Réalimentation des tortues en hospitalisation - La Semaine Vétérinaire n° 1935 du 08/03/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1935 du 08/03/2022

Médecine des Nac

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Amandine Clément

Conférencier

Sylvain Larrat, dipl. ACZM, praticien à Auray, dans le Morbihan.

Article rédigé d’après une conférence présentée au congrès de l’Afvac, qui s’est déroulé à Bordeaux en novembre 2021.

L’hospitalisation inhibe en général l’alimentation spontanée chez la tortue malade et/ou stressée. Pour cet animal poïkilotherme au métabolisme plus lent que les mammifères, la prise en charge de l’anorexie est importante. Elle devra être investiguée au-delà de 7 à 10 jours et au cas par cas. Pour favoriser une alimentation spontanée, il est opportun de proposer des aliments adaptés à l’espèce et au stade physiologique. Les tortues aquatiques ont besoin d’être immergées pour manger. Les tortues terrestres mangent volontiers des végétaux frais diversifiés (feuilles = 75 à 95 % de l’alimentation : herbe, trèfle, persil, fanes de carottes, etc. ; légumes = 5 à 15 % de l’alimentation : brocoli, betterave, carotte, courge, etc.).

Lors d’anorexie récalcitrante, un gavage doit être initié via une sonde (souple, rigide métallique ou d’œsophagostomie). Par ailleurs, l’animal doit être correctement réhydraté1 et placé dans sa zone de température optimale (ZTO). L’aisance lors de la contention d’une tortue est très variable et dépend de son espèce et de son caractère. En règle générale, les tortues aquatiques, plus agressives, sont plus faciles à gaver que les tortues terrestres qui ont tendance à rentrer leur tête et se cacher sous leur carapace. Une contention coercitive est très stressante et devrait être évitée.

Le candidat au gavage forcé doit présenter un bon niveau de conscience et doit être correctement hydraté et réchauffé au préalable. Le passage de la sonde nécessite l’ouverture du bec qui peut être effectuée à l’aide d’une carte bancaire en la glissant entre ses deux parties. La sonde est soit souple (attention la tortue peut la couper avec son bec), soit métallique (donc rigide). La mesure de la longueur de sonde est importante pour atteindre l’estomac : il s’agit de la longueur entre la bouche et le premier croisement de lignes visibles sur le plastron (face ventrale) de la tortue. Le praticien doit visualiser la cavité orale lors du gavage. Ce dernier doit être interrompu si l’aliment reflue dans l’œsophage. Dans ce cas, soit le volume est trop important, soit la sonde est trop rostrale. Il est alors possible de la repousser dans l’estomac pour poursuivre le gavage.

L’aliment utilisé doit être suffisamment liquide afin de ne pas boucher la sonde. Par exemple, les aliments de la marque Emeraid doivent être plus dilués que ce que mentionne la notice : préparer 1 volume de poudre pour 2 volumes d’eau. Le volume de réalimentation est estimé entre 10 et 15 ml/kg/jour. Lorsque l’animal est débilité, commencer par 5 ml/kg le premier jour puis augmenter progressivement par pallier de 5ml/kg supplémentaire.

La distribution a lieu en une fois, de préférence en milieu de matinée lorsque la température corporelle de l’animal est la plus élevée, ce qui facilite la digestion.

La pose d’une sonde d’œsophagostomie est envisagée pour une durée de plus de 15 jours afin d’initier la formation d’un bon tissu cicatriciel entre l’ouverture du cou et l’œsophage (tunnélisation du foyer). Elle doit être replacée si elle n’a pas tenu si longtemps. Le choix se porte sur le plus gros diamètre possible, soit le même que pour une sonde utilisée chez le chat ou le chien.

Protocole :

- Mesure de la longueur de sonde jusqu’à l’estomac : distance entre la bouche et le premier croisement de lignes visibles sur le plastron de la tortue (voir photo 1).

- Préparation : un nettoyage de la tortue (douche) est nécessaire car elle n’est pas propre en surface.

- Sédation/anesthésie fixe (alfaxalone 9-15 mg/kg par voie intramusculaire ou 5-9 mg/kg par voie intraveineuse en descendant à 4 mg/kg dans les deux cas si l’animal est en déséquilibre métabolique). À noter que l’alfaxalone semble mortelle lorsqu’elle est injectée en intramédullaire, par accident, au lieu d’être injectée dans le sinus veineux cervical paravertébral. Une anesthésie locale est aussi indiquée (lidocaïne 2 à 4 mg/kg par voie intramusculaire).

- Ponction à la lame froide sur clamp courbe ou canule effectuée en face latérale du cou en évitant les veines jugulaires localisées à 3 h et 9 h par rapport à la tête de la tortue (voir photo 2). Une source de lumière peut être placée dans la bouche afin de les visualiser.

- Insertion classique rétrograde par la bouche, puis courbure en direction de l’estomac jusqu’à la marque faite au stylo sur la sonde (voir photo 3).

- Fixation de la sonde sur le côté du cou à l’aide d’un lacet chinois sécurisé avec de la colle chirurgicale.

- Maintien de la zone sèche et propre.

Lors du gavage, une régurgitation peut être observée si le transit n’est pas encore en place. Il convient alors de placer la tortue la tête en bas et de procéder au nettoyage du bec.

S’il s’avère que la sonde est bouchée, il est préférable de tenter de la dégager en appliquant une surpression avec de l’eau plutôt qu’avec du coca-cola comme cela est parfois fait chez les carnivores domestiques. Si la manipulation échoue, la sonde doit être remplacée.

  • 1. Les bains d’eau tiède stimulent la consommation spontanée d’eau. Cette dernière est aussi absorbée de façon passive par le cloaque.
  • À noter : la formule L3 x 0.191 (avec L la longueur de la dossière d’avant en arrière, en cm) donne une indication de la masse théorique de l’animal (pour une tortue du genre testudo).
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