Face au mal-être des vétérinaires, la profession doit faire corps ! - La Semaine Vétérinaire n° 1950 du 24/06/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1950 du 24/06/2022

Tribune

COMMUNAUTE VETO

Auteur(s) : Docteur vétérinaire Patrick Govart, président d’IVC Evidensia France

La santé mentale des vétérinaires est un sujet trop important pour que nous nous divisions une fois de plus entre consœurs et confrères. Les résultats d’une étude sur le sujet doivent tous nous obliger. Le constat est inquiétant : 4,7 % des vétérinaires ont déjà tenté de se suicider. Ils sont deux fois plus à risque de suicide que les professionnels de santé humaine et trois à quatre fois plus à risque que la population générale, avec des indices d’épuisement émotionnel très élevés.
Comment expliquer ce mal-être ? Les vétérinaires sont sous pression. Alors que le nombre d’animaux de compagnie n’a jamais été aussi élevé (un foyer sur deux selon les chiffres officiels), nous faisons face à des difficultés de recrutement et une pression administrative toujours plus forte. En parallèle, les progrès de la médecine vétérinaire et les attentes légitimes des propriétaires d’animaux en matière de bien-être animal nous imposent d’être toujours plus performants, de nous former en continu et d’investir pour mieux équiper nos cliniques.

Face à cette situation, plusieurs solutions existent. L’une d’elles – évidemment une parmi d’autres – est le regroupement de cliniques vétérinaires au sein de réseaux. C’est le choix qu’ont fait les 2 500 professionnels qui composent celui que j’ai l’honneur de diriger et, au-delà, les 20 % de vétérinaires français qui ont fait le choix de rejoindre un groupement, dans le strict respect de leur indépendance professionnelle. Quand on prend le temps de les interroger, ils expliquent qu’ils y trouvent des réponses à leurs attentes en matière d’accompagnement, d’investissement et de transmission, à l’instar de nos confrères européens. La mutualisation de la gestion des fonctions administratives et RH leur permettent de consacrer plus de temps à leur mission médicale. Les collaborations entre confrères et consœurs au sein du réseau permettent de dissiper le sentiment d’isolement professionnel, particulièrement en zones rurales. L’aide à l’organisation des gardes permet des horaires plus décents. Enfin, la mise en place de dispositifs de prévention et d’assistance psychologique permet de prévenir et limiter les risques de burn-out. Nous adaptons constamment notre modèle afin de toujours mieux répondre aux besoins du terrain. Je réfute l’analyse simpliste et injustifiée de ceux qui suggèrent qu’une prétendue pression sur la rentabilité accentuerait le mal-être chez les membres des réseaux. Au contraire, ils permettent aux vétérinaires de partager le risque financier et d’investir, au lieu d’engager leur patrimoine personnel.

Pour autant, cette solution n’est pas la seule et certains préféreront trouver par eux-mêmes des remèdes à leurs problèmes. S’il est normal qu’il se fasse l’écho des interrogations légitimes sur ces nouveaux modes d’exercice, l’Ordre doit entendre ces nombreux confrères et leur permettre de travailler sereinement avec les partenaires de leur choix.
À cet égard, je regrette qu’aujourd’hui, en France, autant de vétérinaires doivent exercer avec l’épée de Damoclès d’une possible procédure de radiation, avec tout l’impact psychologique et émotionnel que cela peut avoir. Plus de 150 procédures1 sont en cours sur l’ensemble des groupes : souhaitons-nous vraiment, collectivement, que la profession se coupe un bras ?

Plutôt que de rester bloqués sur une vision nostalgique du métier et de refuser le dialogue, j’appelle l’ensemble des acteurs de la profession – ministère, Conseil national de l’ordre des vétérinaires, syndicats professionnels, groupements et autres – à prendre leurs responsabilités et à se réunir pour travailler ensemble à identifier des solutions collectives à ce mal-être professionnel. Cela passe notamment par l’évolution nécessaire du cadre d’exercice de notre profession, et non par une chasse aux sorcières. N’écartons d’emblée aucune solution et permettons à chaque vétérinaire de vivre sa vocation comme il l’entend afin d’assurer son équilibre personnel, dans le respect des règles. Tous ensemble, faisons corps et soyons à la hauteur pour la santé animale et le bien-être des équipes soignantes !

Bien confraternellement,

  • 1. Estimation d’IVC Evidensia France
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