Vétérinaires pour tous : un premier bilan positif - La Semaine Vétérinaire n° 1943 du 06/05/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1943 du 06/05/2022

Médecine solidaire

ANALYSE GENERALE

Auteur(s) : Tanit Halfon

Relancé il y a un an, le dispositif « Vétérinaires Pour Tous » a déjà fédéré près de 900 structures vétérinaires. Un engagement bénéfique, mais qui demande encore à être renforcé. Le point avec Estelle Prietz, en charge de la coordination de la fédération VPT et Christophe Buhot, directeur administratif de VPT.

En mars 2021, le plan France Relance attribuait 4,5 millions d’euros à la renaissance de l’association de médecine solidaire « Vétérinaires Pour Tous » (VPT). Un an après, les vétérinaires ont-ils répondu à l’appel ? Oui, ont répondu Estelle Prietz, responsable de la commission protection animale au Conseil national de l’Ordre des vétérinaires, et Christophe Buhot, directeur administratif de VPT. À ce jour, il y a près de 900 établissements de soins vétérinaires adhérents, contre un peu plus de 300 début février. Une belle progression, en particulier tout dernièrement avec l’engagement d’une chaîne de cliniques et de ses 250 structures. « La réponse des vétérinaires est progressive avec une forte accélération liée à la crise ukrainienne », souligne Christophe Buhot. En effet, VPT, en partenariat avec la Fondation Brigitte Bardot, prend part au suivi sanitaire des animaux des réfugiés ukrainiens, avec la mobilisation d'une partie des subventions du plan de relance. « Au-delà de l’adhésion des vétérinaires du terrain, la première réussite de VPT a été de pouvoir se structurer au niveau régional », souligne Estelle Prietz. Aujourd’hui, toutes les régions ont leur bureau associatif (excepté en Corse et en Guyane). « Cette structuration, et plus particulièrement la finalisation des dossiers de subventions, a demandé beaucoup de temps et d’énergie, résume-t-elle. Il a aussi fallu former tous les trésoriers des associations régionales, ce qui est un long apprentissage, d’autant que les vétérinaires sont des bénévoles. » Ce temps long de démarrage a été aussi accentué par la crise sanitaire du Covid-19 et le planning surchargé des vétérinaires. Ce qui fait que ce n’est vraiment qu’à partir de début 2022 que la machine a été lancée. « Le secrétariat était prêt depuis mai 2021, mais au départ, il a surtout répondu à des demandes d’information. Il y a eu quand même quelques dossiers traités avant décembre 2021 », indique-t-elle.

Fin avril 2022, environ 280 dossiers avaient déjà été pris en charge, dont dans les 250 pour VPT et près de 30 dans le cadre de l’opération de Solidarité Ukraine, sachant qu’il existe une centaine de demandes d’aide en attente pour l’opération d’aide aux réfugiés ukrainiens. Pour cette opération, l’intégralité des soins vétérinaires est prise en charge. Pour VPT, le principe est qu’un tiers de la facture est pris en charge par le dispositif, un autre par le propriétaire, et le dernier par le vétérinaire, qui fait donc don de ses honoraires. Pour le vétérinaire, il y a un point de vigilance à avoir : la facturation. « Lors de l’adhésion, nous fournissons une mallette pédagogique qui explique tout le fonctionnement de VPT, et notamment les modalités de facturation. Mais l’information a encore beaucoup de mal à passer auprès de nos confrères et consœurs, explique Estelle Prietz. Il faut éditer obligatoirement deux factures pour la même prestation : une facture au nom du propriétaire qui détaille les soins, et la part prise en charge par VPT d’une part et le vétérinaire d’autre part. Et une autre facture au nom de VPT qui précise le nom du propriétaire et le montant dû par l’association. Cette deuxième facture est à associer à un formulaire de consentement signé par le propriétaire, qui donne l’autorisation au vétérinaire de se défaire du secret médical, eu égard aux informations de soins transmises à un tiers via la facture. C’est le principe du tiers payant ».

