Kératoconjonctivite infectieuse bovine : quel traitement ? - La Semaine Vétérinaire n° 1945 du 20/05/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1945 du 20/05/2022

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Jean-Paul Delhom

À l’occasion de la journée vétérinaire bretonne, Didier Deslandes, vétérinaire (29), a fait le point sur la kératoconjonctivite infectieuse (KCIB).

La kératoconjonctivite infectieuse bovine (KCIB) est une affection oculaire rencontrée principalement en été et assez contagieuse au sein d’un lot de bovins. Elle est causée par Moraxella bovis, bactérie à coque Gram négatif, et elle est sensible à la plupart des antibiotiques. Transmise par les mouches en été, cette bactérie est portée de manière asymptomatique par certaines vaches et elle se fixe parfois sur la cornée à la faveur d’un traumatisme ou, au soleil, par l’action des UV.

Une évolution en plusieurs phases

Lors d’une première phase, une hypersécrétion de larmes se produit, puis un ulcère cornéen apparaît. Toutefois, il n’est pas possible d’objectiver ce dernier par la réalisation d’un test à la fluorescéine, car cette molécule est interdite en production. Ensuite, généralement, dans un troisième temps, l’ulcère peut s’étendre et l’animal présente alors une conjonctivite et une forte douleur. L’évolution, en l’absence de traitement, conduit à une cicatrisation, avec ou sans séquelles, ou à l’apparition d’un descemetocèle avec rupture de l’œil et infection. La KCIB se distingue ainsi des infections locales à Listeria, à l’origine de kératoconjonctivites non purulentes, et des ulcères traumatiques (épillets), qui sont plus étendus.

Une antibiothérapie locale

Lors de kératoconjonctivite, il est recommandé d’isoler les animaux porteurs de fortes charges bactériennes et de les protéger de la lumière. De plus, le traitement de choix consiste en la réalisation d’une antibiothérapie par voie locale (économiquement plus rationnelle, utilisation raisonnée des antibiotiques). Ainsi, l’injection sous conjonctivale est plus efficace qu’une injection par voie générale et plus rapide que la chirurgie. En première intention, "l’éleveur peut utiliser la voie topique locale dans les deux yeux mais, étant donné qu’il n’existe aucun produit disposant d’une AMM pour l’espèce, un produit autorisé par une autre voie (pommade intra mammaire) ou ayant une AMM pour une autre espèce (cheval ou chien), ou ayant une AMM pour les bovins dans un Etat membre de l’UE (principe de la cascade), pourra également être utilisé" a indiqué le conférencier. Dans tous les cas, le chloramphénicol est interdit chez les bovins et, même si les formes retards sont à prohiber, de nombreuses molécules efficaces sont utilisables en pratique (oxytétracycline, pénicilline G). En ce qui concerne l’antibiothérapie par voie générale, le seul antibiotique disponible en France disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de la KCIB est la tulathromycine mais son utilisation n’est pas autorisée chez les vaches laitières.

Des traitements et mesures de prévention complémentaires

Pour la gestion de la douleur, l’usage des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) est recommandé pour le bien-être de l’animal et pour limiter la baisse de production ou de croissance. Quant à l’intérêt de l’application répétée d’atropine, il est limité selon le conférencier. En cas d’atteinte sévère de l’œil, il est conseillé, en plus de l’antibiothérapie, de recourir à une chirurgie (suture des paupières – blépharorraphie – ou suture de la membrane nictitante – tarsorraphie). Par ailleurs, en ce qui concerne les mesures de prévention, étant donné que les mouches sont le principal facteur de transmission, il est recommandé de contrôler la population par l’usage de larvicides ou d’adulticides tôt dans la saison et par la mise en place de mesures de propreté de la ferme. Pour les élevages particulièrement touchés, il existe la possibilité de prescrire un autovaccin aux animaux. Enfin, le conférencier a conclu par le constat qu’il existe peu de données sur la KCIB et que la faisabilité des traitements est compliquée sur le terrain en raison de la législation. En cas d’échecs thérapeutiques, selon lui, « il ne faut pas hésiter à réaliser une bactériologie pour identifier les souches responsables et les profils d’antibiorésistance ».

Des délais à respecter

En ce qui concerne les temps d’attente des traitements de la KCIB, s’il existe une préparation avec autorisation de mise sur le marché (AMM) dans l’espèce, un changement de voie d’administration ne modifie pas le délai d’attente. À l’inverse, s’il n’y a pas d’AMM dans l’espèce, soit le produit n’est pas autorisé sur les animaux de production et le temps d’attente sera alors forfaitaire (28 jours pour la viande et abats, 7 jours pour le lait), soit il est autorisé pour une autre espèce et le temps d’attente sera alors multiplié par 1,5.

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