Effet d’un programme de vaccination pré-vêlage sur la survie des veaux laitiers - La Semaine Vétérinaire n° 1938 du 29/03/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1938 du 29/03/2022

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Clothilde Barde

Article (1re partie) rédigé d’après l’article de Viidu D.A., Mõtus K. Implementation of a pre-calving vaccination programme against rotavirus, coronavirus and enterotoxigenic Escherichia coli (F5) and association with dairy calf survival publié dans BMC Vet Res 18, 59 (2022)1.

La diarrhée est l’une des principales causes de mortalité chez les veaux au cours du premier mois de vie2,3,4,5. Elle survient principalement dans les 3 premières semaines, avec un pic de morbidité avant l’âge de deux semaines6,7,8,9. Les agents pathogènes les plus fréquemment retrouvés lors de diarrhée chez les veaux nouveau-nés sont Escherichia coli, le rotavirus bovin, le coronavirus bovin et Cryptosporidium spp.9,10Escherichia coli entérotoxinogène (ETEC) affecte les veaux en première semaine de vie alors que le rotavirus, le coronavirus et Cryptosporidium spp. touchent les animaux âgés de deux à trois semaines8,10,11,12,13.

Les chercheurs ont suggéré qu’au-delà de l’apport d’un colostrum de bonne qualité, un programme de vaccination pré-vêlage (PVP) des veaux contre ces agents pathogènes pourrait permettre d’éviter ce risque. Ainsi, plusieurs études ont permis d’identifier une augmentation des titres en anticorps dans le sérum, dans le colostrum et dans le lait ainsi que dans le sérum des veaux avec la vaccination pré-vêlage de la mère contre l’ETEC, le rotavirus et le coronavirus notamment14,15,16,17,18,19,20. De même, d’autres études ont également permis de démontrer que le PVP est efficace pour réduire l’incidence, la gravité et la durée de la diarrhée et de l’excrétion d’agents pathogènes chez les veaux13,21,22,23. Toutefois, en ce qui concerne l’effet sur la mortalité des veaux, les premières études sur ce sujet ont montré des résultats variables24,25. Par conséquent, pour répondre aux interrogations, l’étude présentée ici s’intéresse à la mise en œuvre d’un programme de vaccination pré-vêlage (PVP) contre le rotavirus bovin, le coronavirus bovin et les entérotoxigènes (antigène F5) au niveau du troupeau de vaches laitières et à l’analyse de l’association entre les différents régimes alimentaires des veaux et leur survie.

Les chercheurs ont comparé les risques de mortalité chez les veaux durant la première année de vaccination (période V +) à la période d’un an qui a précédé la mise en place du programme de vaccination (période V-), en fonction des pratiques de PVP mises en place mais aussi des pratiques alimentaires. Pour cela, 15 exploitations laitières estoniennes qui suivaient un PVP ont été réparties en trois groupes (les utilisateurs complets du programme de vaccination pré-vêlage étendu (CEU), les utilisateurs complets du programme de vaccination pré-vêlage standard (CSU) et les utilisateurs incomplets du programme de vaccination pré-vêlage (USI)). Les données concernant l’année précédant la mise en œuvre du programme de vaccination (période V-) et la première année de vaccination (période V +) ont été collectées et analysées sur chaque troupeau selon le respect du mode d’emploi du vaccin et des pratiques d’alimentation.

Dans la plupart des exploitations (15 %), le colostrum a été donné aux veaux dans les deux premières heures après la naissance, et la quantité minimale de colostrum distribuée variait de 2 à 4 litres. La durée pendant laquelle les veaux ont reçu du lait de transition (TM) hyperimmun issu de vaches vaccinées variait de 1 à 90 jours. Six fermes n’ont nourri les veaux de TM qu’au cours des 14 premiers jours, tandis que les autres exploitations ont combiné différents types d’aliments au cours de cette période. Dans tous les troupeaux de l’étude, la vaccination avant le vêlage a été effectuée 3 à 12 semaines avant la date prévue du vêlage (RCP) soit avec Rotavec Corona (RC) 26 seul, soit avec Bovigen Scour (BS) 27 seul, ou avec les deux. De plus, quatre fermes n’ont pas vacciné leurs génisses gravides et parmi celles-ci, une seule n’a pas donné le lait de ses vaches aux veaux. En fonction de la procédure de vaccination et des pratiques d’alimentation mises en place par les éleveurs, six troupeaux répondaient aux exigences de l’UEC, quatre ont été classés comme CSU et trois comme USI parmi les 15 de l'étude.

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