Les actualités scientifiques en recherche cunicole - La Semaine Vétérinaire n° 1948 du 10/06/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1948 du 10/06/2022

Maladies du lapin d’élevage

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Samuel Boucher

Le 12e congrès mondial de la recherche cunicole1 a été l’occasion de faire le point sur les maladies actuellement présentes en élevage cunicole, et de constater que les changements des modes d’élevage, souvent imposés par la société civile, influent grandement sur le développement de ces maladies.

Retour des parasitoses avec l’élevage au sol

Dans les années 70, l’élevage de lapins s’est rationalisé grâce à l’alimentation de granulés, plus facile à distribuer que du fourrage, grâce au choix de souches américaines prolifiques ayant un rendement de viande élevé et grâce à l’utilisation de logements avec grillage permettant de limiter le contact des animaux avec les fèces et donc avec les parasites intestinaux. Actuellement, on assiste à un rejet sociétal de l’élevage en cages, aboutissant au retour de l’élevage au sol, avec des lapins logés dans des parcs plus ou moins grands, en intérieur ou en extérieur. Cette évolution va de pair avec un retour des parasitoses : des coccidioses mortelles à Eimeria intestinalis ou flavescens, ont été décrites dans plusieurs pays, alors qu'elles avaient complètement disparu des élevages de lapins de chair élevés sur cage à plancher grillagé. Aux Pays Bas, une chercheuse a montré que l’utilisation de logements en parcs était associée à une hausse de la mortalité de 6 à 14 %, les coccidioses figurant parmi les causes. Dans ce contexte, les auteurs sont unanimes sur le besoin de disposer de nouvelles molécules curatives, certaines spécialités plutôt anciennes, comme la robénidine, n’ayant plus d’activité sur les coccidies actuellement présentes en France. À noter que certaines études, dont des françaises, ont décrit l’emploi de produits phytothérapeutiques en élevage ayant permis de faire décroître le taux de coccidies. L’utilisation de la phytothérapie s’inscrit dans la volonté actuelle de la filière de réduire l’usage des intrants médicamenteux, notamment les sulfamides, très mal excrétés par le lapin et sources de résidus dans la viande.

D’autres publications ont révélé aussi le retour de différentes nématodoses, aujourd’hui propres au lapin de garenne. Comme les coccidioses, elles avaient été éradiquées en élevage, avec la rupture des cycles parasitaires grâce aux planchers grillagés. La rotation trop faible des pâturages (deux mois dans le cahier des charges du lapin bio) est apparue comme un facteur favorisant dans le maintien des parasitoses intestinales.

Une étude africaine étudiant le parasitisme des lapins au sol a également montré une recrudescence des ectoparasitoses chez les individus adultes, quand les endoparasitoses étaient plutôt observées chez les jeunes lapins au système immunitaire encore imparfait.

Des approches nouvelles pour la pasteurellose

D’autres travaux de recherche se sont intéressés à la pasteurellose. Cette maladie fait partie des dominantes en élevage cunicole. Seule l’enrofloxacine dispose d’une autorisation de mise sur le marché2 chez le lapin pour lutter contre la maladie, sachant qu’elle figure dans la liste des antibiotiques critiques en France.

Une étude italienne s’est penchée sur la sensibilité à l’enrofloxacine de dix souches de Pasteurella multocida isolées de lapins atteints de pasteurellose. Elle a montré que les doses actuelles de traitement sont assez fortes pour améliorer les signes cliniques en élevage, mais assez faibles pour faciliter la sélection de souches résistantes. L’emploi de doses plus fortes serait toutefois contraire aux bonnes pratiques d’usage du médicament et pourrait entraîner une certaine toxicité. C’est pourquoi les auteurs invitent à se pencher sur la sélection de lapins plus résistants à la maladie.

