Référents en bien-être animal : mieux comprendre leur sensibilisation et leur formation - La Semaine Vétérinaire n° 1939 du 08/04/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1939 du 08/04/2022

Élevage

ANALYSE MIXTE

Auteur(s) : Chantal Béraud

Un référent en bien-être animal (BEA) doit être nommé pour tous les types d’élevage depuis début 2022. En conséquence, un appel d’offres concernant les formations proposées a été lancé, parmi lesquelles figure celle de la chaire de Bien-être animal dont le Pr Luc Mounier est responsable à VetAgro Sup. Il nous livre ses explications et commentaires.

La formation des futurs référents en bien-être animal (BEA) se décompose en deux parties : d’abord un module distanciel commun d’une durée de deux heures, puis une formation labellisée BEA, d’une durée minimale de 7 heures (en distanciel, présentiel ou hybride). Dans un premier temps, la formation n’est obligatoire que pour les élevages de porcs et de volailles, mais un référent doit néanmoins être nommé pour tous les types d’élevage. Seront donc officiellement désignées 470 000 personnes pour les animaux de rente, selon une estimation du ministère de l’Agriculture qui indique également1 que si la formation pour l’heure ne concerne que deux filières, c’est essentiellement pour une raison de coût…

« Le module théorique distanciel de deux heures, qui explique ce qu’est le BEA, m’apparaît comme étant le plus fondamental », commente Luc Mounier, Pr de la chaire BEA au campus vétérinaire de Lyon2. « Parce qu’il doit apporter une meilleure prise de conscience et une compréhension des enjeux, suivies normalement d’un engagement volontaire des acteurs pour améliorer leurs pratiques. En effet, certains agriculteurs font un raccourci entre BEA et santé, ou entre BEA et productivité. Il s’agit donc de mieux leur faire comprendre les perceptions de leurs animaux et comment leurs comportements habituels dans l’exploitation peuvent les influencer, négativement ou positivement. Par exemple, la façon de se déplacer dans l’élevage, la manière de manipuler les animaux tout au long de leur vie sont des notions importantes. Quant aux actes potentiellement douloureux à effectuer, ils peuvent être associés à des sortes de compensations : par exemple, accompagner la manipulation dans une cage de contention par une récompense alimentaire. Cependant, l’agriculteur ne mettra en place ces bonnes pratiques que s’il est convaincu de leur bien-fondé et qu’il comprend aussi que BEA et humain se rejoignent : c’est la notion « gagnant-gagnant » du One Welfare, qui sera elle aussi expliquée en fin de module ».

L’application sur le terrain en revanche n’est pas toujours simple, car reconnaît le Pr Luc Mounier, « il n’existe effectivement pas de solution toute faite. Certains comportements sont faciles à mettre en place, comme d’apprendre à prévenir les animaux quand on rentre dans leur cage, à ne pas crier… En revanche, concernant par exemple l’accès à des parcours en plein air, solution que je défends, c’est souvent plus compliqué à mettre en œuvre en fonction des bâtiments, des surfaces agricoles que l’on peut y consacrer, des normes de biosécurité à respecter, etc. Pour ces raisons notamment, je fais partie des gens qui pensent qu’il faut promouvoir progressivement des améliorations, par une politique de pas à pas… En effet, tout n’est pas transformable du jour au lendemain. Je connais par exemple des éleveurs de dindes qui ont commencé par leur proposer un simple jardin d’hiver, c’est-à-dire une courette extérieure où elles peuvent avoir accès au soleil direct durant quelques heures ».

S’ajoute à cela un autre problème de taille : si le consommateur français interviewé se montre généralement très enclin à cette promotion du BEA, il n’est en revanche pas toujours prêt à payer davantage pour ces transformations positives. « Les faits sont là, rappelle à cet égard Luc Mounier. Par exemple, dans la filière volaille, plus de 40 % des ventes proviennent de l’étranger, où on ne sait pas toujours dans quelles conditions les animaux ont été élevés ». En revanche, constate-t-il également, « actuellement, dans les écoles nationales vétérinaires françaises, les étudiants sont désormais formés de manière scientifique transversale à ces notions d’amélioration du BEA dans l’approche générale, en zootechnie, en médecine, en anesthésie, etc. Quant aux praticiens vétérinaires de terrain, j’espère qu’ils pourront dans un second temps venir en renfort pour les éleveurs, en les aidant à faire la synthèse de ce qu’ils auront appris en formation et en les conseillant sur les actions concrètes à mettre en place ».

La direction d’OCAPIAT apporte des précisions

Quelle place a le vétérinaire dans les formations labellisées par les deux organismes OCAPIAT et VIVEA ?

L’intervention d’un vétérinaire est requise dans le cadre de l’ingénierie de la formation pour la thématique « Prévention et maintien de la santé des animaux » mais il ne sera pas le seul intervenant. Le module de formation lui-même sera construit avec l’appui d’un vétérinaire et non par le seul vétérinaire.

Quelles formations auront suivi les formateurs ?

Le formateur devra avoir les compétences techniques relatives au BEA selon le thème de la formation. Il devra donc lui aussi avoir suivi une formation sur le BEA délivrée par l’un des instituts techniques agricoles définis à l’article D823-1 du Code rural et de la pêche maritime compétent en élevage, la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) ou le service commun de formation et d’accompagnement du réseau des chambres d’agriculture (Résolia).

Formations BEA de 7 h minimum : quatre thématiques retenues

Les formations* auront pour axes : « Approche globale du bien-être animal », « Prévention et maintien de la santé des animaux », « Environnement de l’élevage et lien au bien-être » et « Prévention de la souffrance, des blessures et de leurs conséquences ».

* Lire le contenu des formations dans le cahier des charges (pages 11 et 12) paru dans la Convention de partenariat DGER – DGAL – VIVEA – OCAPIAT, signée le 17/12/2021.

Contenu de la thématique « Prévention et maintien de la santé des animaux »

Elle a été construite avec l’appui d’une personne titulaire d’un diplôme d’État de docteur vétérinaire. Le module de formation aborde la gestion intégrée de la santé : le maintien des animaux en bonne santé, les liens entre alimentation et santé, l’observation alimentaire (méthode Obsalim), la prévention sanitaire, la prophylaxie, les soins préventifs, le repérage et l’identification des maladies des animaux et des individus atteints, ainsi que leur examen.

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