Les vétérinaires vivent le One Health au quotidien - La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022

 Une seule santé

PHARMACIE

Auteur(s) : Propos recueillis par Michaella Igoho-Moradel

Rencontré à l’occasion de la troisième conférence du cycle One Health1, organisée le 27 septembre à Lyon (Rhône) par le groupe 1Health – (dont fait partie La Semaine Vétérinaire) et L’Obs –, Erick Lelouche, président de Boehringer Ingelheim France, rappelle que ce concept est au cœur de leur stratégie. Échanges.

À l’inverse de vos concurrents, Boehringer Ingelheim a gardé sa double casquette, santé humaine et santé animale. Pourquoi avoir conservé cette approche ?

Nous sommes fiers de cette particularité. La santé humaine reste au niveau mondial l’activité principale de notre laboratoire. Diversifier nos domaines d’activité permet de mieux gérer les risques liés à un marché de la santé humaine volatile et difficile. Cette stratégie a été déterminante au moment du rachat de Merial, quand nos concurrents se désengageaient peu à peu du marché de la santé animale. L’autre raison d’ordre plus philosophique est incontestablement l’approche One Health. Si après deux ans de crise Covid-19, nous ne comprenons pas qu’il est indispensable de travailler ensemble, c’est sans espoir ! Nous sommes convaincus que les santés humaine et animale sont interconnectées. Des synergies sont possibles dans l’ensemble des domaines thérapeutiques comme l’oncologie, les maladies respiratoires ou encore la cardiologie. Nous intégrerons aussi progressivement la santé environnementale. Chez Boehringer Ingelheim,  ces interconnexions sont de plus en plus communes. J’ai moi-même d’abord été vétérinaire avant de rejoindre l’industrie pharmaceutique, d’abord en santé animale, puis en santé humaines au sein des équipes de Boehringer Ingelheim. Le responsable monde de la R&D en santé animale vient de la santé humaine, celui de la santé humaine vient de la santé animale. Cette approche doit permettre de casser les silos et d’aller plus vite dans l’apport de solutions que nous pourrions faire à LA santé.

Quid de l’approche environnementale du concept One Health ?

Cette dimension environnementale arrive encore trop souvent un peu après les deux autres, bien qu’il existe de nombreuses entreprises qui travaillent dans ce domaine. Il faut trouver le moyen de les impliquer. Chez Boehringer Ingelheim, nous intégrons cette problématique dans les différentes actions que nous entreprenons, par exemple en faveur du développement durable. Nous n’avons pas attendu la crise énergétique actuelle pour tenter de réduire notre empreinte écologique. Cette question fait d’ailleurs partie de la feuille de route de nos sites de production afin qu’ils améliorent leurs performances.

Par sa stratégie, considérez-vous que Boehringer Ingelheim est un acteur influent du One Health dans le secteur pharmaceutique ?

Le One Health ne doit pas rester uniquement un sujet de communication. Il faut des actions concrètes. Chaque acte, qui permet d’accélérer cette course à l’innovation, compte. Nous mettons beaucoup d’énergie pour faire vivre cette approche et ce d’abord au sein notre entreprise. Nous tentons aussi d’être de plus en plus influents dans notre secteur. Notre manifeste en faveur du concept One Health a pour but d’influer sur la manière dont nos politiques le perçoivent. Notre légitimité vient de la richesse de nos activités qui intègrent la santé humaine, la santé animale et de plus en plus la santé environnementale.

Le concept One Health fait partie des enjeux incontournables auxquels sont confrontés les laboratoires pharmaceutiques vétérinaires. Pensez-vous que les industriels de la santé animale sont prêts à relever ce défi ? 

La concrétisation du concept One Health ne concerne pas uniquement les acteurs de la santé animale. Il doit concerner toutes les professions de santé. Un travail important reste à faire sur ce sujet. Le défi est davantage pour les acteurs de la santé humaine. Le One Health est déjà le quotidien des acteurs de la santé animale. Leur activité a un impact direct sur la santé humaine. Au plus fort de la crise sanitaire, j’ai été surpris de constater que la profession vétérinaire a été très peu impliquée alors qu’elle a une expérience des coronavirus et de la gestion des situations épidémiques de masse. Casser les silos est une vraie source d’innovation. Les lignes sont en train de bouger au niveau de la gouvernance, de la formation, de la R&D. Il est aussi nécessaire de favoriser les synergies au niveau industriel. Nous devons véritablement tirer les leçons de la crise Covid-19 pour aller plus vite.

En matière de recherche, Boehringer Ingelheim a indiqué en 2020 vouloir améliorer les synergies entre la santé humaine et la santé animale. Des passerelles entre les deux domaines ont-elles été encouragées pour les antiparasitaires, les maladies chroniques inflammatoires ou l’oncologie, comme annoncé ?

Ce sont des projets de longue haleine. Les synergies entre les deux santés ont déjà permis de faire bénéficier la santé animale d’importantes innovations issues de la santé humaine.  Des molécules  développées en santé humaine, comme -historiquement, le méloxicam, ont été ensuite utilisées en santé animale avec succès. Aujourd’hui, il faut relancer la machine afin que le dialogue reprenne entre les acteurs des deux santés. En oncologie par exemple, il est possible de faire profiter à la santé animale des avancées connues en santé humaine. Autre exemple, le premier produit de Boehringer Ingelheim au niveau monde et moteur de sa croissance est un médicament de la classe des SGLT2-i (gliflozine) développée en santé humaine pour la prise en charge du diabète. Les travaux sur cette molécule profitent à la santé animale puisque dans les deux ans qui viennent, un médicament de cette famille devrait être lancé en santé animale sur ce marché.

Comment comptez-vous accompagner les vétérinaires dans la mise en œuvre du concept One Health ?

Les vétérinaires vivent le One Health au quotidien. Nous pouvons les accompagner en contribuant à mettre en valeur leur rôle. Bien que les antibiotiques restent nécessaires comme en témoigne le lancement de notre coentreprise Aurobac, en partenariat avec Evotec et BioMérieux, pour créer une prochaine génération d'antibiotiques et des solutions de diagnostic pour lutter contre l'antibiorésistance. Cet engagement bénéficie aux médecins, aux vétérinaires, aux pharmaciens et donc aux patients.

Quels nouveaux services et produits vétérinaires devrait-on voir arriver très vite ?

Il y a des produits en phase de lancement comme le RenuTend. Les cellules souches sont un domaine très récent pour notre laboratoire. J’ose espérer que nous aurons des passerelles entre les deux santés dans ce domaine. Des vaccins sont aussi attendus.  Nous lançons également notre application My Pet’s Heart 2 Heart qui permet aux propriétaires permet aux propriétaires de surveiller la fréquence respiratoire de leur animal et de détecter précocement la phase de décompensation des maladies cardiaques.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr