« Les agents des services vétérinaires sont épuisés » - La Semaine Vétérinaire n° 1949 du 17/06/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1949 du 17/06/2022

Épizootie d’IAHP

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Par Tanit Halfon

Avec près de 1 400 foyers domestiques et 16 millions de volailles abattues dans près de 30 départements, l’épizootie 2021-2022 d’influenza aviaire hautement pathogène aura été une crise d’une rare ampleur. Dans ce contexte, de nombreux agents des services publics sont épuisés, alerte le syndicat national des inspecteurs de santé publique vétérinaire.

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Olivier Lapôtre, président du syndicat national des inspecteurs de santé publique vétérinaire, appelle le ministère à apporter un soutien à ses agents mobilisés depuis plusieurs semaines1. Il souligne la nécessité de repenser, à l’avenir, les modalités de gestion de crise.

Comment vont les agents des services vétérinaires ?

Ils sont épuisés, d’autant que les effectifs sont à la base, limités par rapport aux missions de service public qui leur incombent. Nous en avons fait part au ministre par courrier1. Nous avons demandé notamment que les nombreuses heures supplémentaires effectuées soient récupérées ou rétribuées, pour tous les agents ayant été impliqués, y compris en administration centrale. Sur le terrain, en effet, la situation est hétérogène avec des structures qui ont acté la pleine récupération de ces heures, et d’autres pas. De plus, un soutien psychologique individuel voire collectif pourrait être proposé. Il nous a été répondu qu’un complément de primes était envisagé seulement pour les titulaires, mais pas garanti. Quant aux contractuels : pour eux, il y aura une réflexion prochaine sur la revalorisation de leurs grilles de salaire. Il nous a été dit, de plus, que les inspecteurs de santé publique vétérinaire bénéficiaient déjà d’un régime indemnitaire satisfaisant.

Peut-on parler d’échec de gestion de crise ?

Je ne dirais pas cela, car nous avons fait face à une situation inédite, avec cette année des contaminations d’élevages lors des migrations retours, à l’origine de la deuxième vague épizootique dans le Grand Ouest. De plus, sur le terrain, il est clair qu’il y a encore d’importantes marges de progrès en termes de biosécurité, tant au niveau des élevages que des transports d’animaux. Avant le début de l’épizootie, les contrôles menés par les services vétérinaires sur ce point avaient révélé des lacunes de biosécurité dans 25 à 30 % des cas.

Quelles perspectives d’avenir pour les politiques publiques de gestion de crise ?

Il faudra tirer les leçons de cette crise, et nous avons demandé qu’un retour d’expérience englobant l’ensemble de la chaîne opérationnelle, soit fait, suivi d’un plan d’actions. Parmi les leviers qui pourraient être mobilisés, on pourrait imaginer la création d’une réserve d’agents formés à la gestion des crises majeures, et qui seraient mobilisables pendant plusieurs semaines à certaines périodes de l’année. Cela impliquerait aussi une rétribution adaptée. Des améliorations sont aussi à envisager en temps de paix : nous avons, en effet, besoin de monde pour accentuer les contrôles des services vétérinaires en biosécurité. Tout type de profils sont nécessaire, vétérinaires comme ingénieurs et techniciens.

Un rapport attendu du CGAAER

Suite au courrier du syndicat, le ministre a annoncé le lancement d’une mission du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) qui devra analyser la question de l’organisation des services vétérinaires en temps de crise. Les points suivants seront abordés : prévention de l’épuisement des agents et reconnaissance de leur investissement, gestion des horaires plus respectueuse, amélioration du maintien de compétences et de la disponibilité de ressources humaines sur une durée appropriée à de telles crises en administration centrale, en direction régionale et en direction départementale, adéquation missions/moyens et organisation inter-services.

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