Quels traitements pour la forme nerveuse de la rhinopneumonie ? - La Semaine Vétérinaire n° 1959 du 30/09/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1959 du 30/09/2022

Thérapeutique

FORMATION MIXTE

Auteur(s) :

D’après l’article de Pusterla et al. (2022) Equine Herpesvirus-1 Myeloencephalopathy. Vet Clin Equine, https://doi.org/10.1016/j.cveq.2022.05.006 vetequine.theclinics.com1

Lors de crises de rhinopneumonie forme nerveuse, il est important de différencier les thérapeutiques permettant de prévenir ou en tout cas de minimiser l’extension des dommages à la moelle épinière et celles que l’on peut utiliser une fois que les signes neurologiques sont apparus.

Les stratégies thérapeutiques doivent se concentrer sur différents points : 1) diminuer la charge virale dans les lymphocytes/monocytes lors de la virémie ; 2) réduire l’inflammation ; 3) arrêter les interactions entre les lymphocytes/monocytes/cellules endothéliales ; 4) stabiliser la vascularisation et 5) soutenir la cicatrisation des tissus endommagés.

L’un des mécanismes de la forme neurologique de la rhinopneumonie est la présence de multiples hémorragies de la moelle épinière suite à des thromboses et vasculites. De plus, l’inflammation active la coagulation, ce qui justifie l’utilisation d’anticoagulants.

Cet article a pour objectif de résumer les différentes thérapeutiques possibles, les phases de la maladie où elles sont recommandées et l’évidence de leur efficacité clinique.

Antiviraux

Le valacyclovir et le ganciclovir sont des analogues de l’acide nucléique guanine de l’ADN et interférent avec l’assemblage de l’ADN viral. L’efficacité du valacyclovir a été évaluée dans deux études indépendantes (randomisées, contrôlées par placebo) animales (sur l’infection). La première étude a inclus des poneys shetland de 8 ans. Tous les animaux ont été infectés individuellement avec une forte dose d’une souche EHV-1 neuropathique par instillation nasopharyngée. La moitié des poneys (quatre d’entre eux) a été traitée avec une dose appropriée (basée sur le poids) de valacyclovir. Les poneys ont été suivis pendant 21 jours suivant l’infection. Les signes cliniques, l’excrétion nasale et la virémie ont été surveillés. Les résultats n’ont montré aucune différence entre le groupe traité et groupe placebo. La deuxième étude a inclus des chevaux d’âge adulte, assignés à deux groupes de traitement et un groupe témoin. Basée sur les résultats d’une réaction de polymérisation en chaîne (PCR), cette étude a mis en évidence une excrétion nasale moindre, une ampleur et une durée de virémie plus faibles, ainsi qu’un score de gravité plus faible pour l’ataxie dans les groupes traités, mais une fréquence d’ataxie similaire parmi les trois groupes. Le valacyclovir peut être administré en période de pré-virémie, virémie et post-virémie. Il s’administre à la dose de 30 mg/kg 3 fois par jour, PO pendant deux jours puis 20 mg/kg 2 fois par jour jusqu’à 14 jours. L’administration de valacyclovir semble sans danger. Le ganciclovir est intéressant également mais est très coûteux.

AINS

La virémie est généralement associée à une forte fièvre et, très souvent, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont administrés à différents dosages et différentes durées aux chevaux présentant une forme nerveuse de la rhinopneumonie. Il n’existe pas d’études utilisant un placebo versus un AINS lors d’une infection à EHV-1. Les AINS sont censés abaisser l’état pro-inflammatoire d’un cheval. La plupart des AINS sont également connus pour diminuer l’activation des plaquettes de manière réversible.

Les AINS doivent être considérés comme une option de traitement pendant la phase de virémie. Ils peuvent également améliorer les signes de vascularite.

Les Cox-2 spécifiques peuvent être utilisés à pleine dose pendant les jours de fièvre puis à demi-dose, pendant 3 à 5 jours après la fièvre.

Corticothérapie

La corticothérapie au cours d’une infection à EHV-1 n’a pas été évaluée par une étude contrôlée par placebo. Cependant, les corticostéroïdes sont utilisés à différentes concentrations et au cours de différentes phases d’infection. Ce sont de puissants anti-inflammatoires et immunosuppresseurs. Il faut donc prendre des précautions car l’immunosuppression est un effet secondaire potentiel pendant la virémie et peut avoir un effet sur la dynamique de la réplication virale.

Les corticostéroïdes sont le traitement de choix lors des vascularites. Par conséquent, il est légitime de traiter les chevaux présentant des signes précoces neurologiques. La durée du traitement doit être basée sur une évaluation clinique quotidienne.

On peut utiliser la dexaméthasone en phase de post-virémie à la dose de 0,05 à 0,07 mg/kg une fois par jour pendant 5 jours. Il est fortement recommandé de ne pas combiner ce traitement avec des AINS.

Héparine

La coagulation est activée lors de l’infection à EHV-1, et apparemment davantage lors de la phase virémique. L’inflammation est probablement l’initiateur, car les cytokines pro-inflammatoires activent le facteur tissulaire conduisant à la production de fibrine. De plus, les thrombocytes ou les plaquettes activées participent à la formation de thrombi. Il a été démontré que les plaquettes peuvent être activées in vitro par l’EHV-1. Au cours d’une épidémie naturelle de rhinopneumonie forme nerveuse, des doses d’héparine (500 UI/kg par voie sous-cutanée 2 fois par jour pendant trois jours) ont été administrées à des chevaux fébriles après le dixième jour de l’épidémie. Ces derniers ont présenté une incidence de signes neurologiques plus faible que les chevaux non traités, ce qui indique que l’héparine peut être utile pour la prévention de la myéloencéphalopathie à herpèsvirus équin lors d’une épidémie d’EHV-1.

L’utilisation de l’héparine peut être bénéfique pour la diminution de l’activation plaquettaire et la réduction de la thrombose et de la vascularite de la moelle épinière.

Si l’administration d’héparine est envisagée, elle devrait être limitée aux phases pré-virémiques et virémiques de l’infection. L’héparine non fractionnée (Héparine Choay ou Calciparine) peut être administrée à la dose de 50 UI/L alors que l’héparine de bas poids moléculaire (enoxoparine) peut s’administrer à la dose de 80 UI/kg, par voie sous-cutanée.

Autres traitements

La lidocaïne : une étude a montré que la lidocaïne était efficace pour diminuer l’infection cellulaire. Toutefois, la gestion et la disponibilité du personnel pour la surveillance d’une perfusion à début constant (CRI : continuous rate infusion) de lidocaïne sont des facteurs limitants à l’utilisation de ce médicament. Si on doit l’utiliser, c’est en phase virémique et avec un bolus suivi d’une CRI à une dose de 1,3 mg/kg/min.

L’aspirine : l’utilisation de l’aspirine doit être limitée aux phases pré-virémiques et virémiques. En raison du risque d’hémorragie médullaire, l’aspirine doit être utilisée avec prudence. Elle s’administre à la dose de 5 mg/kg PO toutes les 48 h et pendant une période pouvant aller jusqu’à 10 jours.

Enfin, la vitamine E est couramment utilisée pour le traitement de divers troubles traumatiques, dégénératifs et neurologiques infectieux. Il n’existe pas de preuve scientifique de son efficacité mais il n’existe pas non plus d’effets secondaires. La vitamine E s’administre en phase pré-virémique, virémique et post-virémique à la dose de 1<0x00A0>000 à 20<0x00A0>000 UI PO une fois par jour.

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