Un premier réseau portugais de surveillance dédié à l’oncologie vétérinaire - La Semaine Vétérinaire n° 1945 du 20/05/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1945 du 20/05/2022

Épidémiologie

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Tanit Halfon

Le réseau, VetOnco-Net, a collecté en 2020 des données sur plus de 10 000 processus tumoraux touchant les chats et chiens. Un premier bilan vient d’être publié.

Le premier réseau national de surveillance épidémiologique en cancérologie vétérinaire, nommé VetOnco-net1, a été lancé au Portugal fin 2019. Porté par l’Université de Porto, son objectif est d’une part de progresser dans la connaissance des cancers touchant les animaux de compagnie afin d’améliorer leur prévention ; d’autre part, d’aider aussi l’oncologie humaine, puisque ces animaux peuvent être de bons modèles pour certains cancers, et d’éventuelles sentinelles de facteurs de risque environnementaux. Trois sources de données alimentent ce nouveau réseau : les établissements de soins vétérinaires, les laboratoires d’analyse vétérinaires et enfin les détenteurs d’animaux de compagnie. À ce stade, seuls 27 cliniques et hôpitaux vétérinaires ont intégré le réseau. Côté laboratoires, par contre, presque toutes les structures du pays (6 sur 9) ont adhéré au projet. Les détenteurs ont accès à une plateforme spécifique, Pet-OncoNet, via laquelle ils peuvent transmettre des informations sur le mode et milieu de vie de leur animal ; ce questionnaire est indépendant des informations envoyées par le vétérinaire, et permet, pour les chercheurs, d’appréhender les principaux facteurs de risque de cancer et de réaliser des études cas/témoins. Au moyen de cette plateforme, les propriétaires d’animaux ont aussi directement accès à Oncowaf2, un site d’information assez complet pour le grand public sur la cancérologie canine.

Des premières données de morphologie et de type tumoral

À ce jour, les données des laboratoires ont permis de collecter des informations relatives à près de 8 500 processus tumoraux, surtout de chiens (80 %) et de chats (19 %). Chez les chiens comme les chats3, les tumeurs les plus fréquentes concernent la peau (50,9 % des tumeurs pour le chien ; 38,7 % pour le chat), puis les glandes mammaires (21,9 % chiens ; 35.5 % chat). En troisième position, on trouve les tumeurs des tissus mous et sous-cutanés pour le chien (7,3 %), et les tumeurs digestives pour le chat (6,1 %). Chez ce dernier, les principaux types tumoraux sont des tumeurs malignes avec en tête le carcinome épidermoïde (11,5 %), l’adénocarcinome tubulaire mammaire (11,4 %) et le lymphome (6,9 %). Le chien, souffre le plus fréquemment de trois tumeurs : le mastocytome (9,4 %), le lipome (5,5 %), et l’adénome complexe mammaire (4,7 %). Presque la moitié des tumeurs se manifestent entre 8 et 11 ans, avec un pic d’incidence à 10 ans.

Des perspectives de recherche

Ces résultats alimentent le « registre oncologique animal ». En parallèle, les données des cliniques vétérinaires alimenteront le « registre oncologique clinique », lequel révèle notamment déjà que les détenteurs sont plutôt enclins à traiter leur animal touché par un processus tumoral, de moins de 30 % à plus de 80 % : toutefois, il ressort que ce sont les traitements chirurgicaux qui prédominent (40,4 %) loin devant les thérapies chimiques (17,4 %). Selon les chercheurs, ce registre pourra aider l’oncologie vétérinaire à progresser vers « une nouvelle ère de dépistage et de prévention ». De plus, cela aidera aussi à imaginer des solutions pour augmenter l’accès au traitement pour les animaux touchés, notamment en comprenant mieux les ressorts associés aux prises de décision d’un détenteur. Interrogés, les chercheurs impliqués ont indiqué leurs prochains axes de travail : d’abord, le développement de codes et modèles pour une meilleure standardisation des données des laboratoires. Ensuite, l’automatisation et la standardisation des remontées des données depuis les logiciels de gestion de clientèle dans les établissements de soins vétérinaires, ce qui permettra probablement d’élargir le réseau de cliniques partenaires. Est souhaitée aussi la création d’une communauté active de détenteurs d’animaux. Les chercheurs visent également la mise en œuvre d’essais cliniques multicentrique avec les partenaires. Enfin, le réseau s’est déjà positionné comme une « biobanque virtuelle » à laquelle peuvent avoir accès les chercheurs ayant besoin de données de cancérologie vétérinaire. Le réseau va s’étendre, avec un partenariat qui est déjà acté avec le Brésil. Des demandes d’informations ont été aussi reçues de la part de l’Allemagne et de la Belgique.

Une initiative internationale

Vet-Onco-net fait partie d’un réseau international de chercheurs qui travaillent dans le domaine de l’oncologie vétérinaire, le Global initiative for veterinary cancer surveillance (GIVCS). Ce réseau est destiné à promouvoir les collaborations entre équipes et pays, et à élaborer des consensus et méthodes standardisées.

  • 2. Ce site a été élaboré par Laetitia Cicchelero, vétérinaire et docteure en immuno-oncologie : https://urlz.fr/ieNi
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