Traitement des lésions génitales du taureau (partie II) - La Semaine Vétérinaire n° 1961 du 14/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1961 du 14/10/2022

Reproduction bovine

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

Conférencier

Arnaud Sartelet, DMV, PhD, diplomate ECBHM, département clinique des animaux de production de l’université de Liège (Belgique).

Article (seconde partie) rédigé d’après la conférence « Gestion chirurgicale des lésions de l’appareil génital du taureau » donnée lors des dernières journées nationales des GTV1, qui se sont tenues à Nantes (Loire-Atlantique) du 18 au 20 mai 2022.

Le traitement des lésions génitales du taureau est systématisé en Amérique du Nord car les reproducteurs ont une grande importance dans les saillies.  Étant donné la proportion de taureaux inaptes à la saillie2, Arnaud Sartelet a recommandé dans sa conférence « Gestion chirurgicale des lésions de l’appareil génital du taureau », donnée au cours des dernières journées nationales des groupements techniques vétérinaires, un examen systématique des capacités reproductrices du taureau (examen clinique, appareil locomoteur, appareil reproducteur) à l’achat, puis annuellement (entre un et deux mois avant la mise à la reproduction). Après la description détaillée des lésions affectant le scrotum, congénitales ou acquises durant la vie de l’animal, le conférencier a décrit les affections du pénis et du prépuce les plus courantes.

Des affections variées

Parmi les lésions du pénis sont retrouvés la papillomatose, la persistance du frein, l’hématome, le défaut d’érection ou d’extériorisation ainsi que la déviation du pénis. La papillomatose (tumeur du pénis, causée par le papillomavirus bovin de type 1) a une fréquence faible chez les bovins et se rencontre principalement chez les jeunes individus (avant 2 ans). Des verrues sont alors présentes sur la partie libre du pénis. Comme l’a indiqué le conférencier, « en général, on observe lors de l’érection des saignements, un phimosis (incapacité à extérioriser le pénis), un paraphimosis (incapacité à rétracter le pénis) et/ou une douleur ». Même si la résorption se fait spontanément, afin d’éviter les saignements et leurs effets délétères sur les spermatozoïdes, il est préconisé, selon lui, d’enlever le plus de verrues possible (ligature en masse, résection au scalpel, bistouri électrique), en prenant garde à ne pas léser l’urètre. L’intervention est pratiquée sur taureau debout, sous tranquillisation associée à une anesthésie locale ou locorégionale. Les soins postopératoires sont simples, avec un bon pronostic : application d’iso-Bétadine en gel, hydrothérapie du fourreau, anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et repos sexuel de trois semaines. La persistance du frein (érection incomplète et incurvation du pénis) survient à l’âge de 6 à 9 mois, avec une fréquence variable (de 0,4 à 16 %3,4). Malgré son caractère héréditaire, il est recommandé, compte tenu de la simplicité du traitement chirurgical et de son bon pronostic, de traiter cette affection par section de l’adhérence après avoir posé des ligatures de part et d’autre.

Importance de la détection précoce

L’hématome du pénis (appelé « fracture du pénis ») survient surtout chez les jeunes animaux inexpérimentés quand le pénis frappe le périnée de la vache lors d’une saillie. Généralement situé sur la face dorsale de la verge, en aval du S pénien, cet hématome se trouve à l’insertion du muscle rétracteur du pénis et peut conduire à un paraphimosis ayant des conséquences sur la miction. Lorsqu’il mesure moins de 15 cm de diamètre, seul un traitement médical (administration d’AINS) associé à une hydrothérapie locale suffit. Il est toutefois important de s’assurer de l’absence de lésions nerveuses après trois mois. Au-delà de 15 cm de diamètre, le traitement de l’hématome devient chirurgical, avec un pronostic réservé et un risque important de récidive. Enfin, en cas de défaut d’érection ou de déviation du pénis, le traitement n’est pas nécessaire car ces taureaux seront réformés, d’après le conférencier. En ce qui concerne les lésions du prépuce, on distingue l’avulsion (chez les jeunes individus dont le sperme est prélevé au moyen d’un vagin artificiel) et, très rarement, le prolapsus. Des urolithiases obstructives peuvent également être présentes lors d’un déséquilibre phosphocalcique et de défaut d’accès à l’eau. Les trois régions principales d’obstruction sont la jonction vésiculo-urétrale, la courbure ischiale et la deuxième courbure du S pénien, a indiqué le conférencier. La majorité des cas d’obstructions urinaires à urolithiases requiert une intervention chirurgicale, dont la technique dépend de la race et de la localisation du calcul (urétérostomie périnéale haute ou basse). « L’observation des taureaux destinés à la reproduction, l’établissement d’un diagnostic précis de l’atteinte et d’un traitement précoce, si nécessaire, permettent une meilleure récupération et une meilleure reprise de la fonction reproductrice du taureau. D’où l’importance pour le vétérinaire de sensibiliser les éleveurs dans ses conseils d’élevage avant la mise à la reproduction », conclut-il.

  • 1. Les prochaines journées nationales des groupements techniques vétérinaires auront lieu à Poitiers, dans la Vienne, les 24, 25 et 26 mai 2023.
  • 2. Anderson DE. Surgery of the pepuce and penis. Vet clinic North Am Food Anim Pract. 2008;24(2):245-51.
  • 3. Mosaheb MF., Ladds AH., Ladds PW. The pathology of the external genitalia of bulls in Northern Autstralia. Aust Vet J. 1973;49:512-6.
  • 4. Spitzer JC., Hopkins FM., Webster HW., et al. Breeding soundness examination of yearling beef bulls. J Am Vet Med Assoc. 1988;193(9):1075-9.
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