Gérer sa trésorerie en 2023 : la vigilance est de mise ! - La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022

Finances

ENTREPRISE

Auteur(s) : Jacques Nadel

Dans un contexte intriqué de crise énergétique, d’inflation, d’augmentation des charges des entreprises et de la masse salariale, empli d’incertitudes quant à la croissance de l’activité, les trésoreries des cliniques vétérinaires risquent d’être mises à rude épreuve l’an prochain. Il s’agit alors d’anticiper la hausse des dépenses sur certains postes afin de ne pas fragiliser ses capacités d’autofinancement.

Selon les dernières moyennes professionnelles du cabinet KPMG pour l’exercice 2021, le chiffre d’affaires des cliniques et des cabinets vétérinaires français progresse, le taux de marge nette s’améliore dans le prolongement de l’excédent brut d’exploitation (EBE), confirmant le niveau de performance atteint cette année-là, et les trésoreries restent confortables. L’année 2022 devrait s’inscrire dans la même tendance.

Néanmoins, tout chef d’entreprise soucieux du futur proche se pose aujourd’hui les mêmes questions : La croissance de l’activité va-t-elle se maintenir au cours des prochains mois, dans un contexte post-Covid dominé par la crise de l’énergie, la flambée de l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat ? La hausse générale des prix ne va-t-elle pas impacter trop fortement les frais généraux et ceux liés au personnel jusqu’à détériorer la rentabilité en 2023 ? Autant d’interrogations qui restent en suspens… Les vétérinaires vont devoir se montrer vigilants afin de continuer dans les pas de 2022. Malgré les bons résultats enregistrés pendant la pandémie, il faut s’interroger sur l’après-Covid et sur la meilleure façon d’utiliser la trésorerie générée par l’entreprise.

Rembourser son emprunt par anticipation ?

Si les excédents de trésorerie sont importants, le chef d’entreprise peut être tenté de rembourser un prêt par anticipation, que ce soit un prêt garanti par l’État ou un autre emprunt. Mais, est-il opportun d’assainir son ratio d’endettement ? Ne vaut-il pas mieux conserver son prêt jusqu’à son terme ? Amélie Bouttemy, experte-comptable dans le cabinet AdequA, bat en brèche l’utilité de cette émancipation, alors même que l’avenir est incertain en ce qui concerne la capacité à mobiliser une trésorerie en cas de nécessité : « Il ne faut pas se précipiter pour rembourser un prêt par anticipation et prendre le risque de fragiliser une trésorerie jusqu’ici en bonne santé et dont le chef d’entreprise pourrait avoir besoin. »

Tout est bien sûr cas d’espèce mais, avant de prendre une décision, il faut s’interroger sur ce qui pourrait amener à puiser dans la trésorerie. Par exemple, « une hausse de l’impôt sur les sociétés non anticipée, à la suite d’une augmentation du résultat de l’entreprise, qu’il faudra provisionner », illustre-t-elle. Il s’agit alors d’identifier les futurs postes de dépense à autofinancer et de se poser les bonnes questions : L’entreprise peut-elle raisonnablement compter sur une croissance à venir ? Ou, au contraire, doit-elle craindre une baisse d’activité ? A-t-elle des investissements à réaliser ? Des embauches en prévision ? Y a-t-il des périodes de l’année où la trésorerie descend en dessous du montant des encours à rembourser (déficit de trésorerie) ? En cette période de forte inflation et de ruptures accrues, l’entreprise a-t-elle intérêt à sécuriser ses approvisionnements en sur-stockant ?

Autre argument en faveur du maintien du remboursement d’un prêt ancien à taux bas : les taux d’intérêt devraient encore grimper prochainement en raison du contexte économique global, pour atteindre 3 % en fin d’année selon les prévisions annoncées. « Il n’est alors pas exclu de parvenir à placer sa trésorerie à un taux supérieur à celui de son emprunt dans les mois à venir », souligne Amélie Bouttemy.

