Castration des porcelets : des protocoles à affiner - La Semaine Vétérinaire n° 1950 du 24/06/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1950 du 24/06/2022

Techniques chirurgicales

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Morgane Remond

D’après des conférences présentées lors des 54es journées de la recherche porcine (1 et 2 février 2022).

La castration à vif des porcelets de moins de 7 jours est interdite depuis le 1er janvier 2022. Désormais, cette pratique est conditionnée au respect d’un protocole associant une prise en charge de la douleur pendant et après castration, à l’aide d’anesthésiques locaux et d’analgésiques systémiques. Deux protocoles de castration ont été définis1 : un associant lidocaïne et un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), l’autre associant le Tri-Solfen® (mélange de deux anesthésiques locaux – lidocaïne et bupivacaïne, d’un antiseptique – cétrimide et d’un vasoconstricteur – adrénaline) et un AINS.

Ces protocoles se sont basés sur les résultats d’essais présentés aux dernières journées de la recherche porcine 2022.

Comparaison entre 5 protocoles anesthésiques

- Méthodologie

Un premier essai2 s’intéresse à cinq protocoles de prise en charge de la douleur et du stress. Les protocoles testés (voir tableau) combinent un anesthésique (local ou général) et un AINS. Un traitement de phytothérapie visant à réduire le stress des animaux est aussi évalué en remplacement de l’AINS. Les essais portent sur les porcelets issus de truies de quatre bandes successives. Au total, environ 360 porcelets sont inclus dans l’essai. L’évaluation des traitements se base sur des indicateurs comportementaux, lésionnels et sanguins.

- Résultats

En préopératoire, il y a significativement moins de porcelets qui crient avec les protocoles Melo/Iso et Melo/Tri par rapport aux autres, mais l’intensité maximale des cris est la même quel que soit le protocole. Tous les porcelets bougent, avec des mouvements plus marqués pour les Lido/PhytoP, Lido/PhytoT et Melo/Lido, par rapport aux Melo/Iso et Melo/Tri.

En per-opératoire, aucun mouvement ni cri n’est observé avec l’anesthésie gazeuse en lien avec la myorelaxation des porcelets. Pour les autres traitements, tous les porcelets crient mais l’intensité est significativement moins élevée pour les protocoles Lido/PhytoT, Melo/Lido et Lido/PhytoP par rapport au groupe contrôle. Le traitement Melo/Tri, ne présente pas de différences significatives en termes d’intensité des cris, il est par contre associé aux porcelets les plus agités, par rapport aux autres protocoles avec anesthésique local et au groupe contrôle.

En post-opératoire, la concentration en cortisol plasmatique est significativement plus élevée pour les porcelets Melo/Iso par rapport aux Melo/Lido et Melo/Tri. Cette augmentation pourrait en partie s’expliquer par des phases d’hypoxémie liées au mélange gazeux. Le traitement Melo/Tri est significativement associé à de mauvaises notes de plaies ; pour les autres traitements, les notes sont intermédiaires. Pour la phase de récupération, les porcelets Lido/PhytoT et Lido/PhytoP sont significativement plus nombreux à être prostrés en post-opératoire immédiat par rapport aux Melo/Iso et sans différence significative par rapport au groupe contrôle ; les porcelets Melo/Lido et Melo/Tri sont moins désynchronisés que les témoins. Cinq heures après, les porcelets témoins sont globalement moins couchés que les traités. Quarante-huit heures après la castration, il n’y a plus aucune différence au niveau comportemental. Aucune différence de croissance n’a été observée.

