Avancées dans la prise en charge des affections de la prostate chez le chien - La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1960 du 07/10/2022

Pathologie de la reproduction

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Audrey Chevassu

Conférenciers

Alain Fontbonne, dipl. Ecar, professeur au Cerca de l’EnvA

Florian Ruiz, vétérinaire biologiste chez Cerba Vet

Article rédigé d’après la webconférence « Affections de la prostate en cas cliniques » organisée par le Cerba Vet collège le 24 février 2022.

Les affections de la prostate sont très fréquentes chez le chien. En effet, des études histologiques ont montré que 50 % des chiens entiers de plus de 4 ans et 95 % de ceux de plus de 9 ans sont atteints d'une hyperplasie bénigne de la prostate (HBP), sans pour autant en présenter des symptômes1 de façon systématique. L'HBP est due à un déséquilibre hormonal qui provoque une augmentation de la taille de la prostate, principalement visible à l’échographie, et souvent des symptômes tels qu’une hématurie intermictionnelle, une constipation ou une douleur, en particulier à la palpation. L’hyperplasie bénigne est l’une des quatre affections de la prostate les plus fréquentes avec les prostatites, les kystes prostatiques ou paraprostatiques et les tumeurs.

Intérêt des examens diagnostiques

Le toucher rectal est un examen de routine qui permet d’apprécier la taille, la symétrie et la sensibilité de la prostate chez le chien. Selon le gabarit de l’animal, cette évaluation peut néanmoins rester limitée. C’est à l’échographie que la taille de la prostate sera le plus facilement mesurée.

Un bilan biochimique de base incluant l’urémie et la créatininémie est toujours intéressant pour évaluer la fonction rénale. En cas de kyste prostatique, il peut être pertinent de comparer la valeur de la créatinine sérique à celle du liquide dans le kyste. En effet, un rapport supérieur à 2/1 entre le taux de créatinine du liquide prélevé dans le kyste et celui du sérum signifie qu’il y a présence d’urine dans le kyste, et donc qu’il faudra certainement intervenir chirurgicalement.

La numération-formule peut également être pertinente. Elle n’est cependant pas toujours modifiée en cas de prostatite, surtout si elle est chronique.

La protéine C-réactive est elle aussi un marqueur d’inflammation souvent augmenté en cas de prostatite. Sa cinétique permet de contrôler l’évolution et la guérison d’une prostatite après la mise en place d’un traitement.

Un examen cytobactériologique des urines (ECBU) est utile en complément de l’examen clinique en cas de suspicion de prostatite, car une cystite est fréquemment associée à une prostatite. Attention, un ECBU négatif ne signifie pas toujours l’absence d’une prostatite (environ 15 % des cas selon les études).

La canine prostate-specific arginine esterase (CPSE) est un paramètre très sensible et spécifique d’une affection prostatique si sa concentration sérique est très élevée. Elle ne permet cependant pas de différencier une HBP d’une prostatite ou d’une autre affection prostatique. Sa cinétique reste un indicateur d’intérêt pour évaluer l’efficacité d’un traitement au long cours et en déterminer la durée. En cas de tumeur prostatique, la CPSE n’est pas toujours augmentée.

La cytoponction ou la biopsie de la prostate peuvent s'avérer nécessaires, mais restent des examens plus invasifs, à réserver en seconde intention ou en cas de suspicion de tumeur. La cytologie échoguidée de la prostate doit être pratiquée sous sédation. Il convient d’être prudent quant au risque de dissémination de cellules tumorales au cours de la ponction et d'en avertir les propriétaires.

Il est également possible d'effectuer une analyse cytologique sur le liquide prélevé par massage prostatique. Pour cela, le chien est sondé, sa vessie est vidée, puis du sérum physiologique (5 à 20 ml) est injecté. Le liquide, qui fournit un échantillon témoin prémassage, est récupéré. La prostate est ensuite palpée (par voie transrectale) et massée quelques minutes. La sonde est retirée de quelques centimètres pour se retrouver en regard du doigt situé au niveau de la prostate. Le sérum physiologique est à nouveau injecté et aspiré. Si une castration est associée, l’histologie des testicules retirés est conseillée.

En cas de suspicion de tumeur prostatique, il est judicieux de rechercher la mutation BRAF V595E. Sa sensibilité est d’environ 80 % et sa spécificité est de 100 % pour les carcinomes prostatiques.

Enfin, l’échographie reste un examen de routine qui permet de surveiller et de diagnostiquer une affection de la prostate chez le chien, mais qui ne suffit pas toujours pour différencier HBP, prostatite et carcinome. Chez le mâle castré, des minéralisations prostatiques sont fortement évocatrices d’un processus tumoral.

