Dyskinésies paroxystiques : un diagnostic d’exclusion - La Semaine Vétérinaire n° 1958 du 23/09/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1958 du 23/09/2022

Neurologie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : par Karin de Lange

Conférencier

Laurent Garosi, diplomate du Collège européen de neurologie vétérinaire (ECVN), praticien à Norfolk (Royaume-Uni).

Article rédigé d’après une présentation faite au congrès de l’Association britannique des vétérinaires pour petits animaux (BSAVA) du 24 au 26 mars à Manchester, au Royaume-Uni.

« La dyskinésie paroxystique est un diagnostic d’exclusion ». Lors de la conférence Bourgelat du dernier congrès de l’Association britannique des vétérinaires pour petits animaux (BSAVA), notre confrère neurologue Laurent Garosi1 a donné une conférence de pointe sur cette maladie insaisissable.

Contractions involontaires soudaines sans perte de conscience

Le terme « paroxystique » indique que les signes se produisent soudainement dans un contexte de normalité. Le terme « dyskinésie » se réfère à un mouvement du corps involontaire, conduisant à des mouvements et/ou postures anormaux. L’animal est souvent courbé, soulevant différentes membres. Fait important, le chien ne perd pas conscience – les animaux réagissent à leur environnement – et ne montre pas de signes autonomes. Les épisodes durent de quelques secondes à quelques heures sans comportement post-ictal. Entre les épisodes, les chiens sont neurologiquement normaux et l’apparition est aussi soudaine que la fin. Il s’agit d’un trouble fonctionnel des ganglions basaux, avec un décalage des informations entre les récepteurs de stress et la fonction motrice. Le diagnostic différentiel inclut une syncope, une hypocalcémie, des crises d’épilepsie partielles, une narcolepsie, une attaque vestibulaire et des lésions nerveuses périphériques.

Exclure les causes métaboliques et cardiovasculaires

Une approche systématique est nécessaire, car il existe plusieurs syndromes paroxystiques non neurologiques, a rappelé notre confrère. Des causes cardiovasculaires par exemple, en particulier si les signes ont une « croissance et décroissance » lente ou s’ils surviennent lors d’excitation physique. Une perte de tonus musculaire peut également indiquer une perte soudaine de l’apport sanguin au cerveau et/ou au muscle. Une autre cause fréquente est l’hypoglycémie métabolique, « par exemple chez un chien nourri une fois par jour le soir, l’ataxie peut survenir en fin d’après-midi ». D’où l’importance d’écarter ces causes. « Rien n’est plus embarrassant que de faire une IRM et de découvrir qu’une bande de glucose aurait suffi ! ». Les séquences vidéo et une anamnèse approfondie sont essentielles.

Exclure ensuite les affections neurologiques

Parmi les événements paroxystiques neurologiques, les crises d’épilepsie sont les plus fréquentes. La plupart sont généralisées : tonico-clonique, avec l’animal qui s’effondre, un mâchouillement et des signes autonomes. Certaines crises sont partielles, moins fréquentes chez les chiens, affectant souvent la face, les animaux mâchouillant ou salivant. « La plupart des crises d’épilepsie surviennent lorsque tout est calme et se produisent sans déclencheur, ce qu’on appelle une “violente tempête en mer calme”. » De telles crises durent généralement quelques minutes et l’animal est inconscient. Elles sont généralement précédées d’une période pré-ictale, l’animal ayant un comportement plus collant ou bizarre – suivis par une période post-ictale. « Celle-ci peut durer plusieurs secondes voire plusieurs heures. »

Une autre forme neurologique est le head tremor syndrome, un tremblement rapide de la tête qui se produit chez les bouledogues jeunes adultes. Lorsqu’il est interrompu, par exemple lorsqu’on l’appelle ou lui propose une friandise, le tremblement s’arrête. L’IRM est normale et aucun traitement n’est nécessaire, car la plupart de ces troubles s’améliorent au fil du temps. Il suffit de rassurer le propriétaire, précise notre confrère.

Les cas de narcolepsie ou de cataplexie sont accompagnés d’une perte soudaine de tonus postural, l’animal s’endormant soudainement à des moments inappropriés.

Ensuite, il existe d’autres syndromes, tels que le fly catching ou (gobage de mouches). « Il n’est pas clair qu’il s’agisse d’un trouble du comportement ou d’une comorbidité épileptique. Essayez d’abord un antidépresseur, puis un antiépileptique. »

Le traitement peut être frustrant

Différentes formes de dyskinésie paroxystique ont été décrites pour plusieurs races. Le syndrome de chute épisodique du cavalier king charles est principalement observé chez des jeunes chiens. Déclenché par l’excitation ou le stress, il se caractérise par une flexion et une hypertonicité exagérées. Un test génétique est disponible. L’administration d’acétazolamide à long terme (4-8 mg/kg toutes les 8-12 h) semble être bénéfique.

Le syndrome des crampes épileptoïdes canines (ou maladie de Spike) est observé chez les border terriers. Les épisodes sont très variables. Ils se caractérisent par un léger tremblement et une hypertonicité. Un lien avec l’hypersensibilité au gluten est suspecté. « Il n’y a pas de test génétique, mais cela vaut la peine d’effectuer un test pour la présence d’anticorps antigluten. Les régimes sans gluten peuvent aider à gérer la maladie, bien que cela puisse prendre plusieurs semaines pour qu’une amélioration soit notée », témoigne notre confrère.

Des formes de dyskinésie paroxystique ont également été décrites chez le labrador et le jack russel terrier. La « crampe du scottish terrier » est un syndrome observé chez les jeunes adultes terriers écossais ou cairn terriers.

La dyskinésie paroxystique peut être extrêmement frustrante à traiter. Hormis lors de syndrome des crampes épileptoïdes ou de chute épisodique, il n’y a pas de traitement connu. « En raison de la fréquence variable des crises, on peut croire que le traitement marche alors que ce n’est pas le cas », souligne Laurent Garosi. Cependant, chez la plupart des jeunes chiens, une amélioration est notée avec le temps, et les épisodes diminueront en fréquence et en durée, voire disparaîtront complètement.

  • 1. Laurent Garosi (T 96) s’est vu remettre le BSAVA Bourgelat Award 2022. « Ses travaux sur les maladies cérébrovasculaires, la classification phénotypique et les caractéristiques cliniques des troubles du mouvement chez le chien ont fait progresser les domaines correspondants », souligne l’association britannique.
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