Petfood et greenwashing : les insectes miroirs aux alouettes - La Semaine Vétérinaire n° 1957 du 13/09/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1957 du 13/09/2022

Nutrition

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Charlotte Devaux

À l’heure ou de plus en plus de propriétaires se préoccupent de l’impact carbone de leurs choix, les croquettes aux insectes se posent en remède de l’éco-anxiété, proposant ni plus ni moins que de sauver la planète. Alors, notre chien sauvera-t-il le monde en gobant des mouches ? Eh bien non.

Si Mr Mondialisation écrit à propos des croquettes Reglo à base d’insecte « un choix qui réduit drastiquement l’empreinte écologique de la nourriture canine »1 c’est forcément que c’est vrai ! Sauf que non… Alors d’où vient cette croyance ?

Les insectes sont écologiques… quand ils sont mangés par les humains

Si l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) recommande bien la consommation d’insectes pour son impact plus faible sur l’environnement, c’est lorsque celle-ci vient en alternative de l’élevage de bétail. Or, aucun animal n’est élevé pour le petfood. L’immense majorité des produits animaux utilisés dans le petfood sont des co-produits, non consommés par les humains pour des raisons culturelles et qui seraient des déchets si le petfood ne les valorisait pas. Le petfood classique est alors déjà vertueux en permettant de recycler des produits non consommés. À l’inverse, le petfood à base d’insectes nécessite une nouvelle filière d’élevage spécialement pour cet usage et qui ne permettra pas de diminuer l’élevage de bétail.

Les insectes aussi polluent la planète

Contrairement à ce qui est présenté par les marques de croquettes aux insectes, ceux-ci sont loin d’être dépourvus d’impact carbone. En Europe, les insectes étant considérés comme des animaux de rente, ils sont soumis au feed ban2 mis en place après la crise de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Cela implique qu’ils ne peuvent être nourris ni avec des déchets de table, ni avec du lisier ou du fumier. Ces produits seraient pourtant des substrats nutritifs et écologiques. Les larves sont donc nourries de la même façon que tout animal de rente par des farines de céréales et des tourteaux de légumineuses. Pour se développer, les larves d’insectes ont besoin d’évoluer dans un environnement d’environ 28 °C. L’énergie nécessaire pour produire cette chaleur sera plus ou moins carbonée selon le pays producteur. Les larves venues de Chine seront probablement chauffées au charbon avec un impact carbone important par rapport à celles issues de France, où le mix énergétique est dominé par le nucléaire. Enfin, le lisier produit par les insectes, appelé frass, nécessite d’être stérilisé avant utilisation, ce qui consommera de nouveau de l’énergie.

Le petfood aux insectes moins écolo que le petfood classique

Pour comparer l’impact environnemental des croquettes aux insectes par rapport aux croquettes classiques, il convient de comparer l’impact carbone des protéines d’insectes par rapport aux protéines animales transformées (PAT) classiquement utilisées dans le petfood. C’est ce qu’ont fait deux chercheurs, Guido Bosch et Kelly Swanson, dans la revue Journal of Insectes as Food and Feed3 en 2020. Le résultat est sans appel. Les PAT ont un impact carbone de 1 à 2 kg d’équivalent carbone par kilo de protéines, quand les insectes ont un impact de 3 à 19 kg selon l’espèce et l’alimentation.

  • 1. urlz.fr/j7za
  • 2. Interdiction des protéines animales transformées en alimentation animale par la Commission européenne 
  • 3. urlz.fr/j7zc
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