Les modalités de prise en charge n’ont pas évolué depuis le lancement de VPT : seul un animal – chat, chien, furet – par foyer peut prétendre à une aide, à condition que les propriétaires répondent aux critères d’éligibilité, et que l’animal soit identifié. Dans ces conditions, le seuil des 450 euros de facturation ouvre droit automatiquement à une prise en charge ; au-delà, chaque dossier est étudié au cas par cas. Il n’y a pas de priorisation dans les actes pris en charge, qui peuvent concerner aussi bien les actes d’urgences que le reste. Toutefois, « nous souhaiterions accentuer l’aspect prévention, avec des actions de communication auprès des services sociaux qui pourraient à leur tour sensibiliser sur ce point. Cela permettrait d’éviter l’installation de certains troubles de santé », explique Estelle Prietz.

À noter qu’à ce stade, il a été décidé de ne pas rendre publique la liste des structures adhérentes à VPT pour éviter que les premiers vétérinaires engagés dans le dispositif ne soient éventuellement submergés par les demandes. Les propriétaires d’animaux peuvent être orientés vers des structures proches de chez eux via le secrétariat.

VPT, c’est aussi un dispositif qui vise à rendre accessible les soins vétérinaires aux animaux de personnes sans domicile fixe. Le principe est de proposer des consultations dans des locaux dédiés, en partenariat avec les écoles nationales vétérinaires et ses étudiants. Cet axe de médecine solidaire a commencé par un partenariat avec l’École nationale vétérinaire d’Alfort au Samu Social de Paris, et aujourd’hui, il en existe désormais avec Oniris (Nantes) et l’École nationale vétérinaire de Toulouse. Du côté de VetAgro Sup, l’école était déjà engagée depuis longtemps dans plusieurs dispositifs de médecine solidaire, le dernier en date étant le bus solidaire Balto. Des discussions sont en cours pour élaborer les modalités les plus adaptées de fonctionnement de VPT avec VetAgro Sup. Pour cet axe solidaire, il manque encore des bras.

Et la suite ? Plusieurs réflexions sont en cours pour renforcer les actions de médecine solidaire : ouvrir le dispositif d’aides aux étudiants ; élargir à d’autres territoires les actions de soins pour les animaux de personnes sans domicile fixe ; lancer une campagne de stérilisation et d’identification… Mais la tâche la plus délicate sera de trouver des modalités pérennes de financement. Les fonds de France Relance ont été, en effet, débloqués pour le lancement de VPT, et sur deux années. « Étant donné que la première année a servi surtout à structurer le dispositif, nous souhaiterions pouvoir étendre à une année supplémentaire l’opération VPT dans le cadre de France Relance », explique Christophe Buhot. Ce qui permettra de disposer encore pendant un an de l’enveloppe budgétaire de départ, et de consolider le dispositif, aidant de facto à la recherche de partenaires financiers. « On commence à avoir des discussions avec les collectivités territoriales, et avec des partenaires privés. Mais à ce stade, on ne peut que leur partager des projections de nos besoins », souligne Estelle Prietz. « Pour la pérennité du dispositif, l’idéal serait de pouvoir évoluer vers une fondation reconnue d’utilité publique, ce qui facilite les dons et legs et permet que les abandons d’honoraires soient déductibles des impôts », indique Christophe Buhot. Des dons ont déjà été touchés par l’association.

Les deux soulignent bien qu’il reste encore beaucoup de travail à faire, et surtout en appellent à toutes les bonnes volontés. « Les vétérinaires doivent prendre la mesure de l’opportunité qu’ils ont de faire savoir qu’ils sont la première association de protection animale. Notre travail est essentiel, et complémentaire de toutes les autres associations », conclut Estelle Prietz. Christophe Buhot souligne aussi : « VPT répond à un enjeu sociétal, et est essentiel dans le maintien du lien entre l’Homme et l’animal. »

Les liens utiles

- ww.veterinairespourtous.fr (informations et adhésion)

- http://www.veterinaire.fr/la-medecine-veterinaire-solidaire (mallette pédagogique)

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