Médicaments et environnement : l’industrie pharmaceutique avance ses recommandations - La Semaine Vétérinaire n° 1945 du 20/05/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1945 du 20/05/2022

Europe

PHARMACIE

Auteur(s) : Michaella Igoho-Moradel

Pour la Fédération des Académies de médecine européennes, la Fédération vétérinaire européenne et la Fédération européenne des industries pharmaceutiques et associations, il est nécessaire d’intégrer l’approche « Une Seule santé » pour répondre aux multiples enjeux environnementaux.

La question de la stratégie industrielle à adopter pour réduire les impacts environnementaux des médicaments se fait prégnante à mesure que le nombre et la densité d’humains et d’animaux nécessitant des soins augmentent. La Fédération des Académies de médecine européennes (Feam), la Fédération vétérinaire européenne (FVE) et la Fédération européenne des industries pharmaceutiques et associations (Efpia), ont dévoilé des recommandations pour limiter les risques de pollution, de la conception à l’élimination en passant par l’utilisation de produits pharmaceutiques. Ces propositions émanent de décideurs politiques, d’universitaires, de représentants de l’industrie pharmaceutique et de la société civile.

Une industrie plus verte

Les organisations européennes préconisent de produire mieux. « L’industrie pharmaceutique peut jouer un rôle majeur en concevant des produits plus respectueux de l’environnement. Par exemple, l’entreprise Mithra a produit des médicaments à base d’estétrol (E4), une hormone naturelle utilisée comme alternative à la version synthétique présente dans des contraceptifs. Les résultats de recherche indiquent que l’E4 induit beaucoup moins d’effets perturbateurs endocriniens sur les organismes aquatiques. Il s’agit donc d’un excellent exemple d’une fabrication plus verte. » Une production plus en phase avec les attentes sociétales et les enjeux environnementaux, qui doit s’accompagner d’une évaluation des risques environnementaux. Cette approche constitue une autre piste de réflexion de l’industrie. Les représentants européens du secteur regrettent en effet qu’aujourd’hui la portée de l’évaluation des risques environnementaux pour les produits pharmaceutiques reste limitée. « Les lignes directrices européennes actuelles n’ont été introduites qu’en 2005 pour les médicaments vétérinaires et en 2006 pour les médicaments à usage humain, et n’ont pas été appliquées rétroactivement. » Ainsi, en Allemagne, par exemple, les données environnementales ne sont disponibles que pour environ 40 % des ingrédients pharmaceutiques détectés dans les eaux de surface.

Une meilleure gestion des déchets

En revanche, la Suède fait office de précurseur dans ce domaine. Le pays nordique a en effet mis en place un système de classification des effets environnementaux des produits pharmaceutiques, élaboré avec les structures de santé et les sociétés pharmaceutiques. Cette classification porte sur une estimation des risques et des dangers. La question de la gestion des déchets doit aussi être mise sur la table. Pour les intervenants, les systèmes existants doivent être améliorés. Les stations d’épuration urbaines ne sont pas conçues pour éliminer les micropolluants. « Augmenter l’efficacité du traitement des eaux usées serait très coûteux et énergivore, mais cela peut être nécessaire sur la base d’une analyse coûts-avantages, au moins dans certains cas comme les usines pharmaceutiques. La Commission européenne espère modifier la législation sur le traitement des eaux usées afin d’inclure un mécanisme qui assure une juste contribution de l’industrie selon le principe du pollueur-payeur » expliquent-ils. Une plus grande transparence et un cadre législatif adapté font partie des solutions avancées par l’industrie. « Plus de 80 % de la fabrication pour couvrir la demande occidentale d’antibiotiques a lieu en Inde et en Chine, pourtant il existe un manque flagrant de transparence dans les chaînes d’approvisionnement » qui rend difficile de tenir pour responsable l’industrie pharmaceutique des émissions de résidus pharmaceutiques pouvant survenir pendant les processus de fabrication.

La sensibilisation et la formation

L’industrie retient la sensibilisation et la formation comme des axes importants pour limiter les impacts environnementaux des médicaments. « La surconsommation de produits pharmaceutiques est une énorme source de gaspillage. Cela peut être considérablement atténué en sensibilisant à la fois le public et les professionnels de la santé à l’utilisation prudente des médicaments. » En ce sens, les contributeurs estiment par exemple que la médecine personnalisée, comme les prescriptions obligatoires, peut « sans aucun doute » contribuer à limiter le gaspillage. « De plus, éduquer les patients sur ce qu’il faut faire de leurs médicaments périmés ou inutilisés, et quand les retourner, serait également utile. Aussi, les patients et les professionnels de la santé devraient être formés afin que le concept “Une Seule santé” soit davantage développé », soulignent-ils. Il s’agit en effet de rappeler que la santé des animaux, des humains et de l’environnement sont interconnectées. « La santé environnementale contribue à préserver la santé publique et la santé animale et inversement », expliquent-ils.

Des déchets d’origine humaine

La Fédération des Académies de médecine européennes, la Fédération vétérinaire européenne et la Fédération européenne des industries pharmaceutiques et associations indiquent partager la préoccupation au sujet de l’impact des médicaments sur l’environnement. Les industriels rappellent toutefois que la grande majorité les substances contenues dans les produits pharmaceutiques ne présentent aucune menace pour la santé humaine ou environnementale. « L’industrie estime que 88 % des déchets pharmaceutiques proviennent de l’excrétion humaine, 10 % proviennent d’une mauvaise utilisation des médicaments et seulement 2 % de la fabrication. Malgré cela, l’industrie est déterminée à éliminer les impacts négatifs des produits pharmaceutiques sur l’environnement et réduire leur empreinte carbone, tout en donnant la priorité à un accès sécurisé aux médicaments vitaux pour tous, grâce à des initiatives telles que l’initiative Eco-Pharmaco-Stewardship, IMI Premier ou encore AMR Industry alliance1. »

1. Ce programme se concentre sur les domaines dans lesquels l’industrie pharmaceutique européenne peut réduire le plus efficacement possible les risques environnementaux potentiels qui pourraient résulter de ses activités.
2. Hiérarchisation et évaluation des risques des médicaments dans l’environnement.
3. Coalition du secteur privé destinée à fournir des solutions durables afin de réduire la résistance aux antimicrobiens, avec plus de 100 sociétés et associations de biotechnologie, de diagnostic, de génériques et de recherche pharmaceutique.

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