Des préconisations pour guider le diagnostic de la PIF - La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022

Virologie

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Anne-Claire Gagnon

L’American Association of Feline Practitioners et la fondation EveryCat viennent de publier des recommandations pour améliorer le diagnostic de la péritonite infectieuse féline, qui reste, presque soixante ans après la découverte de cette maladie, toujours délicat.

L’American Association of Feline Practitioners (AAFP) et la fondation EveryCat signent un document1 complet et pédagogique (28 pages assorties de 17 suppléments, dont l’arbre décisionnel d’ABCDvets), accompagné d'une iconographie riche, pour aider les praticiens à diagnostiquer la péritonite infectieuse féline (PIF) et proposer le traitement adapté.

Deux sérotypes pour une maladie banale ou dramatique

La PIF est due à un α-FCoV (coronavirus félin), distant taxonomiquement du β-Sars-CoV-2 (severe acute respiratory syndrome coronavirus 2). Il existe deux sérotypes, avec deux protéines Spike différentes, le type I étant le plus courant et le moins facile à cultiver ; le type II le moins fréquent et le plus facile à cultiver. Le sérotype I provient d’une recombinaison entre le sérotype II et le coronavirus canin. La nature de ses récepteurs cellulaires n’est toujours pas connue. Le FCoV se manifeste cliniquement sous forme d’une diarrhée banale et sans gravité lorsque son biotype non muté est en cause, et sous les formes de la PIF quand son biotype est muté. Des travaux qui avaient identifié les deux acides aminés impliqués dans ces mutations, menés il y a une dizaine d’années, ont été récemment démentis. Chaque mutation du FCoV est unique, y compris au sein d’une même collectivité de chats. La notion de quasi-espèce explique l’évolution permanente du génome des coronavirus, dont les mutations sont particulièrement fréquentes. Les formes mutées et non mutées du FCoV partagent 99 % de leur génome, et diffèrent par leur virulence (ainsi que par leurs protéines Spike).

Une maladie de collectivités

La PIF est responsable de 0,3 à 1,4 % des décès de chats dans les cliniques vétérinaires. Il est estimé qu'entre 7 à 14 % des chats de collectivité (refuge, élevage) vont exprimer une mutation du FCoV, dont le tropisme cellulaire va changer : il acquiert une affinité pour les macrophages, qui lui permet de se multiplier largement dans tout l’organisme. Dans une étude conduite en Californie, aux États-Unis, il a été montré que l’entrée en collectivité (dans ce cas, un refuge) fait exploser l’excrétion de FCoV en à peine une semaine, multipliée par 10 à 1 million. Le FCoV est le seul germe identifié de façon significative dans les collectivités où sévissent des diarrhées (présent chez 58 % des chats atteints et chez 36 % des chats non cliniques).

Il n’existe quasiment pas de collectivité féline exempte de FCoV, et le seul moyen de prévention consiste à identifier les excréteurs permanents en réalisant au moins trois analyses fécales par polymerase chain reaction (PCR), à 1 semaine à 1 mois d’intervalle.

Des jeunes chats, souvent de race

La PIF est une maladie qui frappe très majoritairement les chats de moins de 2 ans, de façon brutale, avec un tableau clinique souvent poignant qui contribue aux drames dont tout propriétaire, éleveur ou vétérinaire se souvient, puisque nous étions encore jusqu’à très peu de temps particulièrement impuissants à sauver nos patients2. Des prédispositions sont décrites pour les chats de race (prévalence de 1,3 % contre 0,35 % pour les autres), pour certaines races (bengal, birman), certaines lignées de races, et pour les mâles entiers. La collectivité (qui, pour certains chats, commence à deux individus), le stress et une co-infection avec un rétrovirus font partie des éléments fréquemment présents dans l’anamnèse.

Une clinique protéiforme

La difficulté du diagnostic de la PIF vient du manque de marqueurs biologiques spécifiques et de signes cliniques pathognomoniques. Par exemple, l’un des pièges avec certaines formes de PIF réside dans des signes digestifs (vomissements, diarrhée ou constipation), sans aucune fièvre. Chez ces chats, l’adénomégalie fait suite à une lymphadénite granulomateuse nécrosante, évocatrice d’une néoplasie, d’une mycobactériose (moins fréquente en Europe qu’en Australie) ou d’une toxoplasmose. Ces entéropathies s’accompagnent d’une hypoprotéinémie, atypique pour la PIF.