C’est ce qu’ont fait les équipes toulousaines de l’Inrae, en association avec des structures privées, au travers du projet Relapa. Ils ont d’abord montré que les lapins les plus sensibles ne semblaient pas capables de mettre en place une réponse immunitaire efficace pour contrôler l’infection. Un phénomène inattendu, en revanche, a été que la résistance à la pasteurellose est favorablement corrélée à la résistance à d’autres maladies infectieuses. Les chercheurs ont aussi montré que l’orientation sélective choisie dans cette étude était associée à une plus faible prolificité des lapines issues de pères résistants à P. multocida. Pour les chercheurs, il peut y avoir ainsi un compromis à trouver entre la résistance à la pasteurellose et les performances de reproduction des lapines.

Notons aussi que les travaux de recherche sur la pasteurellose ont montré que les bulles tympaniques pouvaient être un réservoir fréquent des bactéries chez le lapin, les antibiotiques n’arrivant pas toujours à y diffuser.

Des progrès dans la compréhension de RHDV2

Douze ans après la découverte d’un nouveau lagovirus pathogène émergeant en France, depuis appelé RHDV2 pour Rabbit Hemorrhagic disease virus, les chercheurs arrivent enfin à expliquer pourquoi ce virus a réussi, en une décennie, à diffuser dans tous les pays du monde où vivent des lapins et des lièvres. Et à remplacer la majeure partie des variants de RHDV classiques qui y circulaient.

Tout d’abord, les différences génétiques entre le RHDV et le RHDV2, au niveau du gène codant la protéine de capside, sont telles que les lapins immunisés suite à une infection ou à une vaccination contre le RHDV ne sont que très partiellement protégés contre le nouveau génotype, et développent la maladie sous sa forme variante. Ensuite, le RHDV2 a la capacité à infecter les très jeunes lapereaux jusqu’alors plus ou moins résistants jusqu’à six-huit semaines d’âge à une infection par les RHDV classiques. Cela augmente, de fait, considérablement la charge virale environnementale. Enfin, contrairement au RHDV qui n’infecte que le lapin, le RHDV2 infecte aussi de nombreuses espèces de lièvres d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Nord, et les Sylvilagus. La Chine qui ne connaissait jusqu’à présent que le RHDV a décrit pour la première fois une maladie virale hémorragique à RHDV2 en 2020.

Au sujet de l’atteinte des jeunes lapereaux, deux études, l’une italo-espagnole, l’autre franco-italienne, ont cherché à caractériser l’immunité humorale passive transmise par les mères vaccinées à leurs progénitures. Elles ont montré que les anticorps étaient majoritairement transmis pendant la gestation et probablement par des mécanismes transplacentaires. Aussi, les lapereaux ayant le plus fort taux d’anticorps au sevrage provenaient des mères ayant des titres en anticorps les plus élevés et que ces anticorps d’origine maternelle gênaient la prise vaccinale du jeune. Selon les auteurs de ces études, ces résultats montrent l’importance de l’apport du suivi sérologique pour améliorer les pratiques vaccinales. Les premières injections contre les RHDV2 se font aux alentours de 28 à 35 jours et à cet âge le taux d’anticorps maternels résiduels peut gêner la prise vaccinale. Mais retarder la première injection obligerait à laisser une partie des jeunes sans protection. On pratique donc une vaccination précoce et un rappel six semaines plus tard.

Attention au traitement de l’eau

Dans les élevages, l’eau potable est fréquemment traitée avec un désinfectant pour améliorer sa qualité bactériologique. Mais cette eau peut également être utilisée pour administrer des traitements collectifs aux animaux. Une étude française a confirmé l’impact des désinfectants sur la stabilité de certains antibiotiques dans l’eau et a démontré le caractère multifactoriel et complexe de cette stabilité. Dans cet essai, le biocide chloré a eu plus souvent un impact négatif que le peroxyde d’hydrogène.

  • 1. Le congrès s’est tenu à Nantes, du 3 au 5 novembre 2021. Il a lieu tous les quatre ans dans un pays membre de la World Rabbit Scientific Association
  • 2. Baytril 10 % buvable et 2,5 % injectable ; Nyoflox 100 mg/ml ; Enrotron 100 mg/ml
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