Collectivités : quelles aides contre les déserts vétérinaires ruraux ? - La Semaine Vétérinaire n° 1961 du 14/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1961 du 14/10/2022

Expression

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Chantal Béraud

Les conseils départementaux de la Corrèze et de l’Isère subventionnent désormais l’installation de praticiens ruraux et mixtes et accompagnent les étudiants quand ils viennent travailler dans des déserts vétérinaires. Comment se concrétisent ces dispositifs, et est-ce suffisant ?

Pascal Coste

Paysan et président du conseil départemental de la Corrèze

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Savu 19, un service de régulation pour assurer la PCS

Les questions de santé sont une préoccupation majeure de la population, c’est pourquoi le conseil départemental de la Corrèze salarie déjà des médecins. Depuis mars, nous soutenons aussi les vétérinaires mixtes ou ruraux via le plan Corrèze santé animale. Car, dans notre département, pour 4 000 exploitations agricoles (dont 90 % en élevage) et pour tous les animaux de compagnie, il n’y a que 96 vétérinaires en exercice (dont 45 % ont plus de cinquante ans). Chaque collectivité peut agir à son échelon contre les déserts vétérinaires ruraux. Ainsi, la région Nouvelle-Aquitaine accorde également des aides et, surtout, cherche à obtenir de l’État la création d’une autre école vétérinaire publique à Limoges (Haute-Vienne). Depuis le 19 septembre nous avons également mis en fonction notre nouveau service téléphonique de régulation pour assurer la PCS1 : le Savu 19 (auquel ont déjà adhéré 90 % des vétérinaires du département). Ce dispositif, en phase de test, doit servir à pérenniser le maillage vétérinaire. Nous assurons intégralement son financement cette année, à hauteur de 300 000 euros (puis à 75 % en 2024 et à 50 % en 2025).

Jean Papadopulo (T 85)

Vice-président du conseil départemental de l’Isère et praticien canin à Villefontaine (Isère)

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Nous espérons aider à pérenniser notre maillage vétérinaire

En trois ans, l’Isère a perdu environ 30 % de ses vétérinaires ruraux, à la suite de départs à la retraite ou de réorientations plus rentables en pratique canine. Le 24 juin, notre conseil départemental a donc voté une série d’aides financières : un soutien aux étudiants en stage (indemnité de logement de 300 €/mois), une aide forfaitaire à l’installation, en mixte ou en rurale, de 15 000 € (avec l’obligation de rester au moins 3 ans dans le département et en s’engageant à assurer la PCS). Nous verserons aussi une indemnité kilométrique forfaitaire (de 0,20 €/km) aux vétérinaires qui suivent des élevages dans les zones montagneuses, de piémont et défavorisées simples. Nous espérons ainsi aider à pérenniser notre maillage vétérinaire. En parallèle, le conseil départemental soutient également la santé humaine (médecins, dentistes, infirmiers) via le dispositif Isère santé, ainsi que le développement de l’agriculture en circuit court.

Benjamin Dubail (Liège 06)

Vétérinaire mixte à Chabons (Isère), président de Véto 38

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Certaines pratiques vétérinaires tuent la rurale

En tant que président de l’association Véto 38 (qui regroupe 15 des 17 cabinets du département exerçant totalement ou en partie en rurale), je peux témoigner que le nouveau dispositif Isère Véto est l’aboutissement d’un travail mené depuis environ cinq ans, en concertation notamment avec le département, le groupement de défense sanitaire, la chambre d’agriculture, la direction départementale de la protection des populations. Ce plan d’urgence va aider notre profession, mais il ne suffira pas. Il y a en Isère des vétérinaires qui ne font plus que de la vente de médicaments auxquels certains éleveurs ont recours de manière préférentielle, au détriment des praticiens qui vont soigner les animaux sur place dans leurs exploitations ! Avec le département, l’objectif est désormais de travailler à la prise de conscience des agriculteurs car, si cette situation perdure ou empire, elle signera la mort des praticiens ruraux ! Nous ne pouvons en effet pas non plus augmenter le prix de nos actes, compte tenu de la fragilité économique des éleveurs, notamment laitiers.

  • 1. Permanence et continuité des soins.
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