Revue sur l’ostéodystrophie hypertrophiante chez le chien - La Semaine Vétérinaire n° 1940 du 15/04/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1940 du 15/04/2022

Immunologie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Tarek Bouzouraa

Une revue de la littérature* relative à l’ostéodystrophie hypertrophiante a pour objectif de réunir et commenter l’ensemble des données relatives à sa présentation clinique, son étiologie, la démarche diagnostique et la prise en charge thérapeutique le plus adaptée.

L’ostéodystrophie hypertrophiante est une atteinte inflammatoire orthopédique, plus fréquemment rencontrée chez les chiots de grande race et de race géante, à croissance rapide, âgés de 2 à 8 mois et sans prédisposition de sexe avérée. Son origine est prioritairement héréditaire (génétique), bien que de potentiels liens avec une maladie de Carré, une vaccination récente ou d’autres atteintes dysimmunitaires aient été suggérés sans preuve suffisante. Les signes cliniques varient d’un syndrome fébrile isolé ou associé à un tableau de boiterie, voire de faiblesse généralisée, jusqu’à la présence d’une polyarthropathie associée à un décubitus et un état de choc. L’examen clinique peut mettre en évidence un œdème articulaire (carpes et tarses), secondaire à une inflammation à point de départ métaphysaire sur les os longs (radius, ulna et tibia principalement). Des complications sont rapportées et incluent notamment un jetage nasal, un épiphora, une pyodermite ou de la diarrhée avec hémochésie.

Seulement 2 à 3 jours après le début des signes cliniques, l’anomalie radiographique principale peut être mise en évidence. Il s’agit de l’apparition d’une ligne radio-transparente qui se surajoute en position proximale à la zone de cartilage métaphysaire, et qui lui est totalement parallèle (voir photo). À ce stade, si les principaux critères épidémio-cliniques sont réunis et en l’absence de complications respiratoires, cutanées ou viscérales, les auteurs estiment qu’il n’est pas nécessaire d’engager une démarche exhaustive visant à exclure toutes les causes infectieuses. Cependant, cette démarche sera indiquée en cas d’autres signes ne pouvant s’expliquer par une ostéodystrophie hypertrophiante.

Lors de signes cliniques discrets (boiterie intermittente, fièvre résolutive sans abattement, ni perte d’appétit), une attitude expectative est recommandée, afin de ne pas exposer un chiot à une médication non-indispensable et à ses effets indésirables, mais également dans le but de garantir une bonne réponse thérapeutique en cas de progression vers une forme plus grave.

Si le chiot présente une progression des signes cliniques (perte d’appétit, inconfort avec des boiteries plus prononcées), une corticothérapie immunosuppressive (prednisolone à 0,75 mg/kg toutes les 12 heures PO), avec des analgésiques en association (tramadol : 3 à 5 mg/kg toutes les 12 heures PO et gabapentine : 10 à 15 mg/kg toutes les 8 à 12 heures PO). Les anti-inflammatoires non stéroïdiens ne semblent pas aussi efficaces. Des antisécrétoires (oméprazole : 1 mg/kg toutes les 12 heures PO) sont recommandés dès lors que la corticothérapie immunosuppressive est instaurée. Une antibiothérapie n’est nécessaire qu’en présence de signes de sepsis et durant l’attente des recherches infectieuses envoyées au laboratoire. Le suivi au domicile consiste à vérifier que le chiot mange et boit correctement de manière à maintenir la couverture de ses besoins. Dans les cas les plus graves, les soins sont initiés en hospitalisation par voie injectable. Une fluidothérapie, voire une réalimentation entérale, est ajoutée aux soins.

Le pronostic, réservé pour les cas les plus graves, est surtout conditionné par la réponse au traitement et à la prise en charge initiale. Les chiots atteints d’une forme modérée pris en charge précocement ont un pronostic relativement favorable avec peu de récidives documentées.

  • * Selman J., Towle Millard H. Hypertrophic osteodystrophy in dogs : diagnosis and treatment [published online ahead of print, 2021 Sep 7]. J Small Anim Pract. 2022 ; 63 (1) : 3-9.
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