Des laboratoires mobilisés face à la crise en Ukraine - La Semaine Vétérinaire n° 1944 du 13/05/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1944 du 13/05/2022

Solidarité

PHARMACIE

Auteur(s) : Michaella Igoho-Moradel

Depuis le début de la guerre en Ukraine, des entreprises du médicament vétérinaire s’organisent pour apporter leur aide à leurs collaborateurs dans la région ainsi qu’à la population locale. Une façon de participer à l’élan de solidarité sans précédent qui se déploie aux frontières de l’Union européenne.

« Nous lançons un appel à l’aide à l’attention des associations de producteurs de lait et de bétail, également à la profession vétérinaire française » relayait Anna Bondarchuk, représentante de l’Association des producteurs de lait ukrainiens, dans nos colonnes. «  Leurs dons pourront être déchargés à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine dans l’un de nos centres stratégiques de distribution ou directement dans nos camions », expliquait-elle. Face à l’urgence de la crise ukrainienne, des laboratoires pharmaceutiques vétérinaires ont décidé d’agir. Des gants, des masques, des blouses ou encore des sacs de croquettes… autant de dons qui ont été acheminés aux civils ukrainiens. L’autre priorité pour ces laboratoires est protéger leurs collaborateurs dans la région.

La protection des collaborateurs, une priorité absolue

Fin mars, la chambre de commerce international comptait environ 160 filiales françaises en Ukraine. Pour certaines d’entre elles, dont des laboratoires pharmaceutiques vétérinaires, la priorité a été de mettre à l’abri leurs collaborateurs dans la région. Face à l’intensification du conflit, Ceva Santé animale a annoncé vouloir prioritairement protéger ses employés et leurs familles et aider les agriculteurs ukrainiens. « Nous avons pris une série de mesures […] comme un soutien financier et l’organisation de l’hébergement de nos employés et de leurs familles qui souhaitent quitter l’Ukraine, dans les pays voisins et en France. » De son côté, Boehringer Ingelheim s’est engagé à aider ceux qui en ont besoin. « Depuis le début de la guerre, notre priorité a été de soutenir nos 100 collègues et leurs familles en Ukraine. » Une préoccupation aussi pour Zoetis qui indique suivre de près la situation et soutenir ses collaborateurs à mesure que la situation évolue. « Nos équipes locales ont aidé des collègues et des réfugiés à se réinstaller, se déplacer et répondre à d’autres besoins sur le terrain. »

Des dons aux frontières

À leur échelle, des laboratoires participent aux efforts humanitaires en Ukraine pour venir en aide notamment aux vétérinaires ukrainiens. MSD Santé animale a fait don de vaccins aux agriculteurs ukrainiens pour la poursuite de leurs activités. Des collaborateurs de Zoetis installés dans les pays voisins se sont portés volontaires aux frontières pour fournir des services vétérinaires et faire don de produits Zoetis. « Nous faisons don de vaccins et de médicaments Zoetis aux vétérinaires qui aident les réfugiés et leurs animaux de compagnie aux frontières, ainsi qu’aux éleveurs en Ukraine, ce qui sera essentiel pour la santé et le bien-être de ces animaux et pour soutenir la production alimentaire locale » détaille le laboratoire. En France, Virbac, qui n’est pas implanté en Ukraine, s’est joint à l’action lancée par le Dr Huberdeau, vétérinaire de la ménagerie du Jardin des plantes à Paris au Museum national d’histoire naturelle (MNHN). « Il souhaitait organiser une expédition humanitaire avec le soutien du MNHN, de la fondation 30 millions d’amis et de confrères vétérinaires pour livrer du matériel médical vétérinaire (compresses, boîtes de gants, sutures…) ainsi que des aliments. La filiale a fait un don de sacs de croquettes Veterinary HPM pour chiens et chats. » Ces croquettes ont été livrées à Varsovie en Pologne auprès d’un professeur de l’Université vétérinaire. « Ce dernier est chargé d’acheminer la livraison auprès de docteurs vétérinaires de l’université vétérinaire de Lviv en Ukraine pour livrer enfin les refuges ukrainiens. »