- Conclusion

Dans cet essai, l’anesthésie gazeuse paraît être la plus efficace au vu des indicateurs comportementaux évalués. Toutefois, cette option n’est pas envisagée en France. Un tel protocole n’assure pas l’analgésie per-opératoire car les gaz halogènes assurent uniquement la myorelaxation mais pas l’analgésie, cette étude rapporte aussi le bémol des phases d’hypoxie gazeuse. Les autres méthodes montrent un intérêt dans la prise en charge de la douleur en per-opératoire en comparaison avec une castration à vif. Une vigilance est à porter sur l’état des plaies qui pourrait s’améliorer avec une meilleure maîtrise technique. L’injection d’AINS montre son intérêt en post-op immédiat mais l’effet s’estompe en quelques heures (<5 heures). L’utilisation de la bombe à froid n’a pas été retenue par les autorités sanitaires, celle-ci pourrait être à l’origine de brûlures et de stress lors de son application. Le traitement de phytothérapie n’a eu qu’un effet limité sur l’état d’agitation des animaux, avec un effet probablement contre-productif lié aux modalités d’administration pré-op.

Étude consacrée au Tri-Solfen®

- Méthodologie

La seconde étude3 a pour but d’évaluer l’efficacité d’un traitement combinant du sucrose, du Tri-Solfen® et du méloxicam par rapport à une utilisation de méloxicam seul. Il s’agit d’un essai randomisé en double aveugle, incluant 100 porcelets divisés en deux groupes : un groupe recevant du Tri-Solfen® (GTri) et un groupe témoin (T). Les porcelets ont été castrés par une même personne. Ceux du GTri ont reçu 3ml de sucrose 30 % per os, puis du spray bleu a été pulvérisé sur les testicules, suivie d’une double incision scrotale et d’une instillation locale de 1 à 2ml de Tri-Solfen® autour des cordons spermatiques et des bords de l’incision. Chaque cordon spermatique a été coupé après 30 secondes d’attente. Les porcelets ont reçu du méloxicam à la fin de la chirurgie. Ceux du groupe T ont reçu uniquement du méloxicam après castration. L’efficacité a été évaluée via des indicateurs comportementaux et les vocalisations des animaux.

- Résultats

En peropératoire, est notée pour le GTri une baisse significative de l’intensité maximale des cris lors de la phase d’extraction des testicules mais pas lors de l’incision scrotale, ainsi qu’une diminution de l’aire sous la courbe au moment de l’incision et pour l’extraction du premier testicule. La réponse motrice nociceptive (NMR) diminue constamment pour ce groupe (régression ordinale).

En post-opératoire, est notée une réduction progressive dans les 2 groupes des comportements douloureux avec un effet positif significatif du protocole GTri sur les 15 premières minutes post-op : dans cette période, 47 % des porcelets GTri montrent au moins un signe de douleur vs 70 % pour le groupe T. Cet effet s’estompe dans le temps, à partir de 40 minutes post-castration, 74 et 79 % des porcelets respectivement GTri et T présentent au moins un signe de douleur (p-value = 0,74). Sur le suivi du retour à la case jusqu’au lendemain soir, les porcelets du groupe GTri présentent moins de comportements de blotissement, prostration et cyphose que les porcelets du groupe T. Toutefois, les démangeaisons (62 % vs 38 %) et mouvements de queue (62 % vs 38 % mais difficilement interprétable) sont plus marqués dans le groupe GTri pouvant suggérer une gêne locale.

- Conclusion

Ces valeurs témoignent de l’efficacité du gel et d’un intérêt de la distribution de sucrose à 30 % pour limiter la douleur peropératoire. En postopératoire par contre, certains effets s’estompent assez rapidement. Ce protocole, proche de celui proposé par les autorités sanitaires (différent par l’injection de l’AINS en post-op et l’utilisation de sucrose) montre l’intérêt d’un raffinement des méthodes de gestion de la douleur, avec une distribution complémentaire de sucrose à 30 % avant l’incision cutanée. Toutefois, cela implique un temps de manipulation supplémentaire pour les éleveurs, il serait donc intéressant de pouvoir évaluer une administration concomitante de sucrose et meloxicam pour optimiser la mise en place du protocole.

  • 2. Courboulay V., et coll. Évaluation de protocoles associant tranquillisation, analgésie et anesthésie lors de la castration des porcelets. 2022. JRP, 54, 275-280.
  • 3. Waret-Szkuta A., et coll. Essai de gestion de la douleur lors de la castration chirurgicale de porcelets mâles associant anesthésie locale et analgésie. 2022. JRP, 54, 357-362.
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