« Ma position a toujours été celle d’un vétérinaire qui cherche à améliorer les conditions de vie d’un animal » - La Semaine Vétérinaire n° 1961 du 14/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1961 du 14/10/2022

Entretien

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Propos recueillis par Marine Neveux

Loïc Dombreval (A 91) a été député LREM, de 2017 à 2022, et a porté la loi du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale, dont certaines mesures sont entrées en vigueur ce 1er octobre. Il revient sur son engagement et nous livre ses projets.

Député La république en marche (LREM), vous avez porté pour la première fois et avec force la voix de la cause animale dans l’Hémicycle. Constatez-vous aujourd’hui un changement d’attitude des politiques vers une meilleure prise en compte de ce sujet ?

Je voudrais d’abord vous dire que, tout au long de mon mandat de député, j’ai porté une voix modérée sur cette question. Mes positions ont souvent été caricaturées. Au fond, ma position a toujours été celle d’un vétérinaire qui s’interroge quotidiennement sur la façon dont il peut agir pour améliorer les conditions de vie d’un animal, de sa naissance à sa mort. Je me suis toujours opposé, cela a même donné lieu à une tribune dans Le Parisien (« Animalité sans animosité »), aux animalistes radicaux qui ne font pas de distinction entre l’animal et l’homme et qui sont prêts à commettre des actes de violence vis-à-vis des éleveurs, des bouchers… De mon côté, j’ai toujours eu une approche « welfariste », toujours martelé que l’amélioration du bien-être des animaux ne pouvait pas se faire au détriment de celui des humains. C’est la raison pour laquelle j’ai privilégié les transitions plutôt que les abolitions. On retrouve très clairement cette transition dans la proposition de loi contre la maltraitance animale, dont j’étais le rapporteur général et qui a été votée en novembre 2021. Si ce texte a fait la quasi-unanimité à l’Assemblée nationale et au Sénat, c’est précisément parce que le texte était modéré, équilibré et ménageant des transitions.

À l’évidence, la position des politiques sur les questions liées à la condition animale a beaucoup évolué durant ce mandat, et mes collègues impliqués sur ce sujet, ainsi que moi-même, y sont probablement pour beaucoup. Car nous avons prouvé qui était possible d’aborder ce sujet de façon exigeante, ambitieuse, très déterminée, mais aussi juste et équilibrée. Au début de mon mandat, j’ai été pris pour un abolitionniste qui voulait imposer le véganisme à tous les Français. Mais je pense pouvoir dire que cette image a changé et que mes collègues députés ont progressivement pris conscience qu’ils ne pouvaient plus faire l’impasse sur un sujet devenu si médiatique et si politique.

Quels sont les trois plus grands succès que vous retenez de votre mandat ?

Parmi les actes concrets dont je suis le plus fier, il y a, en premier lieu, ma participation très active à l’entrée d’un vétérinaire au Conseil scientifique Covid-19. La présence d’un vétérinaire au sein de cette organisation peut paraître évidente, mais je peux vous assurer que cela a été long et compliqué et qu’il a fallu agir au plus haut niveau de l’État. Mon deuxième motif de satisfaction est d’avoir réussi à imposer un débat à l’Assemblée nationale sur le sujet de la condition animale, alors qu’il n’était pas du tout prévu à l’agenda, et de l’avoir mené au bout, par le vote d’une loi, certes incomplète, mais qui présente de nombreuses avancées. Enfin, je suis fier d’avoir appuyé fortement, au niveau politique et gouvernemental, la prise de conscience des liens étroits entre santé animale, humaine et environnementale, le fameux One Health. Colloque à l’Assemblée nationale, proposition de résolution, tribunes, questions au gouvernement, j’ai beaucoup travaillé sur ce thème qui est absolument fondamental pour la profession vétérinaire. Je dois reconnaître toutefois que le travail est encore long avant de transformer ce concept passionnant en une réalité concrète.

Et les trois principaux sujets qui restent en suspens ?

Je pense que sur la question de la chasse, il est nécessaire de s’affranchir de certaines pratiques non éthiques, mais que c’est extrêmement compliqué en raison du poids des chasseurs dans l’électorat, à l’Assemblée nationale et au Sénat, et du poids du lobby de la chasse. La chasse d’espèces protégées ou menacées est plus que jamais un message incompréhensible pour les Françaises et les Français. La cohabitation harmonieuse entre les chasseurs et les usagers des espaces naturels est également un véritable sujet : une minorité ne peut pas faire la loi à la majorité. Cela concerne aussi certaines chasses traditionnelles, ces chasses cruelles qui font souffrir les animaux, la chasse en enclos ou l’élevage de gibier pour la chasse. Pour moi, tuer un animal ne peut pas être un loisir, c’est aussi simple que cela. Imaginer des filières de chasse non cruelles pour se nourrir qui permettraient, par exemple, de nourrir des familles ce n’est pas du tout la même chose. Et puis il y a évidemment le problème de l’élevage intensif, qui pose de nombreuses questions auxquelles il faut répondre. Quel impact sur l’environnement ? sur la santé ? sur le bien-être de l’éleveur ? sur sa possibilité de vivre décemment de son travail ? sur le bien-être animal ? Je place volontairement en dernière position cette question parce que l’élevage intensif ne doit pas être abordé uniquement sous le prisme du bien-être animal, mais dans sa globalité. Sur le sujet de l’expérimentation animale, nous avons aujourd’hui en France l’obligation d’appliquer la règle dite des 3R (réduire, raffiner, remplacer), et c’est loin d’être le cas aujourd’hui.

