Maillage vétérinaire : améliorer l’attractivité des territoires - La Semaine Vétérinaire n° 1958 du 23/09/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1958 du 23/09/2022

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Céline Lardy

Le maillage vétérinaire en zone rurale est un enjeu majeur pour le maintien de l’élevage, le suivi sanitaire et le bien-être animal. Face à la désertification et au désamour des jeunes vétérinaires pour les productions animales, la lutte s’organise.

Le maillage vétérinaire, garant du maintien d’une présence vétérinaire au sein du territoire, est essentiel pour les santés animale et publique. Il s’agit d’un défi majeur pour la profession, les éleveurs, mais aussi pour les différents services de l’État. Afin d’établir un état des lieux de la situation, le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, les représentants de la profession vétérinaire et les organisations professionnelles de l’élevage ont lancé un appel à manifestation d’intérêt pour lutter contre la désertification vétérinaire. Le principe étant de réaliser dans plusieurs territoires volontaires un diagnostic de la situation (évaluation sur le plan qualitatif et quantitatif de l’offre vétérinaire et de la demande des élevages) afin de co-construire un plan d’action adapté. Au départ, six territoires devaient être inclus dans ce dispositif, il y en a finalement 11 (région de Thionville, région Ile-de-France, la Nièvre, l’Yonne, Sarthe, le sud de l’Ardèche, la Haute-Loire, l’Aude, la Dordogne, le Sud de la Vienne, nord du Cher). Selon Jacques Guérin, président de l’Ordre des vétérinaires « nous devrions disposer des différents rapports en temps et en heure par rapport au calendrier fixé, vers mi-septembre. Le rapport de synthèse pourra être présenté lors de la journée nationale vétérinaire fin novembre, la date est encore à confirmer ».

Une analyse des problématiques locales

Dans chacun de ces territoires, une analyse fine est en cours. Celle-ci comprend un travail de cartographie, mais également le sondage des éleveurs et des vétérinaires concernés. Cela permettra de mettre en lumière les problèmes propres à chacun de ces territoires et d’apporter des solutions adaptées et sur mesure. Ainsi, dans la région Ile-de-France, l’un des territoires concernés par ce dispositif, le constat est alarmant : seuls 24 vétérinaires déclarent effectuer des soins sur les animaux de ferme, sur les 2 133 inscrits à l’ordre que compte cette région, alors que 440 élevages professionnels sont répartis sur son ensemble (160 concernant les bovins et une centaine pour les petits ruminants). À cela s’ajoutent 420 détenteurs d‘animaux de ferme : éleveurs professionnels, entreprises, particuliers.

Les apports de la loi Ddadue

Des solutions pourront être apportées par la loi « Ddadue » (diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne en matière économique et financière) du 3<0x00A0>décembre 2020, puisqu’elle offre la possibilité aux collectivités territoriales d’agir sur les déserts vétérinaires, en mettant en place une politique territoriale d’attractivité et de soutien aux praticiens. En contrepartie, une obligation conventionnelle d’installation ou de maintien d’activité dans le territoire peut être demandée. Ce dispositif d’aides aux soins vétérinaires dans les zones rurales est ouvert à toutes les collectivités territoriales, indépendamment de leur participation à cet appel à manifestation.

Des initiatives locales

C’est d’ailleurs ce qu’a proposé le département de l’Isère, de sa propre initiative. Dès novembre 2020, ce département avait demandé une étude sur le maillage vétérinaire en Isère à VetAgro Sup, à laquelle était associée la Direction départementale de la protection des populations (DDPP), le Groupement de défense sanitaire (GDS), la Chambre d’agriculture et l’association Véto 38, qui regroupe 80 % des cabinets vétérinaires exerçant une activité rurale significative. Les conclusions de ce rapport montrent une situation compliquée, tout particulièrement dans le sud de l’Isère et dans les massifs montagneux, et une activité éprouvante. Dans le département, sur les 300 vétérinaires installés, une cinquantaine exerce une activité rurale, dont un tiers à temps plein. Entre 2017 et 2020, leur nombre a diminué de 30 %. En effet, les praticiens qui partent à la retraite ne sont souvent pas remplacés et les jeunes vétérinaires souhaitant s’installer renoncent souvent face aux contraintes des gardes, très fortes.

Isère véto : un dispositif original

Face à ce constat, le département a mis en place le dispositif Isère Véto, afin d’attirer de nouveaux vétérinaires et d’aider au maintien des cabinets déjà en place. Ce dispositif original, adopté à l’unanimité lors de l’assemblée départementale le 24 juin dernier, propose trois volets. Le premier est d’agir au niveau du cursus vétérinaire, en proposant un défraiement de logement pour les stagiaires en élevage ou cabinet à hauteur d’environ 300 euros par mois. Le second consiste en une aide à l’installation, à hauteur de 15<0x00A0>000<0x00A0>euros, en contrepartie d’une activité d’au moins trois ans en productions animales. Enfin, pour aider au maintien des cabinets déjà existants, qui exercent dans des conditions difficiles, le département propose une indemnité kilométrique forfaitaire de 20 centimes par kilomètre. « L’objectif d’Isère Véto est d’attraper les problèmes de tous les côtés pour tout d’abord stopper l’hémorragie : tant au niveau de l’installation des jeunes vétérinaires que du coût de leurs déplacements dans les endroits les plus reculés et difficiles d’accès. Les vétérinaires en milieu rural parcourent en effet 250 000 km par an dans les zones de montagne du département, dans le cadre de leur travail ! » explique Jean Papadopulo, vice-président délégué au laboratoire départemental et à la santé animale.

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