L’infection à Capnocytophaga, une zoonose rare mais grave - La Semaine Vétérinaire n° 1949 du 17/06/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1949 du 17/06/2022

Maladie zoonotique

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Tanit Halfon

Cette bactérie commensale de la cavité buccale des chiens et chats peut être transmise lors de morsures et responsable de graves infections. En France, selon une récente étude rétrospective, une quarantaine de cas ont été rapportés en 10 ans.

La morsure d’un chien ou d’un chat n’est jamais anodine. Elle peut être source d’infections zoonotiques, parmi elles l’infection à Capnocytophaga spp., bactéries commensales de la cavité buccale des carnivores domestiques. Plusieurs espèces bactériennes sont incriminées. En France, la maladie reste rare, mais ses conséquences sont souvent très graves, révèle une étude rétrospective multicentrique1 publiée en janvier dernier dans l’European journal of clinical microbiology and infectious diseases (Journal européen de microbiologie clinique et des maladies infectieuses). L’objectif de l’étude était de décrire les cas d’infections à C. canimorsus, cynodegmi et canis, sur une période de 10 ans, entre janvier 2009 et décembre 2018. Il s’agit de la première et seule, étude du genre en France. Les données ont été collectées auprès de 21 laboratoires hospitaliers de France continentale. Quinze des vingt et un laboratoires de dix régions de France ont rapporté au moins un cas d’infection. Au total, 44 cas ont été répertoriés, dont 41 liés à C. canimorsus et trois à C. cynodegmi. Aucun cas à C. canis n’a été enregistré.

Infection associée à des morsures canines

La répartition des cas n’était pas homogène durant la période d’étude : 12 cas entre 2009 et 2013 et 32 cas entre 2014 et 2018, soit 2,5 fois plus de cas entre ces deux périodes en lien probablement avec l’amélioration des techniques d’analyse. Des contacts plus étroits avec les animaux domestiques pourraient aussi expliquer cette hausse. Les patients étaient en majorité âgés, deux tiers d’entre eux avaient plus de 50 ans, et deux fois et demie plus d’hommes que de femmes. Un antécédent de contact avec un animal a été confirmé dans 94 % des cas, mais suivant les patients, entre un à 60 jours avant le début des symptômes. Il s’agissait d’un contact avec un chien dans près de 90 % des cas, sachant que les morsures étaient les plus fréquentes (63 % des contacts avec un chien). Un contact avec un chat n’a été rapporté que dans 12 % des cas (morsures ou léchage). Tous les cas associés à une infection à C. cynodegmi, avaient été précédés d’une morsure (deux chiens et un chat). Pour deux cas, aucun contact avec un animal n’avait été rapporté.

Un tableau clinique potentiellement grave

L’infection peut être grave : un sepsis est rapporté chez 37 patients (88 %), avec une évolution vers un choc septique dans 29 % des cas, pour 21 %, vers une défaillance multisystémique, et pour 21 % vers une coagulation intravasculaire disséminée. Une infection de la peau et des tissus mous a été rapportée pour douze patients (29 %), une méningite pour huit (21 %), une infection ostéo-articulaire pour six (15 %), et une endocardite pour deux (5 %). Il y avait au moins une atteinte cutanée pour plus de la moitié des cas, dont du purpura (15 %) et une nécrose des extrémités distales (17,5 %). Trois patients (8 % des cas) ont été amputés. D’autres signes cliniques ont aussi été décrits de type respiratoire, digestif ou urinaire. Quatre patients sont décédés. Aucun décès n’a été associé à l’infection à C. cynodegmi. In fine, le taux de mortalité était de 11 %, en deux à quatre jours ; la guérison est survenue dans 83 % des cas, sans complications particulières.

Les principaux facteurs de risque identifiés étaient le fait d’être un homme de plus de 50 ans, et de fumer et boire régulièrement. L’alcool en particulier était significativement associé avec un risque plus élevé d’amputation et de méningites, et un taux de mortalité plus élevé. Le diabète sucré, l’utilisation d’immunosuppresseurs et la splénectomie étaient aussi des facteurs de comorbidité.

Antibiothérapie

Comme le rappellent les auteurs de l’étude, l’association amoxicilline-acide clavulanique est le traitement recommandé. Dans l’étude, seuls trois isolats étaient résistants à l’amoxicilline.

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