Toujours selon les moyennes professionnelles 2021 de KPMG, le taux d’endettement global des cliniques a diminué en 2021 (19,91 % en moyenne). « Le vétérinaire peut calculer lui-même son niveau d’endettement [emprunts bancaires/(capitaux propres+emprunts bancaires)] afin de se rassurer et de savoir si son entreprise est dans la norme », explique Emmanuel Leroy, expert-comptable chez KPMG. Si ce ratio donne une indication importante, il est néanmoins recommandé de solliciter sa banque pour connaître son analyse de la situation financière de la clinique et ses critères d’appréciation.

Réétaler son crédit ?

Une autre question peut tarauder les esprits : celle du surendettement et de la nécessité de réétaler les emprunts financiers pour alléger les mensualités et éviter d’étrangler la trésorerie. Pour rappel, dans une société, un associé peut demander à tout moment le remboursement de ses avances en compte courant sans motif particulier. Deux situations sont alors envisageables : soit la société dispose de trésorerie pour rembourser l’associé, soit elle emprunte auprès d’un organisme financier. Enfin, en l’absence de difficultés financières, la société peut aussi avoir besoin d’un prêt pour racheter les titres d’un associé sortant.

Face à la nécessité d’une aide bancaire, le chef d’entreprise peut être tenté de conserver l’emprunt en cours afin de continuer à profiter des conditions de crédit avantageuses à des taux historiquement bas jusqu’à son terme et de contracter un emprunt complémentaire pour se remettre à flot, refinancer les comptes courants ou faire l’acquisition de parts. « C’est un pari parfois audacieux, pour ne pas dire imprudent. Je déconseille donc souvent le montage qui consiste à ne pas réétaler l’emprunt initial pour la raison évoquée plus haut et à souscrire un nouvel emprunt d’une durée différente », prévient Amélie Bouttemy.

En effet, cumuler deux prêts augmente le poids des mensualités et expose à un risque de survenue de difficultés financières entre la troisième et la sixième année. L’experte-comptable préconise plutôt de réétaler l’emprunt initial et d’englober dans un prêt unique à long terme, certes à taux plus élevé, le capital restant dû du premier prêt et le nouveau financement dont a besoin l’entreprise. La nouvelle mensualité de remboursement sera inférieure au total des deux mensualités en cas d’absence de réétalement de la dette et de souscription d’un nouvel emprunt.

Comment absorber la hausse des charges ?

Pénurie de main-d’œuvre qualifiée, surenchère des salaires, mesures de soutien au pouvoir d’achat… les charges d’exploitation vont peser davantage dans les comptes de résultat 2023. Ce triple choc ne devrait pas entraîner de risque économique systémique pour les petites et moyennes entreprises qui disposent d’une trésorerie confortable et solide.

En ce qui concerne leur facture de gaz et d’électricité, les établissements de soins vétérinaires dont le chiffre d’affaires est supérieur à 2 M€ ne toucheront pas d’aides. Avec un coût moyen de facture énergétique de 2 180 €/local/par an (source : Éco Véto), les cliniques et les cabinets vétérinaires ne sont pas des entreprises très énergivores éligibles à l’aide spéciale de l’État, elles ne sont pas non plus protégées par le bouclier tarifaire instauré par le gouvernement. Pour rappel, l’aide temporaire pour les entreprises les plus consommatrices en énergie concerne celles dont les achats de gaz et d’électricité atteignaient au moins 3 % de leur chiffre d’affaires en 2021, et qui connaissent un doublement de leur coût unitaire d’achat (en €/MWh).

La trésorerie constituée ces dernières années devra être suffisante pour absorber l’augmentation de la facture d’énergie et celle des charges d’exploitation. Soucieux de préserver l’équilibre financier de sa clinique, « le vétérinaire devra préparer un budget prévisionnel de trésorerie début 2023 à partir de celui de 2022, en anticipant l’incidence des augmentations tarifaires d’électricité et de gaz ainsi que des autres charges, les éventuelles revalorisations des salaires de branche et, à défaut d’hypothèses plus précises, en vérifiant leur cohérence avec le contexte inflationniste actuel », conseille Emmanuel Leroy.

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