Améliorer le bien-être des animaux pendant le transport : l’EFSA donne ses recommandations - La Semaine Vétérinaire n° 1961 du 14/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1961 du 14/10/2022

Avis

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : PAR Clothilde BardeClothilde Barde

Dans le cadre de sa stratégie « De la ferme à la table » (« Farm to Fork »), la Commission européenne a sollicité l’Autorité européenne de sécurité des aliments pour mener une évaluation de la législation sur le bien-être des animaux lors du transport.

Quatre étapes distinctes du transport des petits ruminants et des ruminants – la préparation, le chargement-déchargement, le transit et les pauses – ont été étudiées1 par des experts de l’European Food Safety Authority (EFSA) afin d’étayer la révision en cours (dans le cadre de la stratégie « De la ferme à la table2 ») de la législation de l’Union européenne sur la protection des animaux pendant le transport. En effet, cette dernière était entrée en vigueur en 20053

Une étude ciblée sur le transport routier

Après avoir analysé, à l’aide de mesures relevées sur les animaux, les impacts des différentes étapes du transport sur le bien-être animal (BEA), les experts ont proposé de nouvelles mesures à mettre en place pour prévenir les risques et pour corriger ou atténuer les atteintes au BEA pendant le transport. Cinq avis scientifiques, pour les petits ruminants, les ruminants, les équidés (chevaux et ânes), les bovins (y compris les veaux), les cochons ainsi que pour les animaux transportés dans des conteneurs (notamment les oiseaux domestiques et les lapins), ont été publiés le 7 septembre 2022. Ils concernent principalement le transport routier, les données du système Trade Control and Expert System4 (Traces) ayant montré que, sur les 3 millions de moutons, 66 000 chèvres et 4,3 millions de bovins transportés annuellement entre États membres entre 2019 et 2021, la plupart transitaient par la route (95 % des ovins, 96 % des chèvres et 90 % des bovins).

Des causes diverses

Au total, pour les ruminants et les petits ruminants, 11 atteintes principales (sévérité, durée, fréquence de survenue) au BEA pendant le transport ont été mises en évidence par les experts. « Du stress de groupe, du stress de manipulation, du stress thermique, des blessures, du stress de mouvement, du stress de prédation, de la faim prolongée, de la soif prolongée, de la restriction des mouvements, des troubles du sommeil et des troubles sensoriels (surstimulation) » ont été observés et mesurés sur les animaux (critères comportementaux, cliniques et physiologiques). Parmi les mécanismes expliquant la survenue de ces troubles, « la présence de manutentionnaires inexpérimentés ou non formés, une manipulation inappropriée des animaux, une utilisation inappropriée de chiens pour contrôler les moutons, des problèmes de véhicules et d’installations, de mauvaises compétences de conduite ou des conditions de transport (microclimatiques et environnementales) inadaptées » ont été évoqués par les auteurs des avis.

Des mesures à prendre

Pour prévenir ces écueils, le rapport de l’EFSA recommande, entre autres, de mettre en place des installations et de les entretenir, de former les manutentionnaires, mais aussi d’éviter le chargement pendant les heures chaudes. À cet égard, au cours de la phase de transit, une température maximale de 25 °C à l’intérieur des véhicules doit être respectée pour les petits ruminants et pour les bovins. Comme les experts l’ont rappelé, une équation existe pour calculer l’espace horizontal à allouer aux bovins pendant le transport routier, qui dépend du poids de l’animal. De même que l’espace vertical disponible par animal pour une ventilation correcte ainsi que la durée de transport font l’objet de recommandations. Par ailleurs, même si les interruptions de trajet – lorsque les animaux sont déchargés – devraient en théorie leur permettre de « s’éloigner des dangers auxquels ils sont exposés pendant le transit  », aucune étude n’a pu montrer le réel bénéfice de ces haltes par rapport aux autres risques engendrés (notamment la biosécurité).

Des données à compléter

Selon les experts, bien que « de nouvelles technologies, telles que les caméras ou les capteurs de mouvement positionnés sur les animaux, pourraient également permettre d’enregistrer et/ou de surveiller ces critères de BEA pendant tout le processus de transport », ceux-ci ne sont actuellement mesurés sur les animaux que lors du chargement et du déchargement (critères d’accessibilité). Par conséquent, « il manque toujours des données sur les critères d’évaluation du BEA ainsi que des études réalisées dans les conditions recommandées ». Ainsi, dans certains cas, comme pour l’évaluation des temps de trajet, les experts ont dû extrapoler avec les résultats d’études menées dans des conditions différentes. De même, des problèmes propres à d’autres catégories d’animaux (notamment les individus malades) ou spécifiques aux autres modes de transport (la voie maritime, entre autres) restent encore à étudier selon l’EFSA. En attendant, avec ces avis, la Commission européenne devrait rendre sa nouvelle proposition de loi pour le second semestre 2023.

Recommandations en matière d’espace au sol et de température lors du transport

Bovins (400 kg) : 25 °C maximum, 1,84 m² par animal.

Moutons (tondu, 40 kg) : 32 °C maximum, 0,43 m² par animal.

Porcs (110 kg) : 25 °C maximum, 0,62 m² par animal.

Chevaux : 25 °C maximum, 40 cm de plus que sa largeur et 40 cm de plus que sa longueur.

Les bonnes pratiques1 de respect du bien-être animal permettent non seulement d’améliorer le bien-être des animaux, mais aussi de garantir leur bonne santé, élément clé pour assurer la sécurité sanitaire des aliments dans une approche One Health, selon l’Efsa.

1. https://bit.ly/3M8J6vT.

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