La volaille, une source possible de contamination à Clostridioides difficile - La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022

Zoonose alimentaire

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Tanit Halfon

Article rédigé d’après la conférence « Détection et caractérisation de souches de Clostridioides difficile dans des élevages de poulets en France », présentée lors des 14es journées de la recherche avicole et des palmipèdes à foie gras, le 9 et 10 mars 2022, à Tours (Indre-et-Loire), sur la base d'une étude de Caroline Le Maréchal, et al. pour l'Anses.

Clostridioides difficile (anciennement classifiée Clostridium difficile) est une bactérie anaérobie considérée comme un pathogène émergent chez l’humain. Il s’agit d’une cause majeure de diarrhées infectieuses nosocomiales chez l’adulte avec, depuis les années 2000, l’existence de formes sévères et épidémiques, associées à l’apparition de souches hypervirulentes. Ces dernières années, la bactérie est également de plus en plus mise en cause dans des infections communautaires, c'est-à-dire non liées à une période d’hospitalisation, qui ne sont pas systématiquement corrélées à des facteurs de risque connus (présence de comorbidités, âge avancé, antécédent de traitement antibiotique…). En Europe, ces infections communautaires augmentent et pourraient représenter la moitié des infections à C. difficile1. Elles peuvent aussi être associées à des souches hypervirulentes, comme les infections nosocomiales.

Les sources de contamination bactérienne ne sont pas encore clairement identifiées, mais une origine alimentaire est possible étant donné que la bactérie est présente dans le tractus digestif de plusieurs espèces animales, mais aussi dans l’environnement. Les produits les plus à risque d’être contaminés seraient les fruits de mer, les légumes verts et les produits à base de porc et de volaille2. C. difficile a également été mise en évidence dans les pommes de terre ou dans des produits laitiers. En 2021 notamment, des bactéries ont été isolées dans des abats de volaille en Espagne et dans de la viande de volaille en Allemagne, avec des souches similaires à celles retrouvées dans les infections humaines.

Dans ce contexte, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) s’est penchée sur la situation française. Pour ce faire, 190 échantillons de contenus cæcaux de poulets de chair âgés d'environ 4 semaines, issus de 21 élevages différents, ont été analysés. Il s'agit de la première étude française sur la prévalence et les caractéristiques des souches de C. difficile dans la filière avicole.

18 élevages sur 21 avec au moins un échantillon positif

C. difficile a été identifiée dans 26,3 % des cas, soit 50 échantillons sur 190. Ces échantillons positifs étaient issus de 18 élevages. Le niveau de positivité était variable suivant les élevages touchés : la bactérie a été isolée dans 10 à 78 % des échantillons prélevées par élevage. Une caractérisation plus précise a été faite pour 20 isolats issus de 12 élevages positifs : tous possédaient les gènes codant pour les toxines A (entérotoxine) et B (cytotoxine), et deux ceux codant pour la toxine binaire3. Le ribotypage de ces 20 échantillons par polymerase chain reaction (PCR) a montré une grande diversité des souches. Parmi les PCR-ribotypes identifiés, plusieurs sont régulièrement associés à des infections humaines. Dans le contexte d’antibiorésistance décrit pour cette bactérie, une analyse de la sensibilité aux antibiotiques a également été effectuée. Les souches isolées étaient assez sensibles aux principaux antibiotiques : toutes à la vancomycine, au métronidazole, à l'érythromycine et à la moxifloxacine, 90 % à la tétracycline, mais seules 5 % à la clindamycine, ce qui est connu pour C. difficile. Les souches identifiées comme résistantes à la tétracycline parmi les isolats caractérisés dans cette étude provenaient du même élevage, appartiennent au PCR-ribotype 131 et possèdent les gènes codant les toxines A, B et la toxine binaire. 

Une approche d’attribution des sources en cours

Si, à ce jour, aucun lien épidémiologique n’a été montré entre une infection humaine et la consommation d’aliments contaminés, ces résultats suggèrent une nouvelle fois un rôle possible des volailles en tant que réservoirs de souches de C. difficile transmissibles à l’humain. L’étude de ce potentiel caractère zoonotique se poursuit actuellement dans le cadre du projet ANR Clost’Abat. Celui-ci vise à évaluer la présence de la bactérie au stade de l’abattoir dans les filières bovine, porcine et avicole, en association avec une approche d’attribution des sources. Cette recherche s’inscrit également dans la surveillance de la contamination des viandes fraîches de volaille menée par les services vétérinaires pour l’année 2022, avec la programmation d’un plan d’échantillonnage dans les 13 régions métropolitaines. Au total, 500 prélèvements d'échantillons (viande de poulet avec et sans peau) sont prévus, et un rapport de l’Anses est attendu en 2023.

  • 1. info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/instruction-2022-95.
  • 3. Les toxines A et B sont les principaux facteurs de virulence de la bactérie. La toxine binaire pourrait potentialiser les effets des toxines A et B, mais son rôle dans la maladie n’a pas été clairement établi. Dans les souches hypervirulentes, une délétion au niveau du régulateur des gènes codant les toxines A et B provoque une production accrue de celles-ci.
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