« Nous devons travailler davantage sur la prévention » - La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022

One Health

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Propos recueillis par Marine Neveux

Thierry Lefrançois (A 92) vient d’être nommé membre du Covars. Ce comité succède au conseil scientifique Covid-19, et adoptera une approche One Health. Notre confrère est également directeur du département systèmes biologiques du Cirad, dont les unités de recherche travaillent sur la santé animale, la santé des plantes et la biodiversité. Entretien.

Quel retour d’expérience dressez-vous du conseil scientifique Covid-19 ?

Ce comité a rendu un avis intitulé « One Health – Une seule santé humaine, animale, environnement : les leçons de la crise » en février 2022. Il propose dix actions pour renforcer la démarche One Health en France, parmi lesquelles la mise en place d’une plateforme interministérielle One Health ou d’une gouvernance interministérielle ; l’établissement d’une surveillance conjointe de la santé animale et de la santé humaine pour les zoonoses ; le renforcement du déploiement d’actions en faveur du One Health entre les ministères chargés de la santé, de l'agriculture et de l'environnement, leurs agences et les autorités régionales ; le rapprochement des centres nationaux de référence du ministère chargé de la santé (CNR) et des laboratoires nationaux de référence (LNR) des ministères chargés de l’agriculture et de l’alimentation ; l’implication des hôpitaux ; le levage des blocages administratifs pour mobiliser des laboratoires de recherche et des laboratoires vétérinaires sur le diagnostic et le séquençage en temps de crise ; le développement de la recherche.

Ce comité Covid-19 a répondu au besoin d’interactions directes avec le gouvernement dans une situation d’urgence. C’était une instance souple, réactive, proche de l’exécutif, qui pouvait s’appuyer sur des experts indépendants et adopter une approche pluridisciplinaire.

Quels seront les nouveaux enjeux du comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars) ?

Le Covars est lui aussi multidisciplinaire et permet d’avoir une vision exhaustive des problématiques. Il va au-delà des groupes d’experts pour un secteur précis, et il embrasse des problématiques sanitaires dans une dimension très large.

Le comité doit permettre d’alerter nos dirigeants sur les urgences et d’anticiper les futures crises sanitaires. Le Covars répond aux saisines du gouvernement. Il peut également s’autosaisir et déterminer les sujets qu’il estime importants. Nous avons des critères de sélection fondés sur la notion d’urgence et d’avantage comparatif pour le comité à traiter d’une question. En effet, l’approche intégrée One Health est indispensable. Par exemple, alors que les cas de variole du singe (monkeypox) sont en baisse chez l’humain, la question se pose d’évaluer s’il existe un risque de créer un réservoir animal.

En situation de crise, nous pouvons créer des sous-groupes dévolus à une problématique précise. Nous pouvons mobiliser des équipes des organismes de recherche et, surtout, interagir avec les groupes d’experts existants et avec les agences sanitaires (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, Santé publique France, Haute Autorité de santé, Haut Conseil de la santé publique…).

Le concept One Health doit-il encore progresser ?

C’est dans sa mise en œuvre que des progrès restent à faire, en particulier sur la surveillance des maladies zoonotiques. Par exemple, la problématique de la grippe aviaire doit absolument être traitée conjointement entre le ministère chargé de l’agriculture pour l’élevage, le ministère chargé de la santé pour le risque zoonotique et celui de la transition écologique pour la gestion de la faune sauvage. Le concept One Health doit aussi s’envisager avec une vision globale, qui intégrera entre autres les questions de bien-être animal et devra analyser les situations en lien avec les pays européens afin de définir d’une part une surveillance conjointe, et d’autre part des stratégies de contrôles renouvellées.

Les maladies vectorielles sont-elles un défi ?

Les maladies vectorielles font l’objet de beaucoup d’attention car certains agents pathogènes affectent l’humain, d’autres les animaux, ou les deux. Le changement climatique, les échanges globaux doivent être pris en compte dans la compréhension de la transmission et l’évaluation du risque.

En outre, nous devons nous attacher à étudier collectivement des maladies à ce jour sans grande conséquence en France, mais qui peuvent devenir problématiques à terme. Par exemple, la fièvre hémorragique de Crimée-Congo n’a pas été identifiée sur le territoire national chez l’homme. Le virus est transmis par les tiques Hyalomma aux bovins ou à l’humain. La particularité est que les bovins sont asymptomatiques, donc leur surveillance ne devrait pas intéresser, en théorie, le ministère chargé de l’agriculture. En pratique, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), dans le cadre de ses actions de surveillance entomologique déléguées, établit depuis plusieurs années une surveillance de la tique et des réservoirs animaux bovins et équins en Corse et dans le sud de la France. L’élargissement de la zone d’installation de la tique doit alerter sur le risque de circulation, à étudier conjointement avec le ministère chargé de la santé et les agences sanitaires.

Quel est le message clé ?

Nous ne devons pas nous focaliser uniquement sur les maladies infectieuses, nous aussi prendre en compte la pollution, le climat, etc. dans une approche intégrée de la santé.

Le travail à l’international est essentiel. Le Cirad a contribué avec l’Institut de recherche pour le développement et l’Institut national de la recherche agronomique au montage de l’initiative Prezode (preventing zoonotic disease emergence) en s’appuyant sur ses réseaux de collaboration dans les pays du Sud. Cette initiative permet de coconstruire des stratégies de prévention des pandémies avec les acteurs locaux, de définir les priorités de surveillance et de préparation aux émergences.

Enfin, nous devons travailler davantage sur la prévention afin d’empêcher la survenue des crises. Plusieurs questions doivent être traitées : Qu’est-ce qu’un écosystème en bonne santé ? Comment préserver la biodiversité animale et végétale pour maintenir un équilibre entre les espèces domestiques, sauvages et l’homme ?…

Le Covars

Le Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires, dont la liste des membres a été dévoilée le 29 septembre 2022 par arrêté, est composé d’experts issus de différents domaines : deux vétérinaires – Thierry Lefrançois (A 92) et Roger Le Grand (N 88) –, un entomologiste, un spécialiste de la santé de l’environnement et des pollutions, un écologue de la santé, un infectiologue. Il compte également des représentants des patients et des citoyens. 

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