Conseils pour bien visualiser la prostate à l’échographie

Pour mettre en évidence la prostate de façon optimale, il est conseillé d’incliner la sonde caudalement et d’appuyer un peu. La prostate est plus visible lorsque la vessie est pleine et, éventuellement, que le chien est debout. La taille et l’échogénicité de la prostate sont à évaluer. Pour un chien de 20 kg, ses dimensions sont d'environ 3,5 cm de longueur, 3 cm de largeur et 3 cm de hauteur. L’équation de Kamolplatana permet d’estimer le volume de la prostate à partir de ces trois mesures simples : volume prostatique en cm3 = [(longueur en cm x largeur en cm x hauteur en cm) /2,6] + 1,8. Il est ainsi possible de comparer ce volume à des tables en fonction du gabarit ou de l’âge de l’animal, ou à des valeurs moyennes. Il existe cependant une certaine variabilité dans la façon de mesurer longueur, largeur ou hauteur selon l’échographe et le vétérinaire.

Les anomalies visibles en cas d’hétérogénéité sont des kystes, des zones hyper- ou hypoéchogènes s'il s'agit d'une d’hyperplasie ou d'une prostatite, voire de la fibrose avec l’âge. Chez les chiens de plus de 5 ans, 50 à 60 % ont une prostate hétérogène sans forcément présenter des signes cliniques associés.

Les nœuds lymphatiques iliaques doivent toujours être contrôlés (ils sont souvent modifiés en cas de tumeur prostatique), de même que les testicules (affections prostatiques et testiculaires sont souvent liées).

Actualités thérapeutiques

L’acétate d’osatérone (Ypozane) est un médicament antiandrogénique utilisé en cas d’HBP. La taille de la prostate peut diminuer dès 7 jours, mais l’efficacité thérapeutique maximale est atteinte en 2 mois. En cas d’HBP sévère, la castration reste plus efficace, car elle réduit plus rapidement la taille de la prostate (diminution de moitié en 1 mois).

Il est préférable d'éviter la desloréline (Suprelorin) en première intention car, en début de traitement, elle a plutôt tendance à aggraver les symptômes et donc à augmenter la taille de la prostate (feed-back positif), ce qui est souvent à l’origine de constipation ou de douleurs.

En cas de prostatite, si une thérapeutique hormonale est associée (acétate d’osatérone, desloréline, castration), la durée minimale de traitement antibiotique conseillée est de 4 à 6 semaines. Sans traitement hormonal, une durée de 8 semaines est plus adaptée. L’antibiotique de premier choix est le cotrimoxazole (triméthoprime-sulfaméthoxazole) ainsi que les fluoroquinolones. Si l'infection est aiguë, la barrière prostatite étant altérée, d’autres antibiotiques (amoxicilline-acide clavulanique, ampicilline-sulbactam) peuvent être administrés.

La chirurgie est parfois la solution. La castration permet de traiter une hyperplasie bénigne de la prostate et de retirer un testicule tumoral. Des interventions chirurgicales sur la prostate sont également possibles, mais dépendent de l’affection diagnostiquée : ce sont principalement les drainages, les parages et les omentalisations des kystes prostatiques ou paraprostatiques. En cas de tumeur prostatique, il peut être nécessaire de pratiquer une prostatectomie associée à un traitement de chimiothérapie ou à des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

Actualités sur les tumeurs prostatiques

Quelle que soit la situation clinique, le pronostic reste sombre en présence d'une tumeur prostatique, en particulier si des métastases sont objectivées lors du diagnostic. L’association des différents traitements possibles (chirurgie, chimiothérapie, etc., par exemple carboplatine et AINS) peut améliorer la médiane de survie et le confort de l’animal. La chirurgie semble plus indiquée en l’absence de métastases, et lorsque la tumeur est petite et bien circonscrite.

Examen en cas de suspicion de tumeur testiculaire

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En cas de suspicion d’une tumeur testiculaire sécrétant des œstrogènes (sertolinome sécrétant), la question du choix de l’examen se pose. L’œstradiolémie manque parfois de sensibilité car elle est très fluctuante d’un animal à l’autre et au cours de la journée. Le frottis préputial est un examen méconnu, rapide, fiable et nécessitant peu de matériel. À l’aide d’un écouvillon stérile humidifié au sérum physiologique et passé dans le fourreau, des cellules sont récupérées et marquées par une coloration de May-Grünwald Giemsa ou de Harris-Schorr. Une proportion supérieure à 20 % de cellules superficielles ou kératinisées d’aspect dit en corn-flakes confirme une imprégnation œstrogénique en cas de suspicion de sertolinome. Un contrôle de la numération-formule permet de s’assurer qu'il n'y a pas d’anémie, parfois présente dans ce contexte.

  • 1. Berry SJ, Strandberg JD, Saunders WJ, Coffey DS. Development of canine benign prostatic hyperplasia with age. Prostate. 1986;9(4):363-73.
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