École privée : du positif pour la formation et la profession ? - La Semaine Vétérinaire n° 1940 du 15/04/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1940 du 15/04/2022

EXPRESSION

Auteur(s) : Tanit Halfon

L’établissement privé UniLaSalle est le premier en France à avoir obtenu un agrément provisoire pour ouvrir un cursus vétérinaire, permettant de préparer au diplôme d’État de vétérinaire. La première promotion d’étudiants est attendue dès septembre 2022, sur le campus de Rouen.

Maxime Christophe (L18)

Praticien rural à Bosc-le-Hard (Seine-Maritime)

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« Une opportunité localement »

À défaut d’avoir obtenu plus de moyens pour nos écoles ou la création d’une 5e école publique, au moins cette école privée permettra-t-elle peut-être de répondre au manque de praticiens constaté sur le terrain. Avec l’avantage que ce cursus privé soit national et devrait donc être contrôlé par les autorités compétentes. Je ne suis toutefois pas convaincu que ce soit une réponse idéale pour améliorer le maillage rural : une sélection par la voie publique repensée et mieux adaptée serait, à mon sens, toujours plus pertinente qu’une sélection “financière”. Pour la profession, en particulier au niveau local, cette école est une bonne opportunité pour se constituer un réseau, étant donné que l’organisation du cursus se fera largement en partenariat avec des professionnels. Dans notre structure, nous sommes prêts à accueillir des étudiants stagiaires, comme nous l’avons toujours fait pour les 4 écoles publiques. Entretenir un lien avec les écoles me semble essentiel pour la formation des étudiants et l’avenir de la profession, et les praticiens doivent y jouer un rôle. Ce modèle de formation clinique, tel qu’il est proposé, m’apparaît toutefois complexe à mettre en place, tant au niveau de l’encadrement des étudiants qu’au niveau logistique.

Caroline Dabas (T93)

Praticienne canine à Langon (Gironde)

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« Une marchandisation de l’éducation »

Cette évolution du modèle de formation vétérinaire n’est absolument pas positive à mes yeux. J’y vois d’abord une rupture d’égalité car, vu le coût élevé du cursus, il sélectionnera les étudiants sur des critères financiers et pas uniquement liés au mérite. Il n’y a, de plus, aucune garantie sur la qualité de l’enseignement. Si effectivement il y a un manque de vétérinaires diplômés en France, pourquoi ne pas avoir créé une 5e école publique ? On assiste ici à une marchandisation de l’éducation, loin du modèle républicain classique. À terme, le risque est d’avoir, de plus, certains corporates qui financent une partie des frais de scolarité d’étudiants, en échange d’années de travail au sein de leur groupe, ce qui pose la question de l’indépendance. De plus, on va aussi se retrouver, comme aux États-Unis, avec des vétérinaires qui vont mettre plusieurs années à rembourser leurs frais de scolarité. Est-ce vraiment un modèle que l’on souhaite pour la formation vétérinaire française ?

Xavier Quentin (A89)

Praticien rural à Saint-James (Manche), président du GTV Normandie

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« Un cursus qui semble prometteur »

Pourquoi n’aurions-nous pas une école privée en France, alors que de tels établissements existent dans d’autres pays, et forment des futurs praticiens français ? Dans ce contexte, pourquoi focaliser les débats uniquement sur UniLaSalle, et ne pas s’interroger sur les autres écoles, tant sur la qualité de l’enseignement qui y est prodigué, que sur le coût des études qui est presque aussi élevé ? Sur ce point, on peut aussi se demander si ce coût et l’emprunt associé ne pourraient pas être un frein à l’érosion largement observée en praticiens, en début de carrière. Dans ma région, en Normandie, les vétérinaires ont été sensibilisés à ce nouveau cursus, et je dois dire qu’il semble prometteur pour les étudiants en matière d’ingénierie pédagogique. Tout un travail est aussi en cours pour avoir un encadrement de qualité pour les stages de terrain et les rotations cliniques. Connaissant, de plus, les établissements d’UniLaSalle, j’ai peu de doute sur la qualité de l’enseignement. Bien entendu, ce cursus ne formera pas uniquement des praticiens ruraux pour satisfaire aux besoins du maillage. Sur ce point, c’est sur l’attractivité des territoires qu’il faut agir, et que nos instances continuent à faire valoir la plus-value des vétérinaires en élevage !

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