Fièvre et manifestations cliniques - La Semaine Vétérinaire n° 1940 du 15/04/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1940 du 15/04/2022

Médecine interne

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Marine Neveux

D’après l’intervention de Jean-Luc Cadoré, dipl. ECVIM-CA, PhD, HDR, professeur à VetAgro Sup, sur les fièvres isolées présentée le 25 novembre 2021 lors des 6es Rencontres du Respe (réseau d’épidémiosurveillance en pathologie équine) à Caen (Calvados).

Les manifestations cliniques des maladies ou infections pouvant être à l’origine d’une fièvre chez le cheval sont très diverses. Leur étude est également assez disparate, comme le montrent les exemples suivants :

- Anaplasmose : des données expérimentales révèlent plusieurs symptômes comme la fièvre, et au-delà des hémorragies, des vascularites. Quelques troubles nerveux sont notés.

- Borréliose : les descriptions d’infection expérimentale sont peu nombreuses, avec de rares cas de neuroborréliose. Les tentatives de reproduction expérimentale se sont révélées peu convaincantes. Des lésions cutanées associées à la borréliose sont parfois décrites.

- Babésiose et theileriose : les études par expérimentation donnent essentiellement des idées sur la conversion sérologique. Des hémolyses sont décrites, mais il y a peu ou pas de description de formes dites subcliniques, ou chroniques, ou associées à des douleurs abdominales.

- Leptospirose : hormis quelques descriptions d’affections rénales chez le tout jeune équidé, il n’y a qu’un petit nombre de papiers dans la littérature sur son expression clinique.

Il conviendra de penser aux maladies respiratoires, aux affections hématologiques, largement dominées par des hémolyses induites par Babesia et Theileria, et parfois aux affections cutanées. Dans un grand nombre de cas, l’infection à Theileria est pérenne. « Mettre en évidence des portions de génome de Theileria chez un cheval n’est pas ce qui va permettre d’affirmer la causalité entre la présence de ce résultat et les symptômes observés », renchérit Jean-Luc Cadoré. Il cite aussi des descriptions, réalisées à Lyon par le professeur Didier Pin et notre consœur Marianne Depecker, d’association entre l’infection à Borrelia et certaines pododermatites qui s’apparentent au pseudolymphome cutané.

Face à une fièvre, même isolée, il convient de ne pas écarter celle de l’anémie infectieuse qui, en primo-infection, ressemble à une crise hémolytique babésienne et à la maladie appelée Shipping fever, ou fièvre des transports, qui est décrite depuis très longtemps et a décimé les chevaux transportés par bateaux pendant la guerre, poursuit Jean-Luc Cadoré, « dans ce cas, autant tomber dans un surdiagnostic car on connaît l’issue de ces pleuropneumonies ».

Enfin, le professeur Cadoré appelle à nouveau à la vigilance sur les diagnostics refuge des maladies vectorielles. Il convient de penser aussi aux inflammations débutantes, notamment péritonéales, éventuellement aux néoplasies, et de connaître le contexte épidémiologique.

Face à un syndrome fébrile, la première chose à faire est de réaliser une courbe de température et de suivre la fièvre, sans forcément intervenir car c’est un bon moyen de défense vis-à-vis de certaines infections. Il faut envisager aussi une NFS et des analyses d’urine. Pour avoir une idée du statut inflammatoire, la mesure de la concentration de la protéine amyloïde sérique est pertinente. Il convient d’envisager le contexte clinique et les considérations médico-économiques.

La question cruciale est : « Est-ce que je traite ou pas ? », si oui « Est-ce que j’administre des AINS ? » (dans tous les cas, ne pas donner d’AIS en première intention en aveugle). « Est-ce que des traitements de soutien sont intéressants ? » Peut-être. Il est ensuite possible de traiter les causes lorsqu’elles sont identifiées.

À retenir

Systématiser la prise de température et l’analyse d’urines.

Ne pas doucher un animal fébrile.

Isoler les chevaux fébriles.

Ne pas incriminer trop rapidement certains pathogènes.

Rester maître de la situation clinique et de la conduite à tenir.

Connaître les causes relatives et les fréquences en se souvenant qu’une maladie rare est rare !

Ne pas soigner des résultats d’investigations paracliniques, mais soigner un cheval malade dans un contexte clinique, toujours singulier, et épidémiologique donné.

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