Des engagements financiers

Le laboratoire Ceva Santé animale a, quant à lui, fait don de six palettes de petits consommables médicaux (gants, blouses, masques…) qui ont été expédiées dans un convoi affrété par les autorités publiques de la région Nouvelle-Aquitaine. De son côté, Boehringer Ingelheim France a fait un don de 20 000 euros en faveur de l’association Tulipe (Transfert d’urgence de l’industrie pharmaceutique) qui récolte, stocke et gère les dons des entreprises du médicament lors des crises sanitaires mondiales. Une solidarité qui se poursuit auprès d’ONG en action sur le terrain. MSD Santé animale a signé un engagement de 1 million de dollars destiné à des ONG qui fournissent une aide d’urgence aux personnes touchées dans la région. Le 28 mars, le laboratoire indiquait avoir fait des dons en espèces et en produits pour plus de 65 millions de dollars américains. Boehringer Ingelheim a lui aussi fait un don initial de 2,5 millions d’euros auprès des organismes humanitaires. Le laboratoire Virbac a opéré une levée de fonds grâce à la mobilisation de ses collaborateurs. De son côté, la Fondation Zoetis a fait un don initial de 150 000 dollars à la Croix-Rouge. Au total, ce sont des millions d’euros qui ont été donnés par les laboratoires.

Une mobilisation en interne

Des initiatives de collaborateurs sont tout aussi nombreuses. « Nous avons organisé sur les différents sites en France une collecte de produits de première nécessité au profit des réfugiés ukrainiens qui ont été ensuite acheminés vers un centre d’accueil de réfugiés ukrainiens à la frontière polonaise. 30 collaborateurs se sont portés volontaires et ont animé cette collecte en réponse à la forte demande des employés qui souhaitaient témoigner leur soutien et leur solidarité. Au total, 1 400 kg de dons ont été collectés, représentant un volume de 11 palettes. L’équipe distribution s’est mobilisée pour assurer toute la logistique et l’affrètement du camion Ceva pour transporter en Pologne les palettes de produits collectés à la fois à Libourne et dans les campus Ceva Ecat-iD et Ceva Desvac » explique Ceva Santé animale. Chez Boehringer Ingelheim, les collaborateurs ont la possibilité de soutenir, via la plateforme interne « BI Solidaires », l’ONG Médecins du Monde présente dans l’est de l’Ukraine. La mobilisation est la même chez Virbac où des membres de ses équipes ont accueilli des réfugiés ukrainiens à titre personnel.

Soutien à l’Ukraine, comment faire ?

En pleine crise ukrainienne, l’Ordre communique auprès des vétérinaires sur la règlementation concernant notamment l’entrée en France des animaux de compagnie en provenance d’Ukraine ou sur les conditions pour exercer en France. « Une élue du Conseil régional de l’Ordre de Nouvelle-Aquitaine a lancé un recensement auprès des confrères pour connaître les capacités d’accueil des vétérinaires ukrainiens et leurs familles. Dans chaque conseil régional, un élu a été nommé référent Ukraine. Il est un contact si un confrère a besoin de renseignements » explique Marc Veilly, secrétaire général du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires. L’Ordre a aussi informé les vétérinaires des actions de Vétérinaires Pour Tous (VPT). « Le ministère de l’Agriculture a donné son accord afin que les fonds attribués à VPT soient utilisés pour couvrir le coût de la surveillance sanitaire des animaux qui arrivent d’Ukraine et des soins nécessaires. Dans le cadre du dispositif solidarité Ukraine, il y a également eu des discussions avec la fondation Brigitte Bardot, qui prend en charge une partie des frais de soins de ces animaux ». Enfin, toujours selon Marc Veilly, une opération lancée jusqu’au 21 mai en partenariat avec Human society international prévoit la prise en charge des soins aux animaux de compagnie de réfugiés ukrainiens dans la limite de 250 euros par animal et dans une limite de 5 animaux soignés par vétérinaire. Les praticiens ont accès à une plateforme via laquelle ils peuvent obtenir le remboursement des frais de soins, sous 4 à 8 semaines.

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