Les coccidioses chez la poule : un diagnostic pas toujours facile - La Semaine Vétérinaire n° 1931 du 08/02/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1931 du 08/02/2022

Maladies aviaires

FORMATION MIXTE

Auteur(s) : Karim Adjou, professeur de pathologie des animaux de production à l'École nationale vétérinaire d'Alfort

Cet article est le premier d’une série de deux articles.

Fréquentes en élevages, les coccidioses aviaires sont provoquées par différentes espèces de protozoaires intracellulaires du genre Eimeria touchant surtout le tractus digestif. Suivant l’espèce, les parasites colonisent une région particulière du tube digestif, avec une localisation plus ou moins superficielle. Les coccidies sont éliminées dans les fientes sous forme d’oocystes qui vont être transformés et ingérés par des hôtes sensibles. Les oocystes sont très résistants dans le milieu extérieur et à la majorité des désinfectants. Ils sont très résistants sur le sol surtout après sporulation, du fait de la protection par l’enveloppe oocystale et la paroi des sporocystes. En milieu humide, ils conservent leur longévité pendant plusieurs mois à des températures comprises entre 5°C et 25°C. Leur survie est beaucoup plus faible en milieu sec où ils ne résistent pas plus de trois à quatre jours. Les coccidies sont ubiquitaires dans l’environnement.

L’une des caractéristiques des coccidies est leur spécificité d’hôte. Celles qui touchent les oiseaux sont différentes de celles des autres espèces animales. Généralement, l’animal tolère bien le parasite en charge modérée, mais tous les facteurs d’immunosuppression sont favorables à l’expression de la maladie. Les dommages induits sont mécaniques et se situent surtout au niveau des intestins.

Les signes cliniques varient selon les espèces de coccidies impliquées (localisations différentes), la dose infectante, l’âge, les lésions intestinales, la présence d’autres agents pathogènes et l’état d’immunité de la poule. Les coccidies les moins pathogènes peuvent induire uniquement un amaigrissement associé à un retard de croissance voire même une forme inapparente. Les jeunes oiseaux sont plus sensibles, surtout les poulets de chair de 3 à 6 semaines et les poulettes. Cependant, la pathologie peut survenir à n’importe quel âge en complication d’une autre affection.

La perte de poids est l’un des signes les plus répandus lors de coccidiose. En fonction de l’Eimeria spp. en cause et de la gravité de l’infection, une diarrhée mucoïde ou hémorragique peut être observée, avec un aspect chétif des oiseaux. Une chute de ponte peut être aussi constatée. Bien que le diagnostic clinique ne soit pas facile, les lésions sont bien marquées et peuvent être caractéristiques. Habituellement, elles sont gradées à l’autopsie de +1 (léger) à + 4 (sévère). Le diagnostic se fait par grattage de la muqueuse intestinale à différents endroits et observation des coccidies au microscope entre lame et lamelle. Lors du diagnostic de coccidiose, le principal problème pour le praticien consiste surtout à établir si la coccidiose est la cause primaire de l’entérite ou la conséquence d’une autre maladie.

À chaque espèce de coccidie sont associées des lésions macroscopiques :

- Eimeria tenella : elle est fortement pathogène et elle est la mieux connue car les lésions sont localisées dans les caeca remplis de sang et facilement reconnaissables. Une typhlite caractéristique est observée. Les pertes sont spectaculaires chez la poule (mortalité souvent élevée).

- Eimeria necatrix : elle est peu fréquente mais très pathogène. Du sang et du mucus sont visibles à l’ouverture de l’intestin distendu.

- Eimeria acervulina : elle est modérément pathogène. Les lésions sont situées dans l’intestin grêle, surtout au niveau du duodénum. Elles sont dues à une atrophie des villosités et à une hyperplasie de la lamina propria. Les traînées sont blanchâtres et orientées transversalement le long de l’intestin (souvent représentées sous la forme d’une échelle).

- Eimeria maxima : elle est modérément pathogène. Les lésions sont situées dans le duodénum, surtout à la fin du jéjunum et au milieu de l’iléon (épaississement de la muqueuse). Un mucus orangé caractéristique et des pétéchies ainsi que parfois du sang sont retrouvés.

- Eimeria brunetti : elle est modérément à fortement pathogène. Les lésions sont situées dans l’intestin grêle et le rectum. Dans les cas sévères, tout l’intestin peut être touché.

- Eimeria mitis : elle est peu pathogène. Il n’y a pas de lésion macroscopique, mais on note la présence de mucus.

- Eimeria praecox : elle est très peu pathogène. Des cylindres de mucus sont rapportés dans le duodénum.

Le cas des basses-cours

Les coccidies sont courantes dans la basse-cour. Les espèces d’Eimeria sont les mêmes que celles rencontrées dans les élevages avec une prédominance de tenella, maxima et acervulina. Elles y sont plus répandues car les oiseaux ne sont ni vaccinés ni complémentés par des aliments contenant des anticoccidiens.

Leur présence ne signifie pas nécessairement que le propriétaire des volatiles soit un mauvais gestionnaire ou applique de mauvaises pratiques d'élevage. Une petite exposition aux coccidies n'est pas nécessairement mauvaise pour les poules. Si elles sont exposées à un nombre faible ou modéré d'oocystes dans leur environnement, elles développeront progressivement une immunité contre les espèces de coccidies auxquelles elles sont exposées.

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