La distinction entre la forme sèche et la forme humide n’est pas utile puisque l’évolution clinique (hors traitement) conduit à cette dernière. L’augmentation de la perméabilité vasculaire provoquée par le FCoV entraîne des épanchements, d’intensité et de localisation variables. Les traumatismes et la PIF sont les deux causes les plus fréquentes d’épanchements pleuraux chez les chatons et les jeunes chats. La technique Afast (abdominal and thoracic focused assessment with sonography in trauma) est précieuse, à répéter, pour rechercher le moindre épanchement, même discret, et l’analyser.

De l’ordre et de la méthode

Le diagnostic ne reposepas sur un test unique mais sur une très forte suspicion lorsqu'un faisceau d'indices est réuni, parmi lesquels l’anamnèse, l’examen clinique, les analyses biochimiques (hyperprotéinémie, hypoalbuminémie, hyperbilirubinémie) et les tests PCR, dont aucun à ce jour ne permet de différencier le FCoV muté de sa forme banale. Le dosage des anticorps n’est plus recommandé, dans aucun des liquides biologiques. Les différents tests mis au point depuis des décennies ont tué plus de chats que la PIF elle-même, par l’interprétation abusive qui en a été faite. Il convient de toujours se demander « Pourquoi faire CE test ? Que va-t-il nous dire ? » L’espoir donné par les tests PCR qui promettaient d’identifier les modifications de protéines Spike (gène S) ou le test de la mutation (gène M) a été déçu puisque leur présenceest en fait attestée chez des chats atteints de PIF comme chez ceux qui en sont exempts.

Les auteurs du guide rappellent qu’avec une maladie rare, ce qui importe dans un test, c’est sa spécificité. Tous les tests PCR ne se valent pas et leur liste exhaustive précise leurs sensibilité, spécificité et intérêt selon les prélèvements. Les principaux tests de routine (voir encadré) sont présentés pour les milieux biologique pertinents, tissus ou liquides (épanchement, sang, humeur aqueuse, liquide céphalo-rachidien) sur lesquels rechercher le FCoV.  Globalement, le diagnostic de la forme humide est souvent plus simple en raison de la nature physique et biochimique de l’épanchement (viscosité importante, test de Rivalta positif, facile à réaliser à la clinique). Typiquement, l’analyse révèle la plupart du temps une forte concentration en protéines (> 35 g/l), un rapport albumine/globulines < 0,4 avec peu de cellules (< 5 x 109 /l). L’électrophorèse n’apporte aucune information supplémentaire.

Une PCR avec une forte charge virale dans le liquide d’épanchement ou dans un échantillon tissulaire (la ponction à l’aiguille fine est à privilégier car elle est moins invasive que la biopsie) est l’un des meilleurs éléments en faveur du diagnostic de la PIF. Cependant, le seul examen de référence, possible du vivant du patient, est l’immunohistochimie, en identifiant le FCoV dans les macrophages des tissus, sur biopsie ou sur lame de cytologie.

L’immense avancée dans le traitement d’une maladie qui fut longtemps mortelle ne doit pas faire oublier que les traiteements ne sont pas disponibles, loin s’en faut, dans tous les pays. Quand il s’agit de partager quelques flacons d’antiviraux, le discours sur le bien-être animal s’efface devant une conception du One Health très égoïste, de non-assistance de l’humain à chat en danger de mort.

Quels tests diagnostiques ?

Parmi les diagnostics de routine de la PIF, sont fortement évocateurs :

– Le dosage de l’α-1-glycoprotéine acide (dans le sang et les épanchements) : < 1,5 g/l : résultat négatif ; entre 1,5 et 3 : résultat ne permettant pas de conclure ; > 3 : résultat en faveur d’une PIF.

– Le rapport albumine/globulines dans le liquide d’épanchement : < 0,4 : résultat en faveur d’une PIF ; entre 0,4 et 0,8 : résultat ne permettant pas de conclure ; > 0,8 : PIF peu probable.

– Le rapport albumine/globulines dans le sang : < 0,4 : résultat en faveur d’une PIF ; > 0,6 : PIF peu probable.

– Le test de Rivalta (floculation de 1 à 2 gouttes de liquide d’épanchement déposées dans une solution de 8 ml d’eau + 1 goutte d’acide acétique).

  • 1.Thayer V., Gogolski S.,Felten S., Hartmann K., Kennedy M., Olah GA. 2022 AAFP/EveryCat Feline Infectious Peritonitis Diagnosis Guidelines. J Feline Med Surg. 2022;24(9):905-33.
  • 2. Le remdesivir et sa prodrogue, le GS-441524, non autorisés en France, sauvent de nombreux chats frappés par la PIF.
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