Fin de la vente de chiens et chats en animalerie : une mesure positive ? - La Semaine Vétérinaire n° 1930 du 01/02/2022
La Semaine Vétérinaire n° 1930 du 01/02/2022

EXPRESSION

Auteur(s) : Propos recueillis par Amandine Clément

Chiots et chatons ne seront plus en vente en animalerie d’ici à 2024. Après plusieurs rebondissements sur sa trajectoire entre l’Assemblée et le Sénat, la loi contre la maltraitance animale1, promulguée le 30 novembre 2021, compte lutter contre les achats compulsifs et l'abandon car les Français seraient les maîtres européens en la matière.

Anne-Sophie Personnat (Liège 13)

Consultante en médecine du comportement - Saint-Florent sur Cher (Cher)

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Bannir les achats coup de cœur

Cette loi, qui fait débat à juste titre, me paraît plutôt positive. Je pense que les achats coup de cœur sont à craindre lors d’une visite en animalerie, notamment devant un chiot ou un chaton forcément attendrissant. Entre le voir et l’avoir, il n’y a qu’un pas. Pourtant, une adoption doit être mûrement réfléchie. C’est un engagement long auprès d’un animal avec des besoins qui doivent correspondre au mode de vie de l’adoptant. Je ne doute pas qu’il y ait eu des progrès en matière de conseils dans certains établissements, mais je me méfie des « erreurs de casting » difficiles à gérer a posteriori. De plus, que ce soit en élevage ou en animalerie, la période sensible, de 3 semaines à 3 mois d’âge, doit être bien gérée. Or, les conditions d’un box d’exposition ne sont pas confortables pour un chiot qui souhaiterait se soustraire à un stimulus gênant par exemple.

Jean-Pascal Giraud (A 90)

Consultant pour les animaleries, président de l’Association de défense de la distribution légale des animaux de compagnie (ADDILAC) - Châtillon (Hauts-de-Seine)

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Un coup d’épée dans l’eau

Je ne décolère pas1,2. En France, depuis plus de vingt ans, la distribution légale des animaux de compagnie est assurée par un réseau professionnel structuré, constitué à presque 90% par des grands groupes en permanence sous contrôle. Les animaleries, animées par des amoureux des animaux, devraient être considérées comme un rempart à la maltraitance, d’autant plus que les animaux ont une valeur non négligeable (1500 à 2000 euros pour un chiot de race) qui me paraît être un réel frein à l’achat compulsif ! Prenons le marché français annuel du chiot en exemple : parmi les 800 000 chiots vendus, environ 20 000 sont commercialisés via les animaleries. Cette loi s’attaque donc à 2% du marché qui va de facto rebasculer dans le tronc commun… Aucun impact positif n’est à espérer concernant les abandons d’animaux dont les chiffres officiels ne sont même pas qualifiés ni validés.

Juliette Pattyn-Roubert (N 08)

Praticienne en canine - Cesson Sévigné (Ille-et-Vilaine)

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Une animalerie bien gérée vaudra toujours mieux qu’un mauvais élevage !

Notre structure intervient depuis plus de dix ans pour assurer le contrôle des chiens et chats vendus dans une animalerie locale. Parfois, l’éleveur nous consulte dès la primo-vaccination et c’est l’occasion de sélectionner les individus aptes à rejoindre l’animalerie, dont certains sont ensuite suivis à la clinique. Ce circuit est un gage de qualité d’autant plus que nous sommes très vigilants sur les pratiques des éleveurs et que nous ne mâchons pas nos mots quand il s’agit de rappeler les bonnes pratiques aux gestionnaires d’animaleries. Je pense que le problème n’est pas l’animalerie en soi mais bien la vente d’animaux. Cette loi me paraît inappropriée car l’encadrement devrait cibler l’ensemble des ventes, notamment celles, souvent illégales, qui ont lieu via tous les réseaux de vente de particulier à particulier.

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