Antimicrobiens interdits en médecine vétérinaire : l’EMA rend son avis - La Semaine Vétérinaire n° 1936 du 15/03/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1936 du 15/03/2022

Législation

PHARMACIE

Auteur(s) : Céline Gaillard-Lardy

L’avis de l’Agence européenne du médicament (EMA), fondé sur une évaluation scientifique des antimicrobiens, garantit la disponibilité des substances importantes en médecine vétérinaire.

Après une longue attente, le Comité produits médicamenteux vétérinaire (CVMP) de l’Agence européenne du médicament (EMA) a rendu son avis concernant les antimicrobiens à réserver au traitement de certaines infections chez l’homme. La profession vétérinaire, par la voix de la Fédération des vétérinaires européens (FVE), se réjouit de cette « évaluation scientifique qui met pleinement en avant l’approche One Health ». Selon eux, cet avis « garantit la disponibilité de toutes les substances importantes pour la médecine vétérinaire, y compris les céphalosporines de 3e et 4e générations, les polymyxines et la colistine, les macrolides et les fluoroquinolones ».

Cet avis avait été demandé par la Commission européenne afin d’adopter un acte d’exécution, conformément à l’article 37 du règlement 2019/6 relatif aux médicaments vétérinaires. Un groupe d’experts européens, de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), de l’Agence européenne du médicament (EMA) et d’experts externes sur les maladies infectieuses humaines, déjà à l’origine d’un précédent avis pour l’établissement des critères de désignation des antimicrobiens à réserver à l’homme, a été constitué. Des experts de la Société européenne de microbiologie clinique et des maladies infectieuses (ESCMID) et des autorités nationales ont également participé à cette réflexion.

Trois principaux critères ont été utilisés pour cette évaluation : l’importance de l’antimicrobien en santé humaine, le risque de transmission de résistance aux antimicrobiens de l’animal à l’homme (incluant les résistances croisées ou la co-sélection de résistances à d’autres antimicrobiens cruciaux) et le besoin non essentiel de ces antimicrobiens en santé animale, c’est-à-dire pour lesquels l’absence en médecine vétérinaire n’aurait pas d’impact significatif sur la santé et le bien-être animal ou la santé publique. Les antimicrobiens répondant à ces trois critères ont été réservés à la médecine humaine.

Concernant les antibiotiques, sont ainsi recommandés pour un usage humain seulement les carboxypénicillines et uréidopénicillines (incluant les combinaisons avec les inhibiteurs de bêta-lactamase), le ceftobiprole et la ceftaroline, les combinaisons de céphalosporines et bêta-lactamases, les céphalosporines sidérophores (par exemple, le céfidérocol), les carbapénèmes (incluant leur association avec les bêta-lactamases), les monocactames, les dérivés de l’acide phosphonique, les glycopeptides, les lipopeptides, les oxazolidinones, les macrocycles, la plazomicine, les glycylcyclines, l’éravacycline et l’omadacycline.

Concernant les antiviraux, sont recommandés pour une interdiction en usage vétérinaire l’amantadine, le baloxavir marboxil, le celgosivir, le favipiravir, le galidesivir, la lactimidomycine, le laninamivir, la métisazone, le molnupiravir, le nitazoxanide (qui est également un anti-protozoaire), l’oseltamivir, le peramivir, la ribavirine, la rimantadine, le tizoxanide, la triazavirine, l’umifénovir et le zanamivir.

Aucun antifongique n’est recommandé dans cette catégorie, et un seul antiprotozoaire (également antiviral), le nitazoxanide, fait partie de cette liste.

Le comité émet également des nuances. Ainsi, le cas particulier du traitement des espèces menacées, lorsqu’elles sont gardées pour la conservation, doit être étudié, en raison de leur faible contact avec les humains et des enjeux pour leur survie.

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