Réactions anaphylactiques chez des vaches : comment sont exploitées les données de pharmacovigilance ? - La Semaine Vétérinaire n° 1959 du 30/09/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1959 du 30/09/2022

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Jean-Paul Delhom

Après le signalement de l’apparition de réactions groupées d’hypersensibilité de type 1 (HS1) suite à l’injection d’antibiotiques
dans des élevages de bovins en France en 2020, Corinne Piquemal, vétérinaire, experte en pharmacovigilance auprès de l’Anses et de l’ANMV, a expliqué comment sont exploitées les données recueillies par l’Anses

« À partir de sources variées (déclarations spontanées d’effets indésirables par les vétérinaires), la pharmacovigilance permet de surveiller la balance bénéfice/risque d’un médicament par le biais d’une analyse individuelle de chaque cas, mais aussi par l’analyse statistique de l’ensemble des cas et d’identifier des signaux potentiels. Cette évaluation peut s’avérer longue et complexe et nécessiter l’obtention de données complémentaires » a indiqué Corinne Piquemal à l’occasion de la Journée vétérinaire bretonne du 29 mars 2022.

Diverses hypothèses

Pour illustrer ce processus, la conférencière a ensuite cité l’exemple d’un cas d’hypersensibilité observé en France par un vétérinaire. Ainsi, en juin 2020, de nombreuses réactions d’hypersensibilité de type S1 sont apparues chez des bovins de plusieurs élevages suite à des injections d’antibiotiques. Une consultation de la base de données de pharmacovigilance a alors mis en évidence 13 cas similaires l’année précédente. Les cas interviennent sur des vaches laitières ou allaitantes dans différentes régions avec des antibiotiques variés. « Les données suggèrent deux hypothèses : celle d’une allergie majorée à des antibiotiques ou celle d’une possible sensibilisation antérieure des animaux » a-t-elle indiqué.

Une enquête longue

Des investigations ont ensuite été lancées avec une surveillance accrue des cas déclarés, un sondage auprès des autres agences de pharmacovigilance, ainsi qu’une investigation auprès des laboratoires et des enquêtes de terrain. Ces dernières se font par l’envoi de questionnaires aux déclarants élaborés en collaboration avec le Comité de suivi du médicament vétérinaire (CSMV). La recherche portait sur les autres traitements effectués, les pratiques d’élevage, l’alimentation des animaux, les techniques d’abreuvement, la génétique ainsi que les éventuels autres ateliers d’élevage présents sur l’exploitation. « Parallèlement ont été envoyés des questionnaires à des élevages témoins, pour mettre en évidence les facteurs de risques par le biais d’une étude de comparaison cas/témoin. Pour maximiser l’accès de ces questionnaires aux praticiens, la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) a été sollicitée » ajoute la conférencière. Suite à cette enquête, conclut-elle, « les résultats des investigations menées auprès des laboratoires n’ont mis en évidence aucune anomalie. La grande variété de spécialités impliquées semble s'orienter vers l’hypothèse d’un ou plusieurs facteurs sensibilisant et non d’un lien avec un antibiotique particulier ».

De nombreuses données collectées

Fin 2021, ce sont au total 70 déclarations, impliquant plus de 140 bovins et correspondant à 40 clusters, qui ont été collectées. Ces réactions de HS1 ont conduit au décès de 37 bovins. Dix-huit pays européens ont également répondu au sondage, mais aucun signal n’est ressorti de façon évidente de ces autres pays. Onze questionnaires concernant des élevages témoins ont également été reçus par l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV). Les données actuelles disponibles ne permettent donc pas, à ce jour, de déterminer l’origine de ces réactions groupées, même s’il est possible que des facteurs génétiques entrent en jeu, selon l’Anses-ANMV. Comme l’a conclu la conférencière, « une collaboration étroite avec les firmes pharmaceutiques est indispensable et a été mise en œuvre. Cet épisode de cas groupés d’HS1 met en évidence le rôle central des vétérinaires dans l’explication d’un signal de pharmacovigilance ».

Un cas récent de signalement d’événements indésirables des médicaments vétérinaires

Comme l’alertait l’Anses-ANMV dans une lettre adressée aux vétérinaires utilisateurs du vaccin le 12 août 20221, dans le cadre de la surveillance au niveau européen, une augmentation de l’incidence des réactions de type anaphylactique chez des bovins suite à l’administration du vaccin Hiprabovis IBR Marker Live du laboratoire Hipra a été observée. En effet, comme l’indique l’agence, « cette augmentation d’incidence, amorcée début 2022, a été constatée spécifiquement en Espagne et en Italie. L’origine de ces réactions d’hypersensibilité n’a pas encore pu être clairement déterminée et des investigations sont en cours ». Le résumé des caractéristiques du produit sera par conséquent prochainement mis à jour, la fréquence des réactions d’hypersensibilité passant de « très rare » à « rare ».2.

1. Hiprabovis IBR Marker Live - augmentation de l’incidence des réactions de type anaphylactique chez les bovins | Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

2. Hiprabovis IBR Marker Live : augmentation de l’incidence des réactions de type anaphylactique chez des bovins - Le Point Vétérinaire.fr

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