne Thiry, membre de l’ABCD et professeur de virologie à la faculté de médecine vétérinaire de Liège (Belgique). Cela ne les disqualifie pas car c’est leur bonne spécificité qui nous intéresse pour limiter les faux positifs, ce qui nous ferait passer à côté d’individus non protégés par la vaccination ».

Des tests appropriés pour le typhus

Actuellement, « il y a très peu de littérature scientifique sur le sujet, et peu d’évaluations des tests disponibles. Celles-ci sont centrales puisqu’elles nous permettent d'avoir une comparaison avec un test de référence, et de voir si les seuils obtenus par le test rapide sont compatibles avec les titres en anticorps, qui sont corrélés à la protection. De plus, ils nous éclairent sur les valeurs de sensibilité et de spécificité, obtenues à partir d’un pool d’échantillons connus et standardisés ». Si des études indépendantes seraient donc utiles pour apporter plus de garanties, les tests rapides peuvent être intégrés dès à présent dans sa pratique quotidienne. Tous ne sont toutefois pas recommandés par l’ABCD : chez le chat, seul celui pour la panleucopénie féline a montré un intérêt.  « Il y a une très bonne corrélation entre le taux d’anticorps neutralisants et la protection contre le typhus. Il est ainsi possible d’utiliser l’argument sérologique pour évaluer si le chat vacciné est encore immunisé, ou pas, contre la maladie », explique Étienne Thiry. Ce n’est pas le cas pour l’herpèsvirose et la calicivirose : « Pour l’herpèsvirus, la réponse à médiation cellulaire a un rôle plus marqué dans la protection contre la maladie, ce qui fait qu’un animal avec un faible taux d’anticorps sériques peut quand même bénéficier d’une bonne immunité. Pour le calicivirus, ce ne sont pas les anticorps sériques qui comptent pour évaluer la protection, mais les immunoglobulines A (IgA) au niveau des muqueuses de la sphère oro-nasale, et elles ne peuvent pas être dosées. »

À noter que, pour la rage, il y a une bonne corrélation entre taux d’anticorps et protection mais, en pratique, les animaux ne seront testés que dans les cas régis par la loi, étant donné que le schéma vaccinal est soumis à un encadrement réglementaire. De plus, seuls les tests quantitatifs effectués dans des laboratoires agréés sont valables.

Adapter le calendrier vaccinal

Les tests point of care pourraient être utilisés dans trois grandes situations.

La première est l’évaluation de la réponse en anticorps après la primovaccination. Dans ce cas, le test doit être fait 1 mois après la dernière injection de primovaccination, réalisée à 16 semaines (voir tableau), soit à 20 semaines d’âge. Si un chaton est négatif à 20 semaines, il convient de le revacciner, puis de le tester à nouveau 1 mois plus tard : en cas de test négatif persistant, il faut évaluer une possible immunodéficience. Si elle est avérée, l’animal sera à risque toute sa vie. Cette situation est exceptionnelle, et les protocoles de primovaccination recommandés actuellement rendent improbable un échec vaccinal. Selon la World Small Animal Veterinary Association, un test positif à 20 semaines permet d’envisager directement un rappel de vaccin tous les 3 ans. Pour l’ABCD, la qualité de la réponse immunitaire induite à 16 semaines varie suivant les individus, surtout si la dernière injection de primovaccination a été effectuée avant 16 semaines d’âge. Le Comité conseille donc toujours de réaliser un premier booster entre 26 et 52 semaines d’âge (6 mois à 1 an), avant de passer à un programme de vaccination triennal.

Leur deuxième usage serait de mesurer l’intérêt du rappel vaccinal chez le chat adulte. À la différence du premier, lié à la primovaccination, celui-ci devrait être envisagé de manière plus systématique, indique Étienne Thiry, l’objectif étant d’éviter toute injection vaccinale inutile. En pratique, il faudrait réaliser un tel test au moment de la visite des 3 ans, après le premier rappel (booster) : les chats dont le test est positif ne seront pas vaccinés. Il faudrait alors tester l’animal obligatoirement une fois par an, lors du bilan annuel de santé, pour s’assurer que son niveau d’immunité est encore suffisant. Cette approche personnalisée semble particulièrement intéressante pour les chats ayant subi une réaction vaccinale indésirable, immunodéprimés ou âgés de plus de 15 ans, car il existe des incertitudes sur la persistance de l’immunité protectrice au cours du vieillissement.

S’inscrire dans une médecine préventive

Enfin, ces tests s’avèrent utiles lors d’une épizootie de typhus dans un élevage ou un refuge. Dans ce cas, tester permet d’identifier les individus non protégés pour mieux les isoler et les vacciner, ou leur administrer un sérum hyperimmun. Dans les refuges, le recours au test pour évaluer l’immunité d’un nouvel arrivant n’est pas retenu, en raison des contraintes budgétaires de ces structures : une vaccination dès que possible après l’entrée de l’animal paraît plus appropriée pour l’ABCD.

Le Comité ne recommande pas non plus l’usage des tests pour évaluer le taux d’anticorps maternels et l’âge idéal pour commencer la primovaccination. En effet, puisqu’ils ne sont pas quantitatifs, il faudrait les renouveler toutes les 2 à 3 semaines, ce qui est problématique en matière de coût, et stressant pour le chaton. En outre, il manque des données sur les taux d’anticorps maternels à partir desquels il est effectivement possible de vacciner.

« Ces tests sérologiques entrent tout à fait dans notre leitmotiv  une vaccination raisonnée et raisonnable  dans la mesure où ils sont d’un intérêt scientifiquement établi par l’evidence-based veterinary medicine, indique Étienne Thiry. De plus, cela s’inscrit bien dans l’évolution de la médecine vers une médecine préventive. Cela répond aussi à une demande sociétale de ne pas utiliser la vaccination de façon excessive. »

Précision pour le chien : les tests pour les trois vaccins essentiels (maladie de Carré, hépatite de Rubarth et parvovirose) sont recommandés.

En pratique

En France, c'est l’entreprise Kitvia qui distribue les tests rapides. Elle propose le VacciCheck du laboratoire Biogal (test Elisa modifié). Un kit est disponible pour le chien (maladie de Carré, hépatite de Rubarth et parvovirose), et un autre pour le chat (panleucopénie, herpèsvirose, calicivirose). Le facteur limitant est le temps : après plusieurs manipulations, il faut compter une vingtaine de minutes (plus le temps de sortie du réfrigérateur à respecter) pour obtenir un résultat. Cette inconvénient a été dépassé avec la commercialisation d’un nouveau test automatisé, Kimmuno, dont les résultats sont obtenus en 10 minutes.

  • 1. Egberink H., Frymus F., Hartmann K., et al. Vaccination and Antibody Testing in Cats. Viruses. 2022 ;14(8):1602.
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