Enfin, un point important concerne de façon générale, et en particulier sur la question de la condition animale, le contrôle de l’application de la loi. En France, nous sommes des spécialistes des textes de loi, mais aussi des spécialistes de la non-application de ces textes en raison d’un manque de contrôle. C’est le cas pour des textes en matière d’élevage. Le contrôle est alors fait par… L214, qui tourne des images clandestines utilisées ensuite par un ministre ou un préfet pour prendre des arrêtés de fermeture. Il faut donc renforcer ces contrôles en embauchant des vétérinaires, accompagner les éleveurs dans leurs pratiques, et c’est seulement ainsi que l’on évitera des vidéos désastreuses.

Y a-t-il des applications concrètes des mesures de la loi du 30 novembre 2021 que vous attendez particulièrement ?

Il y a tout d’abord l’arrêt de l’élevage de visons pour leur fourrure. Ces animaux sont élevés uniquement pour leur fourrure dans des conditions d’élevage indignes, et s’ajoutent à ce tableau les risques de transmission du Sars-CoV2. Ainsi, pour des motifs à la fois de santé publique, de bien-être animal et d’éthique, l’arrêt de la production de cette fourrure en France est important à mes yeux. La question des cétacés et des animaux sauvages présents en captivité dans les delphinariums et dans les cirques est la deuxième mesure d’importance ; le renforcement des sanctions pénales pour maltraitance animale également.
Il y a également l’interdiction, en 2024, de la vente de chiens et de chats en animalerie. Je sais que cette mesure a été très controversée et a généré une levée de boucliers massive chez les professionnels de la distribution. Sur ce point, ma position n’a pas changé, elle est d’ailleurs conforme à celles de nombreux autres pays. Les professionnels ne peuvent pas dire qu’ils ne s’y attendaient pas.

La place du vétérinaire dans le débat sociétal a-t-elle évolué ?

La mission gouvernementale qui m’a été confiée par Édouard Philippe a permis de relancer Vétérinaire pour tous. Je pense que cette initiative est extrêmement importante et elle est prise avec cœur et beaucoup de professionnalisme par la profession. On peut regretter, peut-être, la lenteur avec laquelle le dispositif est mis en place, mais je conçois parfaitement qu’il soit complexe. Je pense que le moment venu, quand les Vétérinaires pour tous auront bien maillé le territoire français, alors il sera temps de communiquer largement. Une prise de conscience du grand public des efforts de solidarité des vétérinaires pourra alors s’opérer. Il me semble qu’on assiste également à une prise de conscience de l’opinion du rôle des vétérinaires en matière de santé publique, et cela grâce, ou à cause de, l’épidémie de Covid-19. Je pense que la profession reste encore trop en retrait des débats de société liés à l’animal et à la santé, et qu’il reste beaucoup de travail à accomplir pour rendre présents à l’esprit tous les services que peuvent apporter les vétérinaires à notre société.

Quels sont vos prochains engagements pour les animaux ?

Ma volonté d’agir en faveur de l’amélioration de la condition animale est évidemment intacte. Je le ferai avec beaucoup plus de liberté de parole et de ton que je n’en avais durant mon mandat de député. Je vais pour cela relancer le Conseil national de la protection animale (CNPA), ainsi que le souhaitait Jean-Pierre Kieffer avant de nous quitter. Le CNPA est une belle association, créée en 1970 par un grand protecteur des animaux, vétérinaire, Fernand Méry, mais qui était en sommeil depuis de nombreuses années. Tout est à faire, tout est à imaginer, et je vais avoir besoin de m’entourer de bénévoles compétents, disponibles, objectifs, de vétérinaires, de juristes, de scientifiques, d’éthologues, etc. pour faire de cette association un véritable conseil national. Je ferai prochainement un appel à candidatures, bénévoles pour l’instant, pour relancer le CNPA. Je pense également qu’aujourd’hui, maintenant que je suis libre de tout engagement politique, je peux aider encore plus la profession. J’ai désormais une expérience, un réseau de relations et une connaissance du fonctionnement et des rouages de l’administration et de l’État qui peuvent être utiles à la profession, à un moment où elle se remet en question.
Je vais pour cela me porter candidat au poste de conseiller national de l’Ordre. Notre profession vit de profonds bouleversements et traverse une époque passionnante et décisive pour son avenir. Je souhaite lui rendre ce qu’elle m’a apporté tout au long de ma vie professionnelle et politique.

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