André Parodi (A59) nous a quittés - La Semaine Vétérinaire n° 1946 du 27/05/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1946 du 27/05/2022

Hommage

COMMUNAUTE VETO

Auteur(s) : Christophe Degueurce, directeur de l’École nationale vétérinaire d’Alfort

André Laurent Parodi nous a quittés le 15 mai 2022. C’est une grande douleur pour la profession et pour tous. Cet homme engagé, brillant et chaleureux, certaines d’entre nous ont eu le bonheur et privilège de l’avoir comme professeur et directeur de l’EnVA. La Rédaction a apprécié les échanges réguliers, instructifs et aimables avec lui. La Semaine Vétérinaire présente ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

L’EnvA lui doit beaucoup

La disparition brutale du professeur André Parodi est une grande douleur, une perte considérable pour toute notre communauté, la famille vétérinaire, le monde de la recherche, et avant tout ses proches et amis. Sa carrière fut hors norme et les quelques lignes qui suivent ne sauraient rendre compte de l’étendue de ses activités et des responsabilités qu’il a exercées. André Parodi a été diplômé de notre École en 1959, puis a ensuite suivi les cours de l’Institut Pasteur de Paris. Engagé dans une carrière d’enseignant, il avait obtenu en 1965 l’agrégation d’anatomie pathologique, devenant professeur en 1967. C’était un enseignant à nul autre pareil, dont l’éloquence servait une pensée aussi fine que claire. Tous ses élèves se souviennent de ses leçons d’autopsie, de ces moments magistraux où, dans ces conditions si singulières, il démontrait sur le corps, sur les organes, les signes de la maladie et de son stade d’évolution. La description d’une atteinte organique prenait presque des consonances poétiques dans la bouche d’un grand monsieur qui, toujours, retournait à la base du savoir de sa discipline : la description et l’analyse.

Il ne fut pas seulement pédagogue mais aussi chercheur ; à une époque où ce n’était pas commun, il obtenait en 1973 un doctorat, alors de troisième cycle, en cytologie, puis une habilitation en 1984. Ces compétences acquises lui permirent de développer une forte dynamique de recherche dans son service, centrée sur la pathologie des tissus lymphoïdes. Elle anticipait la bascule vers le statut des enseignants-chercheurs qui devait entrer en vigueur en 1992. C’est l’union de la recherche et de la formation qui devait légitimer l’action déterminante qui a été la sienne dans la création et le fonctionnement du collège européen de pathologie vétérinaire, dont il fut le président de 1999 à 2001. Ses compétences, il les exprima dans de très nombreux comités savants, pour la plupart prestigieux, comme le groupe d’experts de l’Organisation mondiale de la santé en charge de la classification des tumeurs animales, ou le groupe d’experts auprès de la Commission européenne pour la leucose bovine, les conseils scientifiques de l’Institut national de la recherche agronomique, du Centre national d’études vétérinaires et alimentaires… et tant d’autres. L’énoncé de ses participations à de telles instances porte à l’humilité.

André Parodi a aussi eu une action institutionnelle forte. Il a dirigé l’École d’Alfort – sa seconde maison – de 1992 à 1998, s’est impliqué dans l’Académie vétérinaire de France, qu’il a présidée, a siégé à l’Académie nationale de médecine, qu’il a présidée en 2012, se plaçant ainsi dans la lignée des quelques vétérinaires qui ont eu à assurer cette fonction. Sa passion pour les relations et les collaborations internationales le portait souvent loin de nos frontières, en particulier dans les pays méditerranéens si chers à son cœur. Cette brillante carrière a été récompensée par un très grand nombre de distinctions, y compris étrangères. Dans la lignée des plus grands, il a été l’un des pionniers d’une approche aujourd’hui généralisée, l’approche « Une Seule Santé », en ayant de cesse de décloisonner les univers, de gommer les frontières, tant géographiques que disciplinaires.

Dans ce moment, nous pensons à son épouse, si présente dans la vie sociale de l’École, à ses deux filles et ses petits-enfants, ainsi qu’à ses collaborateurs, collègues et amis.

Les Alforiens garderont le souvenir d’un homme à la haute stature, d’une élégance permanente, porté spontanément au contact, vous saisissant doucement par le bras pour s’enquérir de vous, de votre santé, de vos projets, se courbant légèrement pour ne pas vous dominer, vous régalant d’anecdotes ou vous questionnant inlassablement pour comprendre et analyser. Un homme bienveillant et chaleureux, un grand monsieur qui a incarné une époque et qui nous manque déjà énormément. L’EnvA lui doit beaucoup.

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