Maladie d’Aujeszky : les chasseurs réclament un vaccin spécifique au chien - La Semaine Vétérinaire n° 1935 du 08/03/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1935 du 08/03/2022

Maladie réglementée

ANALYSE CANINE

Auteur(s) : Par Mylène Panizo

Plusieurs directions départementales de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) ont été alertées récemment concernant des cas de maladie d’Aujeszky chez des chiens de chasse. Bien que rare, cette maladie préoccupe les chasseurs, qui plébiscitent de plus en plus la mise au point d’un vaccin adapté à l’espèce canine.

La maladie d’Aujeszky serait-elle en train de faire des ravages dans la population de chiens de chasse ? Plusieurs DDCSPP ont en effet été alertées tandis que la presse régionale s’est fait l’écho cet hiver de plusieurs décès dus à la maladie dans les départements de l’Eure (Normandie) et de la Haute-Marne (Grand-Est), inquiétant les chasseurs sur une possible augmentation des cas ces prochaines années. « Le nombre de demandes de diagnostic a fortement augmenté ces six dernières années, avec, en moyenne, une vingtaine de diagnostics réalisés annuellement de 2016 à 2020, contre une dizaine les années précédentes. En 2021, la demande s’est accentuée avec 50 requêtes, dont 44 ont pu être confirmées comme étant la maladie d’Aujeszky », précise Marie-Frédérique Le Potier, cheffe de l’unité de virologie et d’immunologie porcines du laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort (laboratoire national de référence [LNR] pour la maladie d’Aujeszky). Pourtant, il n’y a pas de quoi conclure à une recrudescence de la maladie. « L’augmentation des demandes de diagnostic est probablement reliée à une plus forte sensibilisation des chasseurs et des vétérinaires. De plus, cette recrudescence apparente ne reflète pas forcément une augmentation de prévalence du virus au sein des populations de sangliers sauvages », souligne l’experte. Cependant, il n’existe pas de données récentes. La dernière enquête sérologique menée sur cette population remonte au début des années 2000. Elle faisait alors état d’une séroprévalence comprise entre 10 à 30 % selon les régions. Le virus de la maladie d’Aujeszky est détecté un peu partout où la densité de sangliers est importante. En 2021, la majorité des cas confirmés par le LNR de Ploufragan provenait de la région Grand-Est.

En raison du statut indemne de la France continentale en élevages porcins, la vaccination des suidés contre la maladie d’Aujeszky est aujourd’hui interdite. Il n’existe pas de vaccin disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les chiens. Il est cependant possible de vacciner ceux participant à la chasse au sanglier avec un vaccin hors AMM, dans le cadre de la cascade, comme l’a rappelé l’Ordre dans sa newsletter de janvier 2022. Seul le vaccin inactivé Auskipra BK, destiné aux porcs, truies et sangliers, développé par le laboratoire espagnol Hipra, dispose d’une autorisation temporaire d’utilisation délivrée par l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) pour être utilisé chez le chien. Tout vétérinaire peut commander directement les doses nécessaires auprès du laboratoire. Il doit tenir un registre consignant l’identification de l’animal et les coordonnées du propriétaire afin de pouvoir justifier de l’utilisation des doses commandées. Il n’existe à ce jour aucune donnée sur l’efficacité et l’innocuité de ce vaccin chez le chien. En l’absence de validation scientifique, le protocole conseillé est de réaliser deux injections à trois semaines d’intervalle, puis un rappel 6 mois plus tard.

Dans l’Aube, à l’initiative conjointe de la Fédération départementale des chasseurs et du Groupement technique vétérinaire, une première campagne de vaccination à grande échelle des chiens de chasse a démarré à l’automne 2021 dans le département. Une étude scientifique en cours s’appuie sur les données de cette campagne de vaccination. Elle est menée en collaboration avec la Fédération des chasseurs de l’Aube, la Fédération nationale de la chasse, l’École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation de Nantes-Atlantique Oniris, et le LNR de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) de Ploufragan. L’objectif est d’établir une corrélation entre la séroconversion et la protection, et de collecter des données sur les effets secondaires éventuels de ce vaccin chez le chien. Cent cinquante-sept chiens ont déjà été inclus dans l’étude, et seront suivis tout au long de deux saisons de chasse successives. Les résultats sont attendus dans deux ans.

La fédération des chasseurs de Haute-Marne a lancé un appel national début février pour le développement d’un vaccin spécifiquement canin contre la maladie d’Aujeszky, car des chiens morts de la maladie avaient reçu le vaccin porcin. Elle propose de financer une partie de la recherche en augmentant d’1 euro le permis de chasse, ce qui permettrait de récolter plus d’un million d’euros par an. Marie-Frédérique Le Potier est réservée sur le sujet : « À l’issue de l’étude en cours, nous aurons une meilleure connaissance de l’innocuité et de l’efficacité du vaccin porcin. Pour constituer un dossier d’AMM, il faudrait pouvoir tester l’efficacité du vaccin sur le chien, espèce cible, ce qui n’est pas sans poser de problèmes éthiques, vu la pathogénie induite chez le chien et son issue fatale. Il faut également pouvoir impliquer un laboratoire pharmaceutique ».

Une déclaration obligatoire

La maladie d’Aujeszky est due à un herpèsvirus dont les suidés constituent le seul réservoir. En France continentale, l’élevage des porcs et des sangliers domestiques est officiellement indemne de cette maladie, mais le virus circule chez les sangliers sauvages. Elle peut affecter d’autres espèces, dont les chiens de chasse, qui sont particulièrement exposés. Il s’agit d’une maladie à déclaration obligatoire chez les suidés mais aussi chez les chiens. Elle n’est pas transmissible à l’humain.

La maladie d’Aujeszky, ou « pseudo-rage », chez le chien

- Modes de contamination : les chiens se contaminent principalement par l’ingestion de viscères crus de sangliers contaminés. Le temps d’incubation est de deux à six jours.

- Symptômes : le virus provoque une encéphalomyélite qui se traduit par la présence soudaine de signes nerveux (abattement, inquiétude, nervosité, agressivité), fièvre, puis l’apparition fréquente d’un prurit intense compulsif (particulièrement au niveau de la face) allant jusqu’à l’automutilation. Les symptômes évoluent ensuite vers des troubles de la déglutition et une hypersalivation, puis vers une parésie, une paraplégie, ainsi que des troubles respiratoires. L’animal meurt inéluctablement dans les 24 à 48 heures après l’apparition des premiers signes cliniques.

- Conduite à tenir : il n’existe pas de traitement. En raison des symptômes similaires, il convient d’envisager systématiquement une rage. L’animal doit donc être manipulé avec vigilance et être isolé. Le reste du diagnostic différentiel prend en compte les intoxications par des insecticides, le botulisme et la maladie de Carré. Le vétérinaire confronté à une suspicion de maladie d’Aujeszky chez le chien doit prendre contact avec la DDCSPP du département de résidence du propriétaire du chien qui confirmera ou non la suspicion. L’animal est alors généralement euthanasié. La note de service DGAL/SDSPA/N2013-8011 du 15 janvier 2013 précise les organes à prélever (cerveau, amygdales, moelle épinière). Le laboratoire vétérinaire départemental réalise en général ces prélèvements. Il prépare deux aliquots dont l’un est adressé à l’Anses de Nancy, ou à l’Institut Pasteur de Paris (si l’animal a mordu une personne) pour lever une suspicion de rage. Si le résultat est effectivement négatif, le deuxième aliquot est analysé au LNR de Ploufragan pour établir un diagnostic virologique de la maladie d’Aujeszky.

- Prévention : il est nécessaire de recommander aux chasseurs d’éviter le contact de leurs chiens avec les sangliers (vivants ou leurs carcasses) et de ne pas donner de la viande ou des abats crus provenant de ces